VILLANELLE
En ce mois délicieux,
Qu'amour toute chose incite, Un chacun à qui mieux mieux La douceur du temps imite, Mais une rigueur despite Me fait pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.
Dedans vostre œil gracieux Toute douceur est escrite, Mais la douceur de vos yeux En amertume est confite.
Souvent la couleuvre habite Dessous une belle fleur.
Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.
Or puis que je deviens vieux, Et que rien ne me profite,
Désespéré d'avoir mieux, Je m'en iray rendre hermite, Je m'en iray rendre hermite, Pour mieux pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.
Mais si la faveur des Dieux
Au bois vous avoit conduite, Où, desperé d'avoir mieux, Je m'en iray rendre hermite.
Peut estre que ma poursuite Vous feroit changer couleur.
Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.