‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 38 sur 68 · A VENUS · texte numérisé non relu

A VENUS

Ayant après long désir

Pris de ma douce ennemie Quelques arres du plaisir Que sa rigueur me dénie,

Je t'offre ces beaux œillets, Venus, je t'offre ces roses, Dont les boutons vermeillets, Imitent les lèvres closes,

Quej'ay baisé par trois fois,

Marchant tout beau dessous l'ombre De ce buisson, que tu vois :

Et n'ay sceu passer ce nombre,

Pour ce que la mère estoit

Auprès de là, ce me semble,

Laquelle nous aguettoit :

De peur encores j'en tremble.

Or' je te donne des fleurs :

Mais si tu fais ma rebelle Autant piteuse à mes pleurs, Comme à mes yeux elle est belle,

Un Myrte je dediray

Dessus les rives de Loyre, Et sur Tecorse escriray Ces quatre vers à ta gloire :

Thenot sur ce bord ici,

A Venus sacre et ordonne Ce myrthe, et luy donne aussi Ses tropeaux, et sa personne.

ESTRENE D'UN TABLEAU

Ce tableau, que pour t'estrener, Isabeau, je te veux donner, Au vif rapporte mon visage Autant qu'on vid onques image.

LES JEUX RUSTIQUES l]!

Qu'ainsi soit, regarde, Isabeau, Comme je semble à mon tableau :

La couleur du portraict est blesme, Et la mienne est tousjours de mesme:

Sans cœur il est, sans cœur je suis, Je n'ay point eu de cœur depuis, Qu'amour l'ostant de ma puissance, T.e mit sous ton obéissance.

11 est muet, si suis-je moy, Quand je me trouve devant toy.

Bref, qui nous voit, voir il luy semble Deux Amans, ou tableaux ensemble.

Nous sommes differens d'un poinct, C'est qu'amour ne le brusle point.

Et quand il sentiroit la flamme, (Comme tout par ton œil s'enflamme) Ainsi que de moy malheureux Son mal ne sera langoureux, Et les flammes continuelles Ainsi n'ardront point ses moelles :

Au premier feu qu'il sentira, Soudain en cendres il ira.

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