AUTRE HYMNE CHRESTIEN
O Grand Dieu souverain, dont la divinité
Chrestiens, nous adorons dessous triple unité, Qui as, pour ton palais ceste voûte éthérée, Où des Anges te sert la troppe bienhcurée. Qui formas, tout puissant, le grand tour spacieux De ce divin chef dœuvre admirable à nos yeux, Qui tournes d'un clin d"œil ceste i^rande niasse Qui lances de ta main la foudre par le monde, Pardonne-nous, Seigneur, et nos péchez lavant. En ta juste fureur ne nous vas poursuivant.
Que si tu mets nos faits en égale balance
Et veux à la rigueur condamner nostre oflence, Qui pourra supporter le terrible courroux De ce grand Dieu \ivant animé contre nous ( Rien ne se sauvera de ta fureur divine. Non pas mesmes du ciel l'éternelle machine.
Car où est cesluy-là qui ne soit criminel Par son propre péché, ou par l'originel ? Mais bien tu es celuy, Dieu facile et ployable. Qui es également et juste et pitoyable, Qui donnes le loyer plus grand que le bienfait, Et la punition moindre que le forfait : Aussi ta pieté nos offenses surpasse Et donner au non digne est digne de ta grâce !
Bien que dignes assez nous nous pouvons nommer Si dignes tu nous fais, et nous daignes aimer, Donques regarde-nous de tes yeux pitoyables, Soit comme serviteurs, ou soit comme coulpables, Coulpables sommes-nous, si ta sévérité Regarde seulement à nostre iniquité :
Mais si tu as esgard à la noble nature, Dont tu nous as ornez sur toute créature, Sire nous sommes ceux qui de création Te sommes serviteurs, et fils d'adoption. Dont helas d'autant plus coulpables est nostre race. Nous ayant le péché privez de ceste grâce : Mais par la grâce soit le péché surmonté,
VERS LYRIQUES i^J
Et croisse en nos forfaits rhoinieur de ta bonté.
Car soit que ta sagesse, ou soit que ta puissance,
Vueille autrement de soy nous donner cognoyssance, L'honneur de ta bonté est trop plus grand en nous : Et cest amour là, Sire, est aimable sur tous. Qui a peu le Seigneur du ciel faire descendre, Et les membres de Dieu dessus la croix estendre. Pour laver nos péchez par Tonde et par le sang Que le fer inhumain tit sortir de ton flanc. 'Ainsi ta pieté, et ton amour, ô Sire, Fait que vainqueur du mal nostre bien se peut dire.
O Amour ! ô pitié songneuse de nos biens.
Qui serve de tes serfs t"es faite pour les tiens ! O Amour ! ô pitié de nous mal recognuë ! Que nous avons quasi par nos péchez vaincue ! Fay que de ton amour la violente ardeur Vers toy puisse eschautfer nostre lente froideur : Affranchis nous, Seigneur, de l'odieux service Qui nous a si longtemps fait esclaves du vice : Esteins en nous l'ardeur de nostre vain plaisir, Et fais de ton amour croistre en nous le désir, Afin qu'ayans parfait le cours de nostre vie. Lors que devant son Roy l'ame sera ravie, De son partage heureux jouyssant avec toy, En luy sois comme Père, et non pas comme Roy.