‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 1 sur 115 · L AUTEUR A SA LYRE · texte numérisé non relu

L AUTEUR A SA LYRE

Va doncqiies maintenant ma Lyre, Ma Princesse te vent ouyr.

Il faut sa table docte eslire, Là quelque ami voudra bien lire Tes chansons, pour la resjoiiyr.

Ta voix encores basse et tendre Appren à hausser dès ici, Et Jay tes cordes si bien tendre Que mon grand Roy te f>uisse entendre, Et sa royale espouse atissi.

Il ne faut que Venvieux die

Que trop haut tu as entrepris :

Ce qui te fait ainsi hardie, C'est que les choses quon dédie Au temple sont de plus grand pris.

* CoELO Musa beat

c4 TRÈS-ILLUST'RE PRINCESSE MADAME MARGUERITE, SŒUR UNIQUE DU "ROY

ADAME, après avoir depuis peu de temps mis en lumière quelques petits ouvrages poétiques, plus pour satisfaire à l'instante prière d'aucuns miens amis, que pour espoir que j'eusse d'acquérir aucune réputation entre les doctes, j'avoy délibéré me retirer entièrement de ce labeur, aussi peu maintenant favorizé, comme il estoit anciennement entre les meilleurs esprits singulièrement recommandé. Je ne sçay si l'infelicité de nostre siècle en est cause, ayant l'ambition, et l'avarice, et l'ocieuse volupté, pestes des bons esprits, chassé d'entre nous ce tant honneste désir d'immortalité : ou la trop grande et indocte multitude des escrivains qui de jour en jour s'esleve en France, au grand deshonneur et abastardissement de nostre langue. J'avoy (di-je) proposé m'addonner à quelque autre estude, si non tant louable, pour le moins plus favorable que cestuyci : lors que dernièrement estant le Roy à Paris, après avoir pris la hardiesse de me présenter devant vostre Excellence, il vous pleut de vostre bénigne grâce me recevoir avecques tel visage, que je cogneu

mes petits labeurs vous avoir esté agréable. Cela, Madame, a depuis si vivement incité mon courage, que mettant en arrière ma première délibération, je me suis remis aux choses honnestes, que j'ay pensé vous pouvoir donner quelque plaisir. Sans que maladie ou autre empeschement ait peu retirer mon esprit de ceste non jamais assez louée entreprise, jadis tant favorisée de ce grand Roy François vostre père, et maintenant du très chrétien Roy, et de vous, comme seuls et vrais héritiers de sa vertu. \'ous ayant donc ces derniers jours fait présent de ce petit Livre, non seulement vous l'avez eu agréable (comme est vostre bonté coustumiere de recevoir toutes choses, qui d'humble vouloir sont présentées à vostre grandeur) mais encor vous a pieu me commander de le mettre en lumière et sous vostre nom. Avecques lequel je me sens si fort et bien armé contre toutes les dittîcultez, qui de jour en jour se trouvent es hautes entreprises, que je pourray combattre l'envie et la mort, et celuy temps même qui abbat les grands Palais et superbes Pyramides. Je ne me veux amuser ici à respondre aux calomniateurs (comme est la façon ordinaire des escrivains"» puis que mes escripts ont desja esté si heureux de rencontrer la faveur de vostre jugement, et par vostre moyen, celuy du Roy et de la Royne. auxquels ayant satisfait, tant s'en faut que je me soucie du mescontentement d'autruy, que j'estimeray de là avoir receu toute la gloire et le fruit de rîies labeurs. Madame, je supplie à nostre Seigneur vous conserver en heureuse et longue vie, et augmenter de plus en plus en vous les souveraines grâces et vertus qu'il vous a si libéralement départies. cA Paris, ce XXIII d'octobre M.D.XLIX.

De rostre Excelle?ice le très- humble et très -obéissant serviteur

î. Du Bellay.

PROSPHONEMATIQUE

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