‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 60 sur 115 · AU SEIGNEUR ROBERT DE EA HAYE · texte numérisé non relu

AU SEIGNEUR ROBERT DE EA HAYE

Jà tes languissantes veines Estoyent pleines D'un feu violent, et fort, Jà les pallissantes fièvres

UAVKhb Lc^NU'Lhi hb. Ul. J. UL libLLA ^

Sur tes lèvres

Avovent imprimé la mort :

Jà te conduisoit la Parque

Vers la barque

De riiorrible Nautonnier,

Et jà ton àme craintive

Sur la rive

Luv presentoit sou denier :

QjLiand le Dieu, que Cyuthe adore,

Qiii t'honore

De sou présent le plus beau,

Retint le cours de ta fuite

Jà conduite

Dessus le bord du tombeau.

O combien ceste main palle,

Main fatale.

Que jà blesme tu suivois,

Troubla les bandes compaigncs

Des montaignes,

Des fontaines, et des bois !

Elle avoit, la sacrilège,

Leur collège ■ Violé cruellement

Saccageant le double feste

Qui leur teste

Ombrage éternellement.

Le Laurier aux tresses vives

Sur leurs rives

Panchoit demi-sec en bas.

Et la chevaline source

De sa course

Avoit arresté les pas.

N'ayant plus la voix sacrée

Qui aggree

Aux bois, qui sont toujours verds

Et la nombreuse cadence

De la danse

Qui s'animoit sous tes vers.

Mais le Médecin de Dele,

Ce fidèle

Garde des esprits sacrez,

DIVERS rOKMHS

Alors une nuist eu arrière La prière

De tants de Justes regrets :

Ains du jus d'une racine Médecine

Te r'appelant d'Acheron, Sur toy fit la preuve encore Qui décore

Le disciple de Chiron.

Heureuse soit la recepte, Dieu prophète, Qui fit revoir nostre jour A celuy, qui plus haut prise Ce qui brise

Les portes du noir séjour.

N'est-ce pas luy, qui les traces De tes grâces Si divinement conduit, Qu'ores ta suite compaigne Ne dédaigne

Des procez l'enroué bruit ?

N'est-il pas de celle bande, Qui commande Sur les eaux, et sur les bois, Luy, qui mille expériences Des sciences

Joinct aux vénérables lois ?

Sus douq pucelles Dryades, Sus Naïades

Sortez de vostre prison :

Dansez troppes Forestières, Vous Rivières, Sonnez ceste guarison, O Santé, saincte Déesse, O Princesse

Nourricière des humains, O la plus belle peincture, Que Nature

Fi^onq' de ses doctes mains !

C'est toy qui fais que tout rie, La prairie

l68 ŒUVRES CC.MrLLTES LV. J. DU L'KLLAY

Te doit son verd ornement :

C'est tov, qui nourris les plantes Où tu antes Ta force divinement.

De tes ^ainctes ma!ns divines Les racines

Prennent leurs effets divers, Tu es la céleste liamme, Tu es l'Ame Infuse au grand univers.

Sans tov, tout l'honneur qui dore De l'aurore Les rivages em perlez.

Sans tov, de la gardienne PaphieiMie Les plaisirs emmiellez :

Le tableau, l'ancre et le cuivre, QjLii font vivre L'ouvrier après son trespas, La musique et les viandes Plus friandes Sans tov ne nous plairoytnt pas.

Où tu es, la maladie Enlavdie,

Le soir, qui nous ronge, et moi t.

Le chagrin et la vieillesse, La faiblesse, Et le germain de la moi t.

Là (dis-je) ô des Dieux la fille, La famille

D'enfer, ne séjourne point :

Mais le plaisir y habite, Mais la suite Du dieu, qui les coeurs nous poingt.

Que n'oce l'humaine race ?

Xostre audace Ne permet que Juppiîer Les traicts foudrovans retire, Que son ire Fait justement despiter.

De Jappet le fier lignage,

Tesmoi-);nagc De nos l'aizts ambicicuN, O^a par une finesse Larronnesse

Robber la flamme des cieux.

Lors les vertus, qui s'ailerent S'envolèrent

Et la Mort, qui lentement Hastoiî sa boiteuse suite, Nostre fuite

Tallonna premièrement.

Lors les fuvres incognuës Sont venues,

Et les malheureux mortels, Qui d'elles s'espouvanterent, Inventèrent

Premièrement les autels. Pour te r'appeller, ô Sainte, Qui contrainte De s'en revoler soudain, Viens reguarir nostre peine Que r'ameine

Des dijux le juste desdain.

Quel vers doncques, ou quel hymne Sera digne

De célébrer tes bienfaictj ?

Voire celuy même encores, Celuv qu'ores O Déesse, tu nous fais.

Qu'on dresse un autel de terre.

Qu'on l'enserre

De l'verre et de lauriers verds

Qu'on v lace une ccincture

De verdure

Qu'on v grave mille vers.

Ce jour me soit toujours feste,

Que ma teste

On entourne, car je veux

Pour ta santé redonnée

Geste année

M'acquilter de mille vœux.

170 CtUVKHS COMPLETES DE J. DU BELLAY

Celle tant douce lumière

Qui première

Destourua ton jour latal.

Autant, ami, me soit-elle

Solennelle

Que mon propre jour natal.

Courage, amis, je vous prie,

Que Ion rie.

Soyent tous regrets endormis,

Puisque le fils de Latonue

Nous redonne

L'ornement de nos amis.

Ami, l'ami des Charités,

Tu mérites

D'estre sainctement chanté.

Sus donq' chacun vienne dire

Sur sa Lvre

Un bel hvmne de santé.

Pour la première j'appelle

La plus belle

Du mont doublement poinctu.

Ta sœur des grâces chéries,

Qui maries

Le sçavoir à la vertu, lo, Xvmphe de la Haye,

Que Ion paye

Ses vœux au dieu gardien,

Ton frère ne te demande

Pour offrande

Fors un bel hvmne Chrestien.

Perdriel, et toy encore,

Que j'honore,

O l'honneur Orleannois !

Vien, Audeberd, et accorde

Sur ta corde

Cest ornement champenois.

Ht toy, dont la docte veine

Nous r'ameine

Le théâtre Athénien,

Ornant de ta douce ryme

La victime

DIVERS POEMtS 171

Du prince Mycénien,

Sybilet, je te supplie,

Qu'on n'oublie

Les veux, que Ion a promis.

Le Philien nous commande.

Que Ion rende

Tel devoir à ses amis.

Ces petits vers, que je joue.

Je les voue

A la seconde moitié,

Qui tient ma serve pensée

Enlacée

D'une immortelle amitié.

A la moitié de ma vie !

Quelle envie

J"ay d'escouter celle voix,

Voix dont les sainctes merveilles Mes oreilles

Ont ravi cent mille fois.

Lors de ta santé première La lumière

Te rendra tel à mes yeux, Qu'une sereine journée Retournée

Après un temps pluvieux.

Tel que l'escailleuse roue Dont se joué

Le serpent, qui s'est fait beau, Reprenant nouvelle force Sous l'escorce D'une plus luisante peau.

Tel, comme la fleur mouillée Despouillee

De son lustre plus vermeil Repeint la première grâce De sa face

Aux rais du nouveau Soleil.

Alors ta lyre dorée Adorée

Et des hommes et des Dieux, Me dira l'horreur qui couche

i;^ ŒUVRLS COMPLETES DE J. DU BELLAY

A la bouche

Du grand manoir stvgieux.

Tu me descriras la rive.

Où arrive

La grand' troppe des esprits, Cependant je t'appareille La merveille De mon Sixiesnîe entrepris.

Là tu reliras la tourbe.

Qui se courbe Sous le sceptre Gnosien, Ht l'autre mieux fortunée Destinée Au séjour Llvsicn.

Où le harpem de Rhodope, Lt sa troppe

Font sous les bois verdelets, Ou dessus les rives molles Leurs caroles, Ou par les prcz nouvcU-^ts.

De ceste bande sacrée Est Ascree, Line et le Meonien, Et Pindarc et Stesichore, Et encore Tout le chccur Aonien.

L'ne autre bande Romaine S'v promeine

Par les destours plus secrcz.

Là est ta place éternelle Près de celle De Catule aux vers sucrez.

Pendant, avant que ta vie Soit ravie

D'une plus forte langueur, Qu'on s'esjouysse, qu'on chante, Qu'on enchante Tout ce qui ronge le coeur.

Jà, jà la Parque félonne Nous talonne, Et Minos n'a point appiis

D'ouyr Ijs plaintes des hommes,

Quand nous sommes

Au ranc des pasles esprits.

Stix, qui d'une courbe trace

Les embrasse,

Leur empesche le retour,

Cernant l'horreur du bas monde,

De son onde,

Par trois fois d'un triple tour.

Mais si l'homme peut revivre

Par le livre.

Ton image n'ira pas

Au rang de ces pauvres nues

Incognues,

Qui se lamentent là bas.

1J4 ŒUVRES COMPLÈTES DE j. DU BELLAY

ODE AU PRIXCE DE MELPHE divisée en treize pauses

Voyant en ce siècle où nous sommes Sans faveur les plus doctes hommes.

Les arts d'Apollon en mespris.

Les Muses servir de risée Kt la gloire aussi peu prisée, Que les vertus en peu de pris.

Au croc, j'avois pendu ma lyre.

Délibéré de plus ne dire Le los des hommes vertueux, Pour ne perdre plus la despence, Le temps, la peine et la semence.

En un champ si peu iVuctucux.

Mais ton sçavoir admirable.

Mais ta vertu vénérable, Prélat des Prélats Phonneur, Veut que ce propos je change, Et veut que d'une louange Je sove encor le sonneur.

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