AU "ROY TRES-CHRESTIEN HENRI II
Vous qui tenez les sources de Pegaze,
(Célestes Sœurs) bandez vostre arc divin Tout au plus haut de vostre sainct Parnaze, Et permettez que ce bras Angevin Par l'air François desserre un traict, qui vole Mieux que jamais de l'un à l'autre Pôle.
Ce traict puissant dessus ses ailes porte
L'horrible nom qui fait mouvoir les cieux, Le fer, la flamme, et la non jamais morte Gloire des Ro}'s, enfans aimez des dieux : Dont le portraict, Henry, céleste race, A peint au vif en sa divine grâce.
La majesté de son front tant illustre Entre les Roys apparoist tout ainsi, Que l'or auprès de l'argent : et son lustre Ard tout l'obscur de ce beau siècle ici, Comme la Lune aux estoilles esclaire Par le serain de quelque nuict bien claire.
En quelque part que son bel œil se monstre. Comme un printemps il serene le jour :
Et semble bien qu'à si haute rencontre Renaisse au monde un plus joyeux séjour. Le ciel en rit, et le Soleil encore De nouveaux rais ses blonds cheveux décore. Vien Prince, vien : rend aux tiens la lumière Qu'obscurcissoit ce tien long demeurer : Et la vigueur de leur vertu première.
Qui ne se peut qu'en ta force asseurer. Ton seul regard inspire en leurs courages L'ardent désir des martiaux ouvrages.
Comme la mère au rivage lamente
Prie, et fait vœus pour son désiré fils, Qu'un vent contraire en haute mer tourmente Outre le terme à son retour prcfix :
Paris ainsi languissoit avant l'heure Qui a mis fin à ta longue demeure.
La grand' Ceres, qui ces murs environne, A ton passer de beaux espis dorez Enceint le tour de sa riche couronne, Et par les champs de jaune colorez Fait ondover sa chevelure blonde Pour honorer le mesme honneur du monde. Bacchus aussi orne teste et visage
De nouveau pampre et d'odorantes fleurs : Prez, monts et plains à ton heureux passage Vestent habits de diverses couleurs :
Et la forest branslant sa teste armée Donne le frais de sa neuve ramée.
Les demi-dieux et Nymphes se retirent
Aux plus hauts lieux, pour à l'aise te voir : Les plus doux vents tant seulement souspirent, Les ruisselets ne font moins leur devoir. Et les oiseaux à l'envy te saluent Sur les sommets qui un peu se remuent. Tout animal domestic ou champestre.
Fiche sur toy son regard estonné :
Les bas troppeaux en ont laissé le paistre. Et les taureaux en ont abandonné Leurs fiers combats, les plus cruelles bestes Devers le ciel ont eslevé leurs testes. Qui a peu voir les mousches ménagères
PROSPHONEMATIQUE
Sur le printemps de leurs manoirs saillir, Faire un grand bruit, et s'envoler légères Puis çà et là l'honneur des champs cueillir : Celuy a veu les milliers qui se rendent Dessus les murs, et portes qui t'attendent. Paris, qui voit son Prince à la campagne, A mis au vent tout importun souci :
Toute maison en tout plaisir se baigne. Veuf de procez est le Palais aussi :
Et par les sens, qui au temple s'allument, Pour toy, Henry, mil' autels aux Dieux fument.
Enfans bien nez les plus heureuses bandes, Vostre beau chant voit l'Io triomphal.
Vous saints vieillards, chargez les Dieux d'offrandes Vierges aussi au visage Nymphal, Faites couler une pluye de roses.
Des propres mains de l'Aurore descloses.
Escoute Roy, le plus grand de la terre, L'horrible voix du foudroyant canon.
Qui par le ciel foit un nouveau tonnerre. Moindre pourtant que le bruit de ton nom ■*
Seine en frémit, les rivières craintives Heurtent en vain leurs opposées rives.
Jupiter mesme, oyant l'air ainsi fendre. Change couleur pour un tel foudrover Et craint encor' que la terre n'engendre Nouveaux enfans pour le Ciel guerroyer.
La nuict qui sort de l'espesse fumiere Avant le jour fait faillir la lumière,
Seine dormoit au plus creux de ses ondes, Mais te sentant de sa rive approcher, A mis dehors ses belles tresses blondes. Et s'est assise au coupeau d'un rocher. Ses filles lors, qui à my-corps y nouent. Diversement à l'entour d'elle jouent.
Marne peignoit ses beaux cheveux liquides. Qui luy armoyent et l'un et l'autre flanc : Oyze au Soleil seichoit les siens humides. Les séparant sur un col net et blanc : Et de ces joncs, Yonne, que tu portes. Tu en tissois chapeaux de mille sortes.
CëUVRES COMPLETES DB J. DU BELLAY
Lors se tirant sur le rocher sauvage,
L'une après l'autre ont tait plus d'une fois, Haut rechanter tout le courbé rivage.
Dans l'argentin de leurs célestes voix.
Qiielqu'une ainsi consacre à la mémoire (S'il m'en souvient) de sa mère la Gloire !
Tage, et Pactol à l'arène dorée,
N'ont mérité l'honneur qui t'appartient, O fleuve heureux ! de qui l'onde azurée Dessus son dos plus grands thresors soustiens : Ton cours tortu qui lentement distile ! D'un gras limon rend la terre fertile.
En mille tours par la province heureuse Tes claires eaux s'en vont cbanoyant :
Tes bras \- font mainte ile plantureuse De tous costez, et ainsi tourno\ant Entre hauts murs ton onde estroite et forte, Le riche honneur de l'abondance porte.
Les grands Cvprez poussent bien haut sur l'herbe Leurs fiers sommets à croistre exercitez : Le grand Paris d'un tel fleuve superbe Levé son chef sur les autres citez :
Non autrement qu'on voit parmy les nues, Les hauts sourcils des grand's Alpes chenues.
Quelqu'un louera (dit la Nymphe féconde) J^yon, Rouen, Bordeaux, Orléans, Tours, Et je dira\- la richesse féconde Du grand Paris, et ses superbes tours.
Ses temples saincts, et son Palais qui semble, Non un Palais, mais deux citez ensemble.
Mère des arts, ta hauteur je salue.
Je vous salue aussi vous tous les Dieux Qui avez là vostre demeure esluë Pour y semer les grands thresors des cieux : Pallas y est, et les Muses sacrées Sur Seine ont fait leurs rivages ascrées. Comment te peut assez chanter la France, O grand François, des neuf Sœurs adoré ?■ Tu as desfait ce vil monstre Ignorance, Tu as refait le bel aage doré ; Par toy premier au monde est revenue.
PROSPHONEMATIQLE
La belle vierge aux vieux siècles cogneuë. Les vertueux (dit le troisième) viennent Des vertueux : les fiers taureaux ainsi La braveté de leur source retiennent :
Des bons chevaux les bons naissent aussi : L'aigle hautain ne dégénère et tombe Au naturel de la simple colombe.
De ton François, qu'un autre n'eust peu suivre. En ton Henry à mesme vertu né, France, tu vois l'excellence revivre, Dont les hauts Dieux rien meilleur n'ont donné, Ny donneront, bien qu'ils facent renaistre Sept et sept fois le temps du premier estre. Vy, Prince, vy : et de cent ans encores, Pour enrichir le séjour éternel De nostre bien, et ne vole où luit ores Au plus haut lieu ton astre paternel.
Qui d'œil bénin ton franc peuple regarde, Te favorise, et ta place te garde.
Ainsi chantoyent les trois Nymphes Senoises, Comme à l'envy, quand Seine en se levant Interrompit leurs tant doucettes noises : Et d'une voix qui perçoit bien avant, Fit resonner aux oreilles rovalles L'heureux décret des trois vierges fatales. Tu es venu finablement, ô Prince !
Et je t'avo}' si long temps attendu :
Tu es au sein de ma belle Province Entre mes bras heureusement rendu.
Escoute doncq' de quoy m'ont asseurée Les non menteurs oracles de Nerée.
Est-ce pas toy à qui les Dieux promettent Tout le bon heur du monarque Romain ?
Les Dieux qui jà par leurs arrests soumettent Tout l'univers à ta puissante main ?
J'en voy desja les despouilles captives Mises par toy pour trophée à mes rives. Je voy tomber sous les flèches- Françoises Le Léopard, ton antique ennemi.
Qui souloit bruire aux forests Escossoises, Le feu vengeur desja vole parmi
La nef captive : au sang Anglais encore L'azur marin de pourpre se colore.
Je vov desja la colomne eslevée
De ta victoire et ta gloire, qui luit, Est si avant dans les cieux engravée Qu'on la peut lire en l'obscur de la nuict, Le beau croissant, qui le ciel François orne, Ameine en rond et l'une et l'autre corne.
Un lieu se trouve hors le cours de l'année. Loin de la voye au chariot duisant Là où Athlas tient l'espaule inclinée.
Dessus l'esseul aux estoilles luisant.
Là tu feras ta renommée entendre, Et jusqu'aux bords de la terre s'estendre,
Bien tost après Discorde furieuse
Sous un frein serf prise tu mèneras Lors régnera la Paix victorieuse :
Lors de Janus le temple fermeras.
Et de Laurier ta teste couronnée, A doncq'scra d'Olive environnée.
Ce nouveau siècle, à l'antique semblable, Verra fleurir le spectre de \'alois, La Fov chenue, alors non violable.
Tiendra le Heu des punissantes loix.
Vice mourra : et les nopces pollués Ne seront lors par amours dissolues.
Adieu doncq' Ro\-, mon destin me rappelle. Ainsi disant, le genouil avanças, Puis tout à coup, avec sa trouppe belle D'un saut léger en l'onde se lança ; L'eau jette un son, et en tournoyant toute. Fais bouillonner mainte escumeuse goutte !
CHANT TRIOMPHAL lï