AU SEIGNEUR DE LANSAC AMBASSADEUR POUR LE ROY A ROME
Celuy qui touche du miel
Dont le Ciel
Oingt une diserte langue,
Ne sent couler dans son cœur
La liqueur
D'une si douce harangue ; Croyez que d'un triple fer
De l'Enfer
Trois fois retrempé en l'onde
Son cœur durement charmé
S'est armé
Pour combattre la faconde.
Bien malade est l'estomac,
O Lansac !
Lansac, l'honneur de Saintonge,
Lequel ne peut avaller
Ton parler
Qui jusqu'en l'âme se plonge.
Pour n'ouyr l'humaine voix
Quelquefois
L'aspic son oreille bouche :
Il est plus sourd qu'un serpent,
Qui se pend
A la chesne de ta bouche.
Plus douce estoit la rancueur,
Qu'en son cueur
Junon tenoit recelée :
Plus encores estoit doux
De courroux
Du brave fils de Pelée.
Les presens d'Agamemnon,
Ni le nom
Des plus nobles de l'armée, Ni leur haranguer si long Ne scent onq'
Douter son ire entlammce :
Et toutefois TAncien, Thracien,
Par sa douceur incroyable, Addoucit bien, ce dit-on, De Pluton
Le courage impitoyable, Aussi, est-il entre nous Rien plus doux.
Qu'une oraison douce et belle !
C'est l'enchanteresse voix, Qui les bois
Faisoit courir après elle.
L'ire porte à son talon L'aiguillon,
Dont plus tormentez nous sommes Mais rien, tant que l'orateur, N'est domteur
De ce, qui domte les hommes.
Il peut faire au dos fuitif Du craintif
Tourner visage aux alarmes :
Il peut au milieu des dards Aux soldats
Du poing arracher les armes.
Qu'est plus sainct entre les Rois Que les droits De ceste charge honorable .'' Mesme aux plus barbares lieux Où des Dieux
Le nom est moins vénérable.
Celuy sagement eslent Qui voulut
Pour son orateur t'eslire:
Il avait cogneu en toy Et la foy,
Et la force de bien dire.
A quoy pourray-je égaler
Ton parler
Fors à l'œuvre d'une abeille r" Si doux ne glissoit encor' De Nestor
La grand' douceur nonpareille, Tel que la nege roulant' S'escoulant'
Sur le dos de la montaigne, Enfle l'orgueil des ruisseaux, Dont les eaux
Tempestent sur la campagne.
S'ouit tonner quelquefois Le Grégeois, De qui le parler agile Emporta, malgré l'effort Du plus fort
L'honneur des armes d'Achille.
Les cœurs les plus obstinez Estonnez
Du bruit de telle merveille.
Se ranjoyent dessous les loix De sa voix
Qui les tiroit par l'oreille.
Les Dieux ne respandent pas Icy bas
Sur tous une mesme grâce:
Ils t'ont donné le pouvoir D'esmouvoir,
Propre ornement de ta race.
Le grand Jules est tesmoin De quel soin
Pour le bien de ta province, D'un œil sans cesse veillant, Travaillant
Tu fais service à ton Prince.
.Tamais le nepveu d'Atlas Ne fut las
D'aller sa plante légère, Pour annoncer çà et là Ce qu'il a En mandement de son Père.
Ores sa verge charmant
Va fermant
Les yeux de l'homme qui veille :
Ores d'un sommeil de mort
Les endort
Oré^ouvre l'oeil, qui sommeille.
Par elle descendre il peut
Quand il veut,
Jusqu'aux ombres incogneùes,
Par elle il ciiasse le vent
Et se fend
Un beau chemin par les nues.
Aussi celuy qui des Dieux,
D'un clin d'yeux,
Rend la puissance estonnée,
Sous l'oyseau Cylenien
Ne fut rien,
Qui soit de haute menée.
Ce Dieu t'a donné encor'
Le thresor
De sa langue bien apprise
Te puisse-t-il tousjours aider,
Et garder
Chacune tienne entreprise :
Et face le Philien.
Qu'un lien
Éternellement enserre,
D'une inviolable foy
Nostre Roy
Au grand successeur de Pierre.