‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 17 sur 115 · ODE XVII · texte numérisé non relu

ODE XVII

Cestuy-là qui s'estudie

Représenter en ces vers

Tous les accidens divers

De l'humaine tragédie,

Celuy encores descrive

Tous les flots tumultueux,

Qui retournent à la rive

D'Euripe l'impétueux.

L'air, le feu. la terre et l'onde.

ŒUVRES COMPLETES DE J. DU lîELLAY

Et les astres conjurez Nous rendent peu asseurez Contre l'orage du monde.

Le sort cruel nous dévore Par non revocable loy :

Mais rhomnie n'a point encore Plus grand ennemy que soy.

Tout autre animal apporte, Plus grande commodité, Armant sa nativité D'une detfence plus forte.

L'homme seul à sa naissance, Par gemissemens et pleurs Tesmoigne son impuissance, Présage de ses malheurs.

Mais si la Nature amere

Aux hommes tant seulement,

Nous est éternellement

Trop plus marastre que mère,

Il ne faut pourtant que l'homme

Entre tous les animaux

Seul misérable ,se nomme

Esclave de mille maux.

L'ame en l'univers enclose

Baillant nourriture aux cieux, A l'onde, à la terre, aux yeux, Qui esclairent toute chose, N'est-ce pas Dieu qui embrasse Les membres de ce grand corps, Agitant toute la masse Par amiables discors ?

Geste Ame de la Nature Forma le dernier de tous L'Animal, qui est plus doux, Et plus noble créature :

Afin qu'il fust seul capable, D'un sens plus divin et haut, Estant aussi plus coulpable, Si la raison luy défaut.

La providence divine

Mist en nous ses petits feux

Nous l'aisant sentir par eux

Le lien de nostre origine.

Ainsi de raison l'usage,

Qui n'est en autre animal,

Fait que l'homme, qui est sage,

Discourt le bien et le mal.

Mais le gros fardeau moleste,

Dont nostre esprit est vestu,

Tarde souvent la vertu

De l'âme qui est céleste.

De là provient la liesse,

La douleur et le souci,

La peur et la hardiesse,

La haine et l'amour aussi.

De là provient la furie

De toutes les passions

Qui sur nos affections

Exercent leur seigneurie :

Si la raison seule guide

De nos esprits aveuglez,

Souvent rehausse la bride

Aux appetis déréglez.

Un chacun durant sa vie

Porte un domestique Dieu,

Qui toujours et en tout lieu

Secrettement le convie,

Voila pourquoy nous ne sommes

D'un mesme désir doutez :

Autant que nous voyons d'hommes,

Autant sont de volontez.

Mais ny la Court, ny les Princes

Ny le fer victorieux

Ny l'honneur laborieux

De commander aux provinces,

Ny les Muses, que j'adore

Ny un plus grave sçavoir.

Le souverain bien encore

Ne me feront pas avoir.

Je ne blâme la richesse,

Ny les hommes, ny les biens

Que pourroist bien faire miens

Du Roy la grande largesse.

J'admire la bonne grâce, La beauté plaist à mes yeux, J'honore une antique race.

Mais la vertu me plaist mieux.

Tout ce qui est hors de l'homme, L'homme le désire, afin De parvenir à la tin Que suffisante l'on nomme.

Mais la vertu estimable Plus que tout l'indique honneur Pour elle-mesme est aymable, Et non pour autre bonheur.

L'ayant pour ta guide prise, O l'ornement des prélats Tu monstre bien que tu l'as En tes premiers ans apprise :

Fuyant l'alléchante amorce, Qui nos plus jeunes désirs Tirent d'une douce force Aux peu durables plaisirs.

Car sortant du jeu d'enfance Aux exercices plus forts, Ta vertu sortit alors Devant les yeux de la France Puis d'une aile plus légère Volant aux peuples divers La publique messagère La porte par l'univers.

Quel nombre pourroit suffire A raconter les dangers, Qui par les flots estrangers Ont agité ta navire :

Et celle de ton grand frère, Qui par l'heur de sa vertu Rendoit la France prospère, Et l'Espagnol abbatu ?

Comme du haut des montaignes Alors que la neige fond, Deux hardis fleuves se font Divers cours par les campagnes,

Et puis en une vallée Venant à se joindre en un Courent à bride avallée, Avecques un nom commun :

Ainsi rindonte' courage Du vaillant docte Langé Qui par la mort s'est vangé De l'oblivieux outrage, Joignant son nom et sa course Au tien, qui n'est moins cogneu, Nous monstre de quelle source Et l'un et l'autre est venu.

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