‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 49 sur 68 · AUTRE BAISER · texte numérisé non relu

AUTRE BAISER

Quand ton col de couleur de rose Se donne à mon embrassement, Et ton œil languist doucement D'une paupière à demi-close, Mon ame se fond du désir,

Dont elle est ardentement pleine, Et ne peut souffrir à grand"peine La force d'un si grand plaisir.

Puis quand j'approche de la tienne Ma lèvre, et que si près je suis.

Que la fleur recueillir je puis De ton haleine Ambrosienne :

Quand le souspir de ces odeurs, ,

Où nos deux langues qui se jouent, Moitement folastrent et nouent, Evente mes douces ardeurs, Il me semble estre assis à table

Avec les Dieux, tant suis heureux, Et boire à longs traicts savoureux Leur doux breuvage délectable.

Si le bien qui au plus grand bien

Est plus prochain, prendre on me laisse, Pourquoy ne permets-tu, maistresse, Qu'encores le plus grand soit mien ?

As-tu peur de la jouissance

D'un si grand heur me face Dieu, Et que sans toy je vole au lieu D'éternelle resjouissance ?

Belle, n'aye peur de cela,

Par tout où sera ta demeure.

Mon ciel jusqu'à tant que je meure.

Et mon paradis sera là.

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