ODE XVI
Haute vrayment dire j'ose
Trois et quatre fois la chose.
j.|. ŒUVRES COMPLETES DE J. DU BELLAY
OÙ les féminins esprits N'ont peu quelquefois attaindre, Rien doit doncq' la cheute craindre, Qui a tel œuvre entrepris.
Dieu leur a donne des ailes, Qui sont bien assez isnclles, Pour voler jusques aux cieux.
Quelle grandeur de courages !
De leurs belliqueux ouvrages Tesmoins furent nos aveux.
Le bruit jusqu'ici resonne De cette brave Amazone Qui par l'espez des milliers A Mars se donnant en proye, Fit rougir les champs de Troye Au sang des Grecs chevaliers.
Des ans vivront mill' et mille L'Assyrienne et Camille, Quel marbre, quel diamant Est plus dur que la mémoire Qui garde encore la gloire De Marphise et Bradamant r
Thèbes encore se vante
De sa Corienne sçavante.
Sur toy Pindare mordoit La douce lyre ancienne, Que la fille Lesbienne Si doctement accordoit.
Celle qui fit plus féconde De ses enfans, la faconde, Rome, en mémoire tu l'as : Maint autre n'est plus prisée Qui se voit favorisée De l'une et l'autre Pallas.
O plumes trop envieuses, Qui es eaux oblivieuses Laissez noyer le renom De tant de célestes Dames Dont ores les tristes lames Couvrent le corps et le nom.
Combien sont mieux fortunées,
Qui en cest aage sont nées Où maint gentil escrivant A bien osé entreprendre Par ses droits vers de rendre Leur haut honneur survivant ?
La vertu est trop severe Qui la Muse ne révère.
La Muse aime la Vertu.
Tu ne verras doncq' Comtesse, Dévaler de la hautesse Ton los par mort abbatu.
Qui publiera les louanges
Des nostres, ou des estranges Et de toy ne chantera L'esprit, la douceur, la grâce.
Dont la généreuse race De Clairmont se vantera?
C'est pourquoy mes vers aspirent Où tes louanges le tirent :
Bien que ton sçavoir soit tel (Si tu le veux entreprendre) Que ton renom se peut rendre Par toymesmes immortel.