‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 6 sur 68 · ANTIQUITEZ DE ROME · texte numérisé non relu

ANTIQUITEZ DE ROME

Divins esprits, dont la poudreuse cendre

Gist sous le fais de tant de murs couvers, Non, vostre los, qui vif par vos beaux vers Ne se verra sous la terre descendre.

Si des humains la voix se peut estendre Depuis ici jusqu'au fond des enfers, Soyent à mon cry les abysmes ouvers Tant que d'en bas vous me puissiez entendra!

Trois fois cernant sous le voile des cieux De vos tombeaux le tour devotieux, A haute voix trois fois je vous appelle :

J'invoque ici votre antique fureur,

Et cependant que d'une sainte horreur Je vais chantant vostre gloire plus belle.

Le Babylonien ses hauts murs vantera,

Et ses vergers en l'air, de son Ephesiennc ! La Grèce descrira la fabrique ancienne, Et le peuple du Nil ses pointes chantera :

La mesme Grèce encor' vanteuse publira

De son grand Juppiter l'image Olympienne,

Le Mausole sera la gloire Carienne,

Et son vieux Labyrinth' la Crète n'oublira.

L'antique Rhodicn eslevera la gloire

De son fameux colosse, au tempile de Mémoire : Et si quelque œuvre encor digne se peut vanter

De marcher en ce ranc, quelque plus grandïaconde Le dira : quant à moy, pour tous je veux chanter Les sept costaux Romains, sept miracles du monde.

Nouveau venu qui cherches Rome en Rome

Et rien de Rome en Rome n'apperçois,

Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,

Et ces vieux murs, c'est ce que Rome on nomme. Voy quel orgueil, quelle ruine, et comme

Celle qui mist le monde sous ses lois

Pour donter tout, se donta quelquefois,

Et devint proye au temps qui tout consomme. Rome de Rome est le seul monument,

Et Rome Rome a vaincu seulement.

Le Tybre seul, qui vers la mer s'enfuit. Reste de Rome, ô mondaine inconstance !

Ce qui est ferme est par le temps destruit.

Et ce qui fuit, au temps fait résistance.

Celle qui de son chef les étoiles passoit.

Et d'un pied sur Thetis, l'autre dessous l'Aurore, D'une main sur le Scythe, et l'autre sur le More, De la terre et du ciel la rondeur compassoit :

Juppiter ayant peur, si plus elle croissoit,

Que l'orgueil des Geans se relevast encore, L'accabla sous ces monts, ces sept monts qui sont ore Tombeaux de la grandeur qui le ciel menassoit.

11 lui mist sur le chef la croppe Saturnale, Puis dessus l'estomac assit la Quirinale, Sur le ventre il planta l'antique Palatin :

Mist sur la dextre main la hauteur Celienne, Sur la senestre assist l'eschine Exquilienne, Viminal sur un pied, sur l'autre l'Aventin.

Qui voudra voir tout ce qu'ont peu nature.

ANTIdUITEZ DE ROME

L'art, et le ciel (Rome) te vienne voir : J'cntens s'il peut ta grandeur concevoir Par ce qui n'est que ta morte peinture.

Rome n'est plus, et si l'architecture

Quelque ombre encor de Rome fait revoir, C'est comme un corps par magique sçavoir, Tiré de nuist hors de sa sépulture.

Le corps de Rome en cendre est devallé, Et son esprit rejoindre s'est allé Au grand esprit de ceste masse ronde,

Mais ces escrits, qui son los le plus beau Malgré le temps arrachent du tombeau, Font son idole errer parmi le monde.

Telle que dans son char la Berecynthiennc Couronnée de tours, et joyeuse d'avoir Enfanté tant de Dieux, telle se faisoit voir En ses jours plus heureux ceste ville ancienne

Ceste ville, qui fut plus que la Phrygienne

Foisonnante en enfans, et de qui le pouvoir Fut le pouvoir du monde, et ne se peut revoir Pareille à sa grandeur, autre sinon la sienne.

Rome seule pouvoit à Rome ressembler,

Rome seule pouvoit Rome faire trembler : Aussi n'avoit permis l'ordonnance fatale

Qu'autre pouvoir humain, tant fust audacieux, Se vantast d'esgaler celle qui fit esgale

Sa puissance à la terre et son courage aux cieux.

Sacrez costaux, et vous sainctes ruines, Qui le seul nom de Rome retenez, Vieux monumens qui encor soustenez L'honneur poudreux de tant d'âmes divines :

Arcs triomphaux, pointes du ciel voisines. Qui de vous voir le ciel mesme estonnez. Las, peu à peu cendre vous devenez.

Fable du peuple, et publiques rapines !

Et bien qu'au temps pour un temps fassent guerre

Les bastimens, si est-ce que le temps Œuvres et noms fmablement atterre.

Tristes désirs, vivez doncques contens : Car si le temps finist chose si dure, 11 finira la peine que j'endure.

Par armes et vaisseaux Rome donta le monde, Et pouvoit-on juger qu'une seule cité Avoit de sa grandeur le terme limité Par la mesme rondeur de la terre et de l'onde.

Et tant fut la vertu de ce peuple féconde En vertueux nepveux, que sa postérité Surmontant ses ayculx en brave auctorité, Mesura le haut ciel à la terre profonde.

Afin qu'ayant rangé tout pouvoir sous sa main Rien ne peust estre borne à l'Empire Romain, Et que, si bien le temps destruit les Republiques,

Le temps ne mist si bas la Romaine hauteur, Que le chef déterré aux fondemens antiques, Qui prendrent nom de luy, fust descouvert menteur.

Astres cruels, et vous Dieux inhumains.

Ciel envieux, et marastre Nature, Soit que par ordre, ou soit qu'à l'adventure Voisc le cours des affaires humains,

Pourquoy jadis ont travaillé vos mains A façonner ce monde qui tant dure?

Ou que ne fut de matière aussi dure Le brave front de ces palais Romains ?

Je ne di plus la sentence commune,

Que toute chose au-dessous de la Lune Est corrompable, et sujette à mourir :

Mais bien je di (et n'en vueille desplaire A qui s'efforce enseigner le contraire) Que ce grand Tout doit quelquefois périr.

Plus qu'aux bords /ïteans, le brave fils d'TEson.

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