‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 30 sur 115 · AU SEIGNEUR ROBERT DE LA HAYE · texte numérisé non relu

AU SEIGNEUR ROBERT DE LA HAYE

POUR ESTRENES

Ores, que l'an dispos,

Qui tourne sans repos

VERS LYRIQUES q3

Par une mesme trace,

Nous figure en son rond

Du père au double front

Et l'une et l'autre face :

Amy, pour toy je veux

En poétiques vœux

De la nouvelle année

Le jour solenniser,

Afin d'éterniser

Nostre amour nouveau née.

Je t'offriroy les dons,

Qui furent les guerdons

Des plus vaillants de Grèce :

Ou l'or malicieux

Qui tenteroit les yeux

D'une chaste Lucrèce :

Je t'offriroy encor'

L'ambitieux thresor,

Que le marchand avare

Au plus près du matin

Pille pour son butin

Au rivage barbare:

xMais tant et tant de biens,

Que je désire tiens Ne sont en ma puissance :

Et l'avare souci N'appauvrit point aussi Ta riche suffisance.

Si ma main eust acquis Le savoir tant exquis D'un Lysippe, ou Appelle Tu devrois au pinceau.

Au marbre, et au ciseau, Ta louange plus belle.

Je n'oubliroy ici

Ton Sybilet aussi Dont le docte artifice Nous rechante si bien Du Roy Mycénien Le triste sacrifice.

Mais la Muse et les Dieux

Ne t'ont fait studieux D'une peinture morte, Et puis contre le temps En mes vers tu attens Une image plus forte.

Mais que di-je en mes vers ?

Les tiens, qui l'univers Rempliront de leur gloire, Sur le marbre des cicux Engraveront trop mieux Le vif de ta mémoire.

Tes phalènes tant doux

Qui coulent entre nous Mille grâces infuses, De nous sont adorez Pour cstre redorez Du plus tîn or des Muses.

Tu vivrois par les sons

Des plus hautes chansons Si je sçavois eslire L'inimitable voix, Que le grand Vandomois Accorde sur sa Lyre.

Quels parfaicts artisans

N'ont bien donné dix ans Au rond de leur science ?

Qui veut ravir le pris, Doit estre bien appris Par longue expérience.

ESTRENES

Page 1