‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 7 sur 115 · CARDINAL DU BELLAY · texte numérisé non relu

CARDINAL DU BELLAY

Ode VII

Tu viendras doncq' finalement Heureux Prélat, et à ta suitte Retourneront semblablement L'esprit, la vertu, la conduite, Qui te sm'vcnt où que tu voises, Veillant aux affaires Françoises.

Les dieux et les astres aussi Favorisèrent bien la France, Qui en toy firent noistre ainsi La mesme mort de l'ignorance.

Le ciel qui ton esprit admire.

Dedans son ouvrage se mire.

Où est le lieu, qui n'a cogneu Ce grand Langé inimitable Dont le renom est parvenu Aux fins de la terre habitable?

Qui est celu\' nostre adversaire,

oS

Qui n'a veu ce qu'il sçavoit faire?

Cœsar a senty mille fois,

Que pouvoitla sage entreprise, La vertu, la plume, la voix Qu'encores tout le monde prise.

De celuy qui n'a, ce me semble, Laissé que toy qui luy ressemble.

Le ciel cruel à qui sembla

France par vous deux fois puissante, Las! par mort vous dessembla.

Dont mon ame en est gémissante :

Sçachant bien qu'une telle perte Jamais ne sera recouverte.

Ce grand roy gueres n'admiroit Celuy dont Troye se lamente Que dix Xestors se desiroit Non une force véhémente. Le miel qui les oreilles touche A Nestor couloit de la bouche.

Le sage Grec, dont le parler Sembloit aux neiges hyvernales.

Que le printemps fait devaller Par les montagnes inesgales, Cognent par cent mille traverses Et hommes et citez diverses.

Sa chaste espouse cependant De poursuivans sollicitée, Fut bien vingt hvvers attendant L'heure heureuse tant souhaittée.

Qui après la rendit contente Par le fruict de sa longue attente.

La France qui bien apperçoit Combien vaut un esprit si sage, Après longs travaux te reçoit Avecques un joyeux visage.

Si fait ton Roy, bienheureux prince D'avoir tel homme en sa province.

Haste-toy doncq' et n'attend pas.

Que la grand'espaule chenue Des Alpes déçoive tes pas.

Paris, joyeux de ta venue

Jà de loin venir te regarde :

Mon Dien, que l'arriver me tarde !

lo, ma Lyre, lo, je veux

Qu'un tel jour me soit toujours feste,

Pour payer tous les ans mes vœux.

Sus doncq' qu'un autel on m'appreste ■ D'hierre à la racine velue,

Et de ver\'éne chevelue. Celuy Macrin, que tu coignois.

Aux Latins sacra ta mémoire :

Et moy, après ce Loudunois,

Aux François je chante ta gloire.

Quant. j'ay désir de voir en France

Les Muses faire demeurance.

Le Lesbien ses vers sonnoit

Parmy les armes, non timide

Ou quand à sa nef il donnoit

Repos sur le rivage humide.

Prélat, te plaise temps eslire

Pour mes vers escouter, ou lire.

Des vents encore soustenu,

Sortant du maternel boccage

L'oiseau par sentier incognu

Toute le premier navigage

Des ailes que sa mère guide, t

L'asseurant parmy l'air liquide.

Moy jeune et encores peu fier

Laissant la maison paternelle.

Au ciel je m'oseray fier

Dessous la fiiveur de ton aile,

Aile dont la plume dorée,

De tout le monde est adorée.

O la grand'ardeur que j'avois

D'appaiser ma soif en cest'onde,

Qui viet à son bord quelquefois

Les dépouilles de tout le monde !

Et la grand'cité, qui encore

Ainsi qu'un demi-dieu t'adore.

Je bruslov' tous les jours après,

Alors que les fièvres cruelles

Mes os vont ronger de si près,

Qu'ils nont quasi plus de moucllcs.

Jà desjà me monstroit la Parque De Charon la fat:ile barque :

Mais les dieux n'ont voulu chasser De nioy cest heur tant souhaitable, due destre tien, tust pour passer Le froid Caucase inhospitable, Ou parmy les ondes avares Le destroit des Svrtes barbares.

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