‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 38 sur 115 · A PHŒBUS · texte numérisé non relu

A PHŒBUS

O Race Latonienne,

Sainte clarté Delienne, Dieu en Cyrene adoré, A qui pendent en escharpe Et le Carquois et la Harpe, Apollon au crin doré.

Père, ne mets en arrière Le soupir de ma prière, Puis que tes saintes douceurs M'allaictant dès mon enfance.

M'ont fait nommer, par la France, Le nourrisson des neuf Sœurs.

Tu sçais toutes médecines, Herbes, plantes et racines, Qui chassent le mal des corps :

Tu sçais toutes les sciences, Les arts, les expériences Des Augures et des sorts.

Ton grand œil qui tout regarde.

D'en haut ses flèches nous darde, Dont tu vas l'âme inspirant Au sein de la Toutemere, Toy nommé du bon Homère Apollon le loin-tirant.

C'est toy des Astres le père,

Qui îe cours de l'an tempère, Et d'une brave roideur.

Forçant le grand tour du monde, Vois de la terre et de l'onde L'universelle rondeur.

Sous les accords de la Lyre, Qui des Dieux appaise l'ire Des cieux tournent par compas :

Et l'Aonienne danse, Au rapport de ta cadence.

En rond mesure ses pas.

Or\, ta lampe retournée Nous rameine la journée.

Et or' s'ecartant de nous Pour se plonger dedans l'onde.

Laisse recouler au monde Des Dieux le présent plus doux.

Alors ta sœur, ct)ustumiere De luire par ta lumière, Nous monstre tout son beau front Ou si la terre la garde Qu'à plein ell' ne te regarde.

Nous esclaire en demi-rond.

La terre par toy fertile,

Nous rend d'une usure utile Le gain de nostre labeur.

Qui de la faim misérable, Si tu luy es favorable, Ne sentit oncques la peur.

Cecy sçachant le bon homme, Son espérance te nomme.

Te faict offrandes et vœux.

Afin que son lieu champestre Puisse donner à repaistre A ses enfans et neveux.

Escoute nos plaintes donques, Si de nous te chalut onques, Père escoute nos clameurs.

Ou soit que le champ verdoyé, Ou soit que jaune il ondoyé En espics jà demi-meurs.

Fay que l'humeur savoureuse De la vigne plantureuse,

l30 ŒL'VRES COMPLÈTES DE J. DU BELI AY

Aux rais de ton œil divin, Son nectar nous assaisonne, Nectar, tel comme le donne Mon doux vignoble Angevin.

Chasse loin de nostre terre

La faim, la peste et la guerre.

Aux Turcs, ou plus loing encor' Afin qu'en vostre province Le règne d'un si bon Prince R'ameine le siècle d'or.

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