‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 8 sur 115 · CONTRE LES AVARICIEUX · texte numérisé non relu

CONTRE LES AVARICIEUX

Ode VIII

Toy de qui la richesse excède Telle que l'Afrique possède, Et les grands thresors non touchez, Qui sont en la terre cachez, Combien que desjà so\ent comprises En ce Palais que tant tu prises, Plus des deux parts de la cité, Si la dure nécessité Qui à toutes les lois renonce Ses doux de diamant enfonce Dessus toy jusqu'au dernier poinct. Ton serf esprit ne sera point De peur délivre, ni ta teste Des liens que la mort t'appreste.

Le Scythe a plus grande raison Qui sa vagabonde maison Par tout, où bon luy semble, meine :

Et les Cetes durs à la peine Nature a trop mieux contentez.

Qui ont leurs champs non arpentez, Et où la culture annuelle A chacune est perpétuelle.

Venus et la forte liqueur.

Qui arrache le soin du cœur.

Les viandes elabourées,

Avec sauces bien savourées, Le son du Lut, et sur les eaux Le doux ramage des oiseaux X'ostent de l'or la faiin sacrée Au cœur ambitieux ancrée, Qui jamais ne sent en son œil Couler l'emmiellé sommeil :

Le doux sommeil plus tôt habite La maisonnette humble et petite Du berger ou du laboureur Que le Palais d'un Empereur.

La mer qui est tempestueuse Par la descente impétueuse De l'Arcture, ou par le lever Du Bouc ne sceurent onq'grever Celuy qui d'assez se contente.

La gresle qui déçoit l'attente Du vigneron, le champ trompeur, L'arbre sans fruict, ne luy font peur : Soit que la terre soit beuflée Du chaut, ou par l'hyver gelée, Pourquoi en auroit-il ennuv Puis qu'immortels ainsi que luy Sont les biens où son cœur il fiche? O l'homme heureux ! ô l'homme riche !

Si les honneurs ambitieux.

Les Palais eslevez aux cieux Le doux nectar et l'ambrosie Ne contentent la fantasie De celuy qui nourrit le soin D'un cœur à soy-mesme tesmoin, Pourquoy haussera\--je les voiles Dessous la faveur des estoilles ?

Par mille et par mille dangers Suivant les thresors estrangers, Et la pauvreté renaissante Avec la richesse croissante.

\'ole doncq'avare marchand, Des hides au Soleil couchant.

Et du Septentrion encore Jusqu'au bord de la terre More,

Cerne le tour continuel, Si tu veux de Tastre annuel Avecques un labeur extrême, Et te fu\-, si tu peux, toy-mesme :

Pourtant si ne fuiras-tu pas Le soin qui te suit pas à pas, Et la crainte qui tourne et vire Le gouvernail de ta navire.

Mov que la Muse veut aynier Par les ^•et1ts je feray semer Tout le souci qui nie fait i^uerre Dessus l'ennemie Angleterre Où règne Thorrible fureur D'I^rvnnis avecq' la terreur Des armes et de l'entreprise De Henry, que Mars favorise

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