‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 7 sur 68 · ANTIQ.UITEZ DE ROME · texte numérisé non relu

ANTIQ.UITEZ DE ROME

Qui par enchantement conquist la riche laine, Des dents d'un vieil serpent ensemençant la plaine N'engendra de soldats au champ de la toison :

Geste ville qui fut en sa jeune saison

Un hydre de guerriers, se vit bravement pleine De braves nourrissons, dont la gloire hautaine A rempli d'un Soleil l'une et l'autre maison.

Mais qui finablement, ne se trouvant au monde Hercule qui dontast semence tant féconde, D'une horrible fureur l'un contre l'autre armez,

Se moisonnarent tous par un soudain orage, Renouvelant entre eux la fraternelle rage Qui aveugla jadis les fiers soldats semez.

Mars vergongneux d'avoir donné tant d'heur A ses nepveux, que l'impuissance humaine Enorgueillie en l'audace Romaine Sembloit fouler la céleste grandeur,

Refroidissant ceste première ardeur,

Dont le Romain avoit î'ame si pleine, Soufla son feu, et d'une ardente haleine Vint eschaufïer la Gottique froideur.

Ge peuple a donc, nouveau fils de la Terre, Dardant par tout les foudres de la guerre, Ges braves murs accabla sous sa main : .

Puis se perdit dans le sein de sa mère, Afin que nul, fust-ce des Dieux le père Se peust vanter de l'Empire Romain.

Tels que l'on vid jadis les enfants de la Terre

Plantez dessus les monts pour escheller les cieux, Gombattre main à main la puissance des Dieux, Et Juppiter contre eux, qui ses foudres desserre:

Puis tout soudainement renversez du tonnerre, Tomber de çà et là ces scadrons furieux, La Terre gémissante, et le Giel glorieux D'avoir à son honneur achevé ceste guerre,

Tel encor" on a veu par-dessus les humains Le front audacieux des sept costaux Romains Lever contre le ciel son orgueilleuse face :

Et tels ores on voit ses champs deshonorez Regretter leur ruine, et les Dieux asseurez Ne'craindrc plus là-haut si effroyable audace.

Ni la fureur de la flamme enragée, Ni le tranchant du fer victorieux, Ni le degast du soldat furieux, Qui tant de fois (Rome) t'a saccagée,

Ni coup sur coup ta fortune changée, Ni le ronger des siècles envieux Ni le despit des hommes et des Dieux, Ni contre toy ta puissance rangée,

Ni Tesbranler des vents impétueux.

Ni le desbord de ce Dieu tortueux Qui tant de fois t'a couvert de son onde,

Ont tellement ton orgueil abbaissé,

Que la grandeur du rien qu'ils t'ont laissé Ne face encor esmerveiller le monde.

Comme on passe en esté le torrent sans danger, Qui souloit en hyver estre roy de la plaine. Et ravir par les champs d'une fuite hautaine L'espoir du laboureur et l'espoir du berger:

Comme on voit les couards animaux outrager Le courageux lyon gisant dessus Tarene, Ensanglanter leurs dents et d'une audace vaine Provoquer l'ennemi qui ne se peut venger ;

Et comme devant Troye on vit des Grecs encor

Braver les moins vaillans autour du corps d'Hector Ainsi ceux qui jadis souloyent, à teste basse.

Du triomphe Romain la gloire accompagner,

Sur ces poudreux tombeaux exercent leur audace Et osent les vaincus les vainqueurs desdaigner.

ANTiai'lTEZ DE ROME

Parlez Esprits, et vous Ombres poudreuses, Qui jouyssant de la clarté du jour, Fistes sortir cest orgueilleux séjour Dont nous voyons les reliques cendreuses :

Dites, esprits (ainsi les ténébreuses

Rives de Styx non passable au retour, Vous enlaçant d'un trois fois triple tour, N'enferment point vos images ombreuses)

Dites-moy donc (car quelqu'une de vous Possible cncor se cache ici dessous) Ne sentez-vous augmenter vostre peine,

(^and quelquefois de ces costaux Romains Vous contemplez l'ouvrage de vos mains N'cstre plus rien qu'une poudreuse plaine ?

Comme l'on voit de loin sur la mer courroucée

Une montagne d'eau d'un grand branle ondoyant. Puis traînant mille flots, d'un grand choc abboyant Se crever contre un roc, où le vent l'a poussée,

Comme on voit la fureur par l'Aquillon chassée D'un sifflement aigu l'orage tournoyant Puis d'une aile plus large en l'air s'esbanoyant Arrester tout à coup sa carrière lassée :

Et comme on voit la flamme ondoyant en cent lieux Se rassemblant en un, s'aiguiser vers les cieux. Puis tomber languissante : ainsi parmi le monde

Erra la Monarchie, et croissant tout ainsi

Qu'un flot, qu'un vent, qu'un feu, sa course vagabonde Par un arrest fatal s'est venu perdre ici.

Tant que l'oyseau dcjuppiter vola.

Portant le feu dont le ciel nous menace, L'e ciel n'eut peur de l'effroyable audace Qui des Geans le courage affola :

Mais aussi tost que le Soleil trusla,

L'aile qui trop se fit la terre basse, La terre mist hors de sa lourde masse L'antique horreur qui le droit viola :

Alors on vid la corneille Germaine

Se déguisant feindre l'aigle Romaine.

Et vers le ciel s'eslever de rechef

Ces braves monts autrefois mis en poudre Ne voyant plus voler dessus leur chef Ce grand oyseau ministre de la foudre.

Ces grands monceaux pierreux, ces vieux murs que tu vois. Furent premièrement le clos d'un lieu champaistre Et ces braves palais, dont le temps s'est fait maistre. Cassines de pasteurs ont esté quelquefois.

Lors prindrent les bergers les ornements des Rois, Et le dur laboureur de fer arma sa dextre : Puis l'annuel pouvoir le plus grand se vid estre, Et fut encor' plus grand le pouvoir de six mois :

Qui, fait perpétuel, creut en telle puissance :

Que l'aigle Impérial, de luy print sa naissance : Mais le ciel s'opposant à tel accroissement,

Mist ce pouvoir es main du successeur de Pierre, Qui sous nom de pasteur, fatal à ceste terre Monstre que tout retourne à son commencement.

fout le parfait dont le ciel nous honore,

Tout l'imparfait qui naist dessous les deux, Tout ce qui paist nos esprits et nos yeux. Et tout cela qui nos plaisirs dévore,

Tout le malheur qui nostre âge desdore.

Tout le bonheur des siècles les plus vieux. Rome du temps de ses premiers ayeulx Le tenoit clos ainsi qu'une Pandore.

Mais le destin desbrouillant ce chaos.

Où tout le bien et le mal fut enclos, A fait depuis que les vertus divines

Volant au ciel ont laissé les péchez

ANTIQUITE! DE ROME I i

Qiii jusqu'ici se sont tenus cachez

Sous les monceaux de ces vieilles ruines.

Non autrement qu'on voit la pluvieuse nue Des vapeurs de la terre en l'air se soulever, Puis se courbant en arc à fin de s'abreuver, Se plonger dans le sein de Thetis la chenue.

Et montant de rechef d'où elle estoit venue.

Sous un grand ventre obscur tout le monde couver

Tant que finablement on la voit se crever,

Or' en pluye, or' en neige, or' en gresle menue ;

Geste ville qui fut l'ouvrage d'un pasteur,

S'elevant peu à peu, creut en telle hauteur, Qiie Roync elle se vid de la terre et de l'onde :

Tant que ne pouvant plus si grand faix soustenir, Son pouvoir dissipé s'escarta par le monde, Monstrant que tout en rien doit un jour devenir.

Celle que Pyrrhe et le Mars de Lybie

N'ont sceu donter, celle brave cité

Qui d'un courage au mal exercité

Soustint le choc de la commune envie, Tant que sa nef partant d'ondes ravie,

Eut contre soy tout le monde incité,

On n'a point veu le roc d'adversité

Rompre sa course heureusement suyvie.

Mais défaillant l'object de sa vertu,

Son pouvoir s'est de luy mcsme abattu,

Comme celuy que le cruel orage A longuement gardé de faire abbord,

Si trop grand vent le chasse sur le port,

Dessus le port se voit faire naufrage.

Quand ce brave séjour, honneur du nom Latin, Qui borna sa grandeur d'Afrique, et de la Bise

De ce peuple qui tient les bords de la Tamise, Et de celuy qui voit esclorre le matin

Anima contre soy d'un courage mutin

Ses propres nourrissons, sa despouille conquise, Qu'il avoit par tant d'ans sur tout le monde acquise, Devint soudainement du monde le butin.

Ainsi quand ^u grand Tout la fuite retournée Où trente-six mil' ans ont sa course bornée. Rompra des elemens le naturel accord,

Les semences qui sont mères de toutes choses, Retourneront encor' à leur premier discord, Au ventre du Chaos éternellement closes

O que celui estoit cautement sage

Qui conseilloit pour ne laisser moisir

Ses citoyens en paresseux loisir,

De pardonner aux rempars de Carthage !

11 prevoyoit que le Romain courage Impatient du languissant plaisir Par le repos se laisseroit saisir A la fureur de la civile rage.

Aussi voit-on qu'en un peuple ocieux, Comme l'humeur en un corps vicieux, L'ambition facilement s'engendre.

Ce qui advint, quand l'envieux orgueil De ne vouloir ni plus grand, ni pareil, Rompit l'accord du beau-pere et du gendre.

SU'aveugle fureur, qui cause les batailles,

Des pareils animaux n'a les cœurs allumez,

Soyent ceux qui vont courant, ou soyent les emplumez

Ceux-là qui vont rampant ou les armez d'escailles

Quelle ardente Erinnys de ses rouges tenailles Vous pinsetoit les cœurs de rage envenimez, Quand si cruellement l'un sur l'autre animez Vous destrempiez le fer en vos propres entrailles?

Estoit-ce point (Romains) vostre cruel destin.

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