‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 50 sur 68 · AUX NYMPHES · texte numérisé non relu

AUX NYMPHES

(Du Bembe.)

Dict€S, Nymphes, pourquoy tousjours Vous allez fuyant nos amours :

Ont les Satyres quelque enseij^me, Qui mérite qu'on les dédaigne ?

Si nous avons le front cornu,

Bacchus, aux cornes est cogneu :

Et la pucelle Candienne

Ne dédaigne point d'estre sienne.

Si nostre teinct est rougissant,

Phœbus ne l'a pas blanchissant :

Et Clymene qui le fit pore,

Par luy n'a honte d'estre mcre.

Si nous portons barbe au menton,

Tel encor' Hercule void-on :

Et toutefois Deïanire

De luy sa bouche ne retire.

Si nostre estomac est velu.

Mars, comme nous, Tavoit pclu :

Pourtant n'en faisoit point de plainte

Ilie, qui en fut enceincte.

Si nos pieds vous semblent honteux,

Est-il rien plus laid, qu'un boiteux ?

Toutefois, ô Cypris la belle,

Un boiteux sa femme t'appelle.

Bref, si nature nous a faits

En quelques choses imparfaits,

Si sont tels vices excusables.

Puis qu'au ciel ils ont leurs semblables. Mais vous, qui n'aymez que pour l'or,

(Comme toutes femmes encor)

Nous dédaignez, et n'estes chiches

A ceux-là, qui sont les plus riches.

SUR UX CHAPELET DE ROSES (Du mesme Bembe.)

Tu m'a fait un chappeau de roses,

Qui semblent tes deux lèvres closes, Et de lis fraischement cueillis.

Qui semblent tes beaux doigts polis, Les liant d'un fil d'or ensemble.

Qui à tes blonds cheveux resemble.

Mais si jeune tu entendois

L'ouvrage, qu'ont tissu tes doigts, Tu serois, peut estre, plus sage A prévoir ton futur dommage.

Ces roses plus ne rougiront.

Et ces lis plus ne blanchiront :

La fleur des ans, qui peu séjourne.

S'en fuit, et jamais ne retourne :

Et le fil te monstre combien La vie est un fragile bien.

Pourquoy donc m'es-tu si rebelle ?

Mais pourquoy t'es-tu si cruelle ?

Si tu n'as point pitié de moy, Ayes au moins pitié de toy.

Té'^S'^fii'^'?S'^rii'-?hifsi^Z^

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