HYMNE CHRESTIEN
Seigneur Dieu, mon rempart, ma tiance Repare moy du fort de patience Contre l'effort du corps injurieux, Qui veut forcer l'esprit victorieux.
L'ardeur du mal dont ma chair est attainte. Me fait gémir d'une éterjielle plainte.
Moins pour Tennuy de ne pouvoir guarir, Que pour le mal de ne pouvoir mourir.
Certes, Seigneur, je sens bien que ma faute Me rend coulpable à ta majesté haute : Mais si de toy vers toy je n'oy secours. Ailleurs en vain je cerche mon recours. Car ta main seule invinciblement forte Peut des enfers briser l'avare porte, Et me tirer aux rayons du beau jour.
Qui luit au ciel ton éternel séjour.
Si je ne suis que vile pourriture Tel que je suis, je suis ta créature N'est-ce pas toy, dont la divine main De vil bourbier, forma le corps humain Pour y enter l'âme, que tu as feinte
Sur le portrait de ton image saincte ?
N'est-ce pas toy, qui forma la rondeur De l'univers, tesmoin de ta grandeur, Et qui fendis l'obscurité profonde, Pour en tirer la lumière du monde ?
De rOcean, qui nous baigne à l'entour Fichant aux cieux du jour la lampe claire, Et le flambeau qui à la nuit esclaire.
Et toutefois ces grands œuvres parfaits. Que ta main saincte heureusement a faits, Doyvent périr, non ta parole ferme, De qui le temps n'a point borné le terme. Geste parole a promis aux esleus, Dont les saincts noms en ton livre sont leus, Ennuy, travail, servitude moleste, Le seul chemin de ton règne céleste.
O trop ingrat, ô trop ambitieux.
Cil, qui premier nous defferma les yeux. Et qui premier, par trop vouloir cognoistre Fit le péché entre nous apparoistre ?
Ce fut alors que le ciel peu bénin Vftmit sur nous sou courroux et venin, Faisant sortir du centre de la terre La pasle faim, et la peste, et la guerre.
Le monde alors d'une nue empesché Vivait captif sous les lois du péché, De qui l'horreur sur taut d'âmes immondes. Fit déborder la vengeance des ondes :
Alors, Seigneur, d'un clin d'oeil seulement Tu moissonnas la terre également Ne reservant de tant de milliers d'hommes, Qu'une famille en ces lieux où nous sommes.
O bien-heureux, et trois et quatre fois, Qui a gousté le sucre de ta voix.
Et dont la foy, qui le péché desfie, En ton effort sa force fortifie !
Certes celuy qui tel bien a receu.
De son espoir ne se verra deceu :
S'il est ainsi, que la foy sauva l'Arche, Et d'Israël le premier Patriarche, Ce fut celuy, Seigneur, à qui tu fis
Multiplier le nombre de ses fils.
Plus qu'on ne voit d'estoiles flamboyantes,
Ou de sablon aux plaines verdoyantes.
Le peuple alors contrainct de se ranger Dessous les loix du barbare estranger, Vivoit captif, quand ta main favorable Luy fit sentir ton pouvoir secourable.
Pendant le cours de l'onde rougissant.
Dont à pied sec ton peuple fut issant, Et vit encore' loin derrière sa fuite Flotter sur l'eau l'Egyptienne suite.
Puis au milieu des travaux et dangers Tu le guidas aux peuples estrangers Par les déserts, où vingt et vingt années Furent par toy ces bandes gouvernées.
Là ta pitié pour leur soif amortir.
Fit des rochers les fontaines sortir, Et fit encor' de ta main plantureuse Nager sur eux la manne savoreuse.
Là fut sous toy Moyse ton'ami Chef de ta gent, qui murmuroit parmi Les longs erreurs de ce désert sauvage, D'avoir laissé l'Egyptien rivage.
Là maintefois le cours de ta fureur Se desbrida sur l'obstinée erreur.
De ces mutins, et les loix engravées Se virent là mile fois dépravées.
O quantefois de ton grave sourci, Tu abismas ce faux peuple endurci.
Qui mesprisant de son Dieu les louanges Idolatroit après les Dieux estranges Justice adoncq' sur le péché naissant Faisoit brandir son glaive punissant, Et la pitié loin du ciel exilée Erroit çà-bas triste, et dechevelée.
Finablement, ce peuple belliqueur Guidé par toy, haussa le chef vainqueur Sur mile Rois, et peuples que la guerre Fit renverser horriblement par terre, Ains que les tiens par sentiers incognus Fussent aux champs plantureux parvenus,
OÙ tu avois dès mainte et mainte année Auparavant leur demeure bornée.
Qui contera les dangers et horreurs Les tiers combats et vaillantes fureurs De Josué ? et la brave entreprise De Gedeon, que ta inain favorise ?
Qui descrira ce Guerrier ordonné Pour le rempart de tou peuple estonné, Va le forfait de la main desloyale.
Qui luy embla sa perruque fatale ?
Qui chantera loracle disraël Ce grand prophète et prestre Samuel, Saùl, Jonathe, et les despouilles vuides Rouges du sang de tes Israelides ?
O Dieu guerrier, des victoires donneur.
Donne à mes doigts ceste grâce et bon-heur, De n'accorder sur ma Lyre d'yvoire Pour tout jamais, que les vers de ta gloire. S'il est ainsi, arrière les vains sons, Les vains soupirs, et les vaines chansons : Arrière amour, et les songes antiques Elabourez par les mains poétiques.
Ce n'est plus moy, qui vous doy fredonner : Car le Seigneur m'a commandé sonner Non rOdvssée, ou la grand'lliade. Mais le discours de l'Israeliade.
Lors je diray ce grand pasteur Hebrieu, Qui s'opposa pour le peuple de Dieu :
Les saincts accords de la Lyre faconde. Le certain coup de sa fidèle fonde, Avec l'honneur de son premier butin, Et le grand tronc du brave Philistin.
Je chanteray par combien de traverses Il sc^ut tromper les embusches diverses De ses haineux, ains que Dieu leust assis Pour commander au peuple circoncis.
Heureux vrayment si l'œil de Bersabée Sa Liberté n'eust oncques desrobée Et s'il n'eust mis en proye à l'estranger Celuy, qui fut de sa mort messager.
Las, ce qu'on voit de bonheur en ce monde,
Jamais constant, et ferme ne se fonde, Et nul ne peut suyvre d'un cours entier De la vertu le pénible sentier.
Quel siècle encor' ne porte tesmoignage, Du Roy cogneu par le surnom de sage ? Qui attrainant des plus barbares lieux Lor et l'argent, et le bois précieux Elaboura d'estoffe, et d'artifice, Du temple sainct le superbe édifice.
Ce n'est ici, que descrire je veux De ses vieux ans les impudiques feux.
De sa maison la grand'troppe lascive, « Sa vanité et sa pompe excessive, Pour ses faux Dieux le vray Dieu mesprisé, Et de son fils le sceptre divisé.
Je voy encor' les campagnes humides Rougir au sang de ces Abrahamides, Peuple endurci entre tous les humains : Qui adorant l'ouvrage de ses mains.
Parfume Bal d'encens, et sacrifice.
Peuples et Rois, apprenez la justice :
Et si de Dieu quelque peur vous; avez Dedans vos cœurs hardiment engravez La mort d'Achap, et la serve couronne De tant de rois captifs en Babylonne.
Mais toy, Seigneur, de qui le bras puissant Decaptiva ton peuple languissant.
Si de bon cœur devant toy je lamente.
Romps le lien du mal, qui me tourmente Ou mon esprit, pour de toy l'approcher, Tire dehors la prison de la chair.
Je ne veux point par un autel de terre, Encourtiné de vervaine, et d'hierre.
Par vers charmez, ni par prodigues vœus, Mottes, encens, ou meurtre de cent bœufs, De ma santé haster la course lente Las, qui tant fut au partir violente.
Guaris, Seigneur, guaris moy du péché, Dont le remède à tout autre est caché : Alors mes vers, louant tes faicts louables Te pourront estre offrandes aggreables.