POUR LE ROY A ROME
ESTRENES
Du chef le plus digne,
Du chef plus insigne
De pourpre vestu, La toute vertu Puisse ceste année Se voir estrenée Du père à deux chefs, Qui porte les clefs, Pour donner entrée A la Vierge Astrée, Etrefaire encor' Ce beau siècle d'or.
Qui doroit la terre, Avant que la guerre Eust par art d'enfer Emoulu le fer, Ouvrant de main forte La grand'double porte Du clavier de l'An. Mais Dieu doint que Jan En Janus enserre Geste horrible guerre Fille du Caos, Luy serrant au dos Les mains enchaînées, Les mains condamnées, Aux fers, jusqu'à tant Que de là sortant On chassa d'Europe L'intidelle troppe.
Ce grand bon heur tien, O peuple Chrestien, Pend de l'entreprise Du chef de l'Eglise.
Descende des cieux,
Le Courrier des Dieux, R' amenant la belle, Que Paix on appelle.
Paix, fille de Dieu, Paix, qui au milieu Des cruels alarmes Arrache les larmes Du poing des soldars
En despit de Mars,
Qui ores se baigne
Au sang de l'Espaigne,
Et du fier Germain,
Tremblant sous la main
Du Roy le plus juste,
Qui depuis Auguste
Fut onq' couronné,
Roy du ciel donné.
Le ciel donc nous face,
Lansac, tant de grâce.
Que le Père saint.
Jusqu'aux Enfers craint,
Chasse la furie
Dont la seigneurie,
D'un cours elVrené
A jà trop régné
Dessus les provinces
Aux cœurs des grands Princes.
Si ce grand bien-fait
Par toy nous est fait,
Bellay fera dire
Aux nerfs de sa lyre
Un chant immortel,
Offrant sur l'autel
Sainct à la Mémoire
Ce vœu, pour ta gloire.
C'est que le bon-heur,
Le gain et l'honneur
Tousjours favorise
A ton entreprise,
Et qu' à ton retour,
Le plus digne Tour
Que ton Prince donne,
Ton col environne.