‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 5 sur 115 · V^ÏADAME (MARGUERITE D'ESCRIRE EX SA LANGUE · texte numérisé non relu

V^ÏADAME (MARGUERITE D'ESCRIRE EX SA LANGUE

Odf IV

Quiconque soit qui s'estudie

En leur langue imiter les vieux.

D'une entreprise trop hardie

Il tente la voye des cieux, Crovant en des ailes de cire,

Dont Phœbus le peut déplumer :

Et semble à le voir qu'il désire

Nouveaux noms donner à la mer.

Il V met de l'eau, ce me semble,

Et pareil (peut estre) encor' est

A celuv qui du bois assemble.

Pour le porter en la for est.

Qui suvvra la divine Muse,

Qui tant sceut Acliille extoller ?

Où est celuy qui tant s'abuse

De cuide.r enc.ores voler Où par régions incogneucs

Le Cvgne Thebain si souvent

Dessous luv regarde les nues,

Porté sur les ailes du vent ." Qui aura l'halaine assez forte

Et l'estomac, pour entonner

Jusqu'au bout la buccine tortc

Que le Mantuan fit sonner ?

Mais où est celui qui se vante

De ce Calabrois approcher

Duquel jadis la main sçavante

Sceut la Ivre tant bien toucher r Princesse je ne veux point su\vre

D'une telle mer les dangers,

A\mant mieux entre les miens vivre.

Que mourir chez les estrangers.

Mieux vaut que les siens on précède

Le nom d'Achuille poursuyvant.

Qjiie d'estre ailleurs un Diomede,

Voire un Thersite bien souvent.

Quel siècle esteindra ta mémoire,

O Boccace? et quels durs hyvers

Pourront jamais seicher la gloire,

Pétrarque, de tes lauriers verts ?

Qui verra la vostre muette,

Dante, Bembe, à l'esprit hautain?

Qui fera taire la musette

Du pasteur Neapolitain :

Le Lot, le Loir, Touvre, et Garonne

A vos bords vous direz le nom

De ceux que la docte couronne

Eternize d'un haut renom.

Et mo\' (si la douce folie

Ne me déçoit) je te promets

Lovre, que ta lyre abolie.

Si je vv, ne sera jamais, Marguerite peut donner celle

Qui rendoit les enfers contens.

Et qui bien souvent après elle

Tiroit les chesnes escoutans.

r-A TRES ILLUSTRE "P RINCE MONSEIGNEUR "REVERENDISSIME CARDINAL T>E GUISE

Ode V

Le sentier de la vertu

N'est un grand chemin batu.

Où tous viateurs arrivent :

C'est un sommet haut et droit, Espineux, et fort estroit.

Aussi peu de gens le suyvent.

- Heureux qui pour y monter.

Tout labeur peut surmonter.

Quelque danger qu'il y voye :

Celuy, qui jadis nasquit

D'Alcmene, le ciel acquit, Avant esleu ceste voye.

O Prince bien fortuné !

Le ciel prodigue a donné Le bon heur à ta jeunesse, Je dv ce mesme bon heur, Dont à peine a eu l'honneur La plus constante vieillesse.

Le Printemps dessus les fleurs En mille et mille couleurs Peint la première apparence Des fruicst de l'esté suyvant :

Mais les tiens sont nez avant Que d'en donner espérance.

De leurs mains les mesmes Dieux Se sont peints dedans tes yeux, Et en ton esprit encore : Ton grand Roy le cognoist bien, Et sa France voit combien Il te chérit et honore.

Et qui n'y est invite

Par ta douce gravité ?

A qui n'est desjà cognuë A voir tes gestes duisans, Mesme en ces tant jeunes ans, Ceste vertu tant chenue :

Quel ennem\' des François, Quelle ville, mais ainçois Quelle mer, ou quelle terre N'a cognu jusquesici Ton père et frères aussi, Ces trois foudres de la guerre ?

Qui n'oit encores le nom Qui fait bruire le renom Du grand Prélat de Lorraine :

Dont le tige antique et beau Est planté sur le tombeau De la fameuse Seraine.

Le mont qui fut envoyé Dessus le dos foudroyé X'esclaire de plus grand lustre

Que ton sang dessus les lieux Où tes couronnez ayeux Ont haussé le chef illustre.

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