‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 28 sur 115 · AU SEIGNEUR DE LANSAC AMBASSADEUR POUR LE ROY A ROME · texte numérisé non relu

AU SEIGNEUR DE LANSAC AMBASSADEUR POUR LE ROY A ROME

Celuy qui touche du miel

Dont le Ciel

Oingt une diserte langue,

Ne sent couler dans son cœur

La liqueur

D'une si douce harangue ; Croyez que d'un triple fer

De l'Enfer

Trois fois retrempé en l'onde

Son cœur durement charmé

S'est armé

Pour combattre la faconde.

Bien malade est l'estomac,

O Lansac !

Lansac, l'honneur de Saintonge,

Lequel ne peut avaller

Ton parler

Qui jusqu'en l'âme se plonge.

Pour n'ouyr l'humaine voix

Quelquefois

L'aspic son oreille bouche :

Il est plus sourd qu'un serpent,

Qui se pend

A la chesne de ta bouche.

Plus douce estoit la rancueur,

Qu'en son cueur

Junon tenoit recelée :

Plus encores estoit doux

De courroux

Du brave fils de Pelée.

Les presens d'Agamemnon,

Ni le nom

Des plus nobles de l'armée, Ni leur haranguer si long Ne scent onq'

Douter son ire entlammce :

Et toutefois TAncien, Thracien,

Par sa douceur incroyable, Addoucit bien, ce dit-on, De Pluton

Le courage impitoyable, Aussi, est-il entre nous Rien plus doux.

Qu'une oraison douce et belle !

C'est l'enchanteresse voix, Qui les bois

Faisoit courir après elle.

L'ire porte à son talon L'aiguillon,

Dont plus tormentez nous sommes Mais rien, tant que l'orateur, N'est domteur

De ce, qui domte les hommes.

Il peut faire au dos fuitif Du craintif

Tourner visage aux alarmes :

Il peut au milieu des dards Aux soldats

Du poing arracher les armes.

Qu'est plus sainct entre les Rois Que les droits De ceste charge honorable .'' Mesme aux plus barbares lieux Où des Dieux

Le nom est moins vénérable.

Celuy sagement eslent Qui voulut

Pour son orateur t'eslire:

Il avait cogneu en toy Et la foy,

Et la force de bien dire.

A quoy pourray-je égaler

Ton parler

Fors à l'œuvre d'une abeille r" Si doux ne glissoit encor' De Nestor

La grand' douceur nonpareille, Tel que la nege roulant' S'escoulant'

Sur le dos de la montaigne, Enfle l'orgueil des ruisseaux, Dont les eaux

Tempestent sur la campagne.

S'ouit tonner quelquefois Le Grégeois, De qui le parler agile Emporta, malgré l'effort Du plus fort

L'honneur des armes d'Achille.

Les cœurs les plus obstinez Estonnez

Du bruit de telle merveille.

Se ranjoyent dessous les loix De sa voix

Qui les tiroit par l'oreille.

Les Dieux ne respandent pas Icy bas

Sur tous une mesme grâce:

Ils t'ont donné le pouvoir D'esmouvoir,

Propre ornement de ta race.

Le grand Jules est tesmoin De quel soin

Pour le bien de ta province, D'un œil sans cesse veillant, Travaillant

Tu fais service à ton Prince.

.Tamais le nepveu d'Atlas Ne fut las

D'aller sa plante légère, Pour annoncer çà et là Ce qu'il a En mandement de son Père.

Ores sa verge charmant

Va fermant

Les yeux de l'homme qui veille :

Ores d'un sommeil de mort

Les endort

Oré^ouvre l'oeil, qui sommeille.

Par elle descendre il peut

Quand il veut,

Jusqu'aux ombres incogneùes,

Par elle il ciiasse le vent

Et se fend

Un beau chemin par les nues.

Aussi celuy qui des Dieux,

D'un clin d'yeux,

Rend la puissance estonnée,

Sous l'oyseau Cylenien

Ne fut rien,

Qui soit de haute menée.

Ce Dieu t'a donné encor'

Le thresor

De sa langue bien apprise

Te puisse-t-il tousjours aider,

Et garder

Chacune tienne entreprise :

Et face le Philien.

Qu'un lien

Éternellement enserre,

D'une inviolable foy

Nostre Roy

Au grand successeur de Pierre.

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