A MADAME DIANE DE POITIERS
DUCHESSE DE VALEXTIXOIS
La garde des provinces
Est en la main des Dieux,
Et l'image des Princes
Est peinte dans les cieiix,
Dieu tourne à son plaisir
Les Roys, et leur désir.
Tout ce qui tient encore
Du monde la rondeur,
Sur toute chose honore
Des Princes la grandeur.
Les Roys sont oingts de Dieu,
Disoit le grand Hebrieu.
Heureux est celuy donqucs
Qui en peut approcher.
Et plus heureux quiconques
Leur est aimable et cher.
Les cieux, dès qu'il fut né,
Cest heur luy ont donné.
La grand' main plantureuse
Des Dieux, et d'un bonheur,
Vostre naissance heureuse
Combla de cest honneur,
Seul né comme je croy,
Pour estre aymé d'un Roy.
D'un Roy tel que l'Aurore,
Et le Hct du Soleil,
L'Ourse et la rive More,
N'ont point veu son pareil,
Ny ne voirront encor',
Revinst le siècle d'or.
La vertueuse grâce,
En l'honneur plus qu'humain
Escript sur vostre lace
D'une divine main.
De ce Roy tant exquis
Le cœur vous ont acquis :
l82 ŒUVRES COMPLETES DE J. DU BELLAY
Que la France prospère D'avoir tel bien trouvé, Beaucoup moins Roy, que Père, A toujours esprouvé :
Ht ne peut rien des Dieux Jamais espérer mieux.
Heureux doncques le Prince D'un tel peuple Seigneur, Heureuse la Province D'avoir tel gouverneur :
Et vous heureuse aussi D'en estre avmée ainsi.
La bienheureuse France Jouissante du bien De sa longue espérance Ne souhaite plus rien :
Vovant tous ces souhaits En vos grâces parfaits.
C'est pourquov ceste lyre Cest archet et ces doigts Qui ont bien ozé dire Les louanges des Rois Se viennent présenter Pour les vostres chanter.
Espérant qu'à la grâce De vostre humanité Qui marche par la trace De la Divinité, Ne seront odieux Les saints presens des Dieux.
La fille de Latonne
Et Phœbus tout voyant, Sont nez du Dieu qui tonne D'un sceptre foudroyant, Phœbus de ses douceurs Anime les neuf Sœurs :
Les neuf Sœurs, que Mémoire Conceut de Jupiter, Pour l'immortelle gloire Des Princes reciter.
Dont Hknkv tient le lieu
blVF.RS POEMES
Le premier, après Dieu.
Les Nvmphes Deliennes, Les Nymphes, mon souci, Les sœurs Parnassiemies, Et les Grâces aussi, Dansent sous la clarté De vostre deité.
Ceux dont la convoitise Sœur de l'ambition, Soigneusement attise La serve afiection, Ceux-là ne goustent pas Des Muses les appas.
L'ignorant populaire Telle faveur n'attent, A qui rien ne peut plaire Sinon ce qu'il entent, Et dont jamais les yeux Ne s'eslevent aux cieux.
Où la chaste lumière
De vostre luysant front Ores se monstre entière, Ores en demv rond, Sœur de l'autre flambeau Du monde le plus beau.
C'est le Soleil de France, Qui peut bien commander Qiie l'aveugle ignorance, Se voise desbander ; Redonnant liberté A la belle clarté.
Adoncques l'excellence De ses faits tant louez Rompra le long silence De mes vers enrouez.
Si par vous j'ay tant d'heur De plaire à sa grandeur.
Alors je n'auray crainte Que le lyrique honneur Sente la fiere attainte Du mordant repreneur :
iS4
Je ne craindniy IcHort
Du temps, nv de la mort.
Les harpyes friandes.
Les corbeaux atlamez
A piller les viandes
Sont tous accoustumez.
Les cvgnes bien-chantans
Fréquentent les estangs.
Là. d'une plume tranche
Sans art apparoissant.
De couleur noire et blanche
Peindrav le beau Croissant,
Les traicts, et l'arc Turquois,
Et le doré Carquois.
De ceux que Cyuthe adore
L'honneur je publiray.
Et leurs beaux noms encore
En un j'assembleray.
D'un plus ferme lien
Que le nœud Gordien.
De Boulongne rendue
Des gardes Escossois,
De Parme deffendue
Par le soldat François,
J'envovrav sur mes vers
Le bruit par l'univers.
Je diray la victoire
De la Royale main,
Qui a semé sa gloire
Sur le fleuve Germain,
Plantant le lys parmy
Les champs de l'ennemy.
Je diray que d'Auguste
Il rend le siècle heureux :
Et que son bras robuste Sur tous chevaleureux
Anime d'un grand cœur Le François belliqueur.
Gravant l'honneur de Gaule D'un burin rougissant Sur la fuyante espaule
DIVERS POÈMES l8\
De César pallissant,
De César odieux
Aux hommes et aux Dieux.
La hardie entreprise Et les sœurs indontez De Vandosme et de Guyse, Y seront racontez, Je n'oubhray aussi Le grand Mommoranci.
La superbe proesse
Et d'Achille et d'Hector, La sage hardiesse D'Ulysse, et de Nestor, Et mille autres milliers D'indontez Chevaliers.
Du mesme vase encores, Où ils furent enclos, Encloses seroyent ores Leurs cendres et leurs los, Si l'art des bien-disans N'eust surmonté les ans.
Les vertus honorées
Volent jusques au ciel, Sur les ailes dorées
. Des vers plus doux que miel, Tu-ant hors du tumbeau De nous tous le plus beau.
Faites, Diane saincte.
Que ce Roy vertueux Apres la force esteincte De Mars l'impétueux, Escoute quelquefois Des neuf Vierges la voix.
Les neuf Vierges honteuses L'or ne demandent pas Et ne sont convoiteuses Des mendiez repas r L^n bon œil seulement Est leur contentement.
A ELLE EXCORES
Jamais je n'auray close
La bouche à vostre honneur.
Mais plus que d'autre chose En serav le sonneur, Luv dressant un autel Pour le rendre immortel.
Là des beaux vers d'Horace Imitant les deux sons, Pour donner plus de grâce A mes humbles chansons, l'emplirav l'univers Du doux bruit de ces vers.
Chantez, tendres pucelles, La sœur du Delien, Entans avecques elles, Chantez le Cynthien Chantez Latonne aussi D'un grand Dieu le souci.
Chantez du froid Algide
Les hauts crins verdissans, Ou sur la rive humide Les bois s'esjouissans.
D'ombre Erymant couvert.
Ou bien Gange le verd.
Louez Tempe, et encore :
Louez plus qu'autre lieu Ceste Isle que décore La naissance de Dieu, Qui porte l'Arc turquois, La Lyre et le Carquois.
Apres ceux-ci faut dire Le Paradis d'Anet Mais pour bien le descrire Nommez le Dianet, Chantez ces palais d'or, Et ces marbres encor.
Que saint Germain on vante.
Ses ondes et ses bois, Que sur tous on le chante, Car l'Appollon François Entrant premier au jour.
Toucha ce beau séjour !
Luv à votre prière La peste chassera, Et la fureur guerrière Sur Charles poussera.
Il envoyra la faim Au Flamant et Germain.