A LADICTE DAME
Madame, ne pensez pas
Que Dieu qui ses grâces donne.
Faisant les uns naistre bas.
Les autres portans couronne.
Pour néant nous ait donné Ce noble esprit tant bien né.
Geste douceur, ceste grâce.
Geste vertu, ce grand heur.
Ce pcrt et ceste grandeur Qu'on voit luire en vostre face.
Ces dons il a mis en vous
Pour ce faire en vous cognoistre, Et vous a fait entre nous Comme un miracle apparoistre, Afin que de ce grand Roy D'une inviolable foy Vous pensiez posséder l'ame, Et que son affection Par vostre perfection Bruslast d'une saincte flamme.
Les Rois monstrent aux humains De Dieu l'exemple et l'image.
Aussi dit-on qu'en ses mains Dieu tient des Rois le courage, Dont il tourne à son plaisir
î'^^"^ ŒUVRES COMPLÈTES DE ]. DU BELLAV
Et ramour et le désir :
Et n'est pas en la puissance D'un humain entendement D'esbranler tant seulement Vntj Royale constance.
Combien que ce Rov qui tient La plus honorable place De tout ce qui appartient A Prince de telle race.
Soit le plus chevaleureux.
Le plus sage, et plus heureux, Qui onques porta couronne :
La vertu d'estre constant C'est ceste vertu pourtant Dont plus de gloire on luv donne.
Madame, il a lait vers vous De ceste vertu la preuve, Et a fait cognoistre à tous Qu'un plus constant ne se treuve Estant comme le rocher Qui laisse bien approcher De soy la fureur de l'onde.
Mais quelque assaut que souvent Luy donne l'onde et le vent Tousjours plus ferme il se fonde.
Et en cela clairement
Il monstre la vertu belle Estre le seul fondement De son amour immortelle, Laquelle il révère en vous, Et fait que chacun de nous En vous aussi la révère.
Voyant en sa majesté Ceste grande fermeté, En son amour persévère.
Ce sage Mommorenci,
Ce vainqueur de la fortune, Pourroit tesmoigner ici De quelle amour non commune.
Ce Prince a toujours aimé, L'n serviteur estimé
Sur tous fidèle à son maistre, Un serviteur si loyal, Qii'oncques serviteur Royal Plus loyal on ne vit estre :
O trois, voire quatre fois Bienheureuse la Province Laquelle est sujecte aux lois D'un si sage et vaillant Prince :
Et vous bienheureuse aussi, QjLii n'avez autre souci due de sa grandeur prospère Et de voir tous ses enfans, En tous actes triomphans Un jour ressembler au père.
Par là vous avez acquis
Le cœur de toute la France, Qui ne peut estre conquis Par grandeur ni par puissance Si on ne voit la douceur Jointe avecqucs la grandeur, Comme est la vostre. Madame, Qui est cause que chacun Comme un refuge commun En ses ennuis vous reclame.
Aussi quelle vertu rend
Une grandeur plus aimable.
Qu'une bonté qui s'estend Envers chacun favorable ?
Comme vous, qui n'attendez Qu'on vous prie : mais tendez A tous l'oreille desclose.
De loin appelant celuy Qui monstre avoir quelque ennui Et de vous approcher n'oze.
Les Rois et Princes qui sont
Comme dieux en leurs provinces, Et les grands Seigneurs qui ont L'amour et faveur des Princes, Du peuple sont honorez, Du peuple ils sont adorez, S'il est permis de le dire :
Too ŒUVRES COMPLETES Dh J. DL l'.hLL.W
Ils ont l'oreille du Roy, Mais tel honneur après soy Beaucoup de travail attire.
Car ils tiennent ce haut lieu Dessus le bas populaire Comme ministres de Dieu, Et serviteurs du vulgaire :
Aussi le peuple à bon droit Eu recompense leur doit Tout honneur et révérence : Et qui ne leur porte honneur Il n'offense leur grandeur, C'est Dieu mesme qu'il oftence.
Madame, Dieu mist en vous Cest esprit et ceste grâce.
Et vous donna par sur tous Cest heur qui tout autre passe :
A fin qu'en auctorité \'ous mainteniez Tequité, L'innocence et la justice, Et vous monstrez bien aussi Que Dieu ne vous mist ici, Que pour le commun service.
Car la France n'a point eu.
Qui plus les bons authorise, Qui plus aime la vertu, Qui plus le droit favorise.
Entre tous vous advancez Ceux-là que vous cognoissez Du Roy serviteurs fidèles :
Gardant ceux qui sont absens Comme ceux qui sont presens Dessous l'ombre de vos ailes.
Mais qui pourroit seulement, Avecques ceste fo\- vive, Louer assez dignement Ceste charité naifve ?
Les pauvres alimentez Et les malades traictez Avecq' tant de soin et cure, Monstrent assez l'amitié,
DIVJ-RS POEMES igi
La candeur et la pitié
Que vous avez de nature.
Surtout vous avez le soin
De Dieu et de son Eglise,
De vous repoussant bien loin
Toute malice et feintise,
Les meschans et vicieux
Ne plaisent point à vos veux :
Vous n'aymcz la tyrannie,
Vous n'escoutez le flatteur,
Xi le malin rapporteur.
Qui s'arme de calomnie.
Ceux qui ne sont bous à rien
Sinon à servir de nombre,
Nez à consumer le bien,
Ne vivent point sous vostre ombre.
Les mocqueurs injurieux
Sur tous vous sont odieux,
Scachant qu'auprès d'un grand Prince
Rien n'est pire qu'un mocqueur,
Ne qui plus oste le cœur Et l'amour d'une Province.
Je ne veux pas oublier Geste amitié conjugale Laquelle on doit publier Pour la plus ferme et loyale, Geste humble viduité En monstre la vérité.
Qui parmi ceste hautesse Esgale i' celle des Dieux, Ne monstre rien à nos veux Qu'une couleur de tristesse.
C'est, Madame, ce qui fait
Qu'ainsi chacun vous admire Et que d'un commun souhait Tout bonheur on vous désire.
Que puissiez-vous longuement Ainsi vivre heureusement Et vostre vertu suivie De vostre fatal bonheur Vous vivant', ait cest honneur
De triompher de l'envie.
Si vostre grandeur adonc
Pour la plus ferme asseurance Dieu qui ne desmentit ouq' Une fidèle espérance, Un Rov dont la majesté X'a rien de légèreté Un peuple qui vous honore, Qui vous aime, et qui d'autant Qu'il va vostre heur souhaitant Souhaite le sien encore.
Si vous avez tel appuy,
Madame, devez-vous craindre Que quelque fasclieux cnnuv Vostre plaisir vienne esteindrc ?
Quel desastre, tant soit fort, Jamais vous peut faire tort ?
Vivez doncques asseuree Malgré le fort envieux.
Que tout ce qui vient des cieux Est d'éternelle durée.
Quant à l'injure des ans,
Si France me daignoit mettre Au ranc de ses mieux disans, Je m'oserois bien promettre De bastir à vostre nom Un oeuvre de tel renom Que vostre Anet admirable Auquel se voit imité Tout l'art de l'antiquité.
Ne seroit point plus durable.
Si est-ce, tel que je suis,
Que vous avant pour escorte, De moy promettre je puis Que j'ay l'espaule assez forte Pour porter au ciel le bruit De vostre vertu qui luit Aussi claire entre les Dames Que celle, qui sur le front Porte vostre demi -rond.
Luit sur les célestes flammes.
LMVKHS POHMKS 195
Vrayment ingrat je serois, Et pis, si pis se peut dire, Si vos vertus je taisois Dessus les nerfs de ma Lvre, Ayant receu tant d'honneur, Tant de grâce et de faveur.
De vous, qui sans mon mérite Mesme estant de vous bien loin, Avez daigné prendre soin De ma fortune petite.
Aussi tant que je vivra\-, J'en garderay la mémoire, Et rien de beau n'escrirav.
Qui ne soit à vostre gloire Comme celle, à qui je dov Mes vers, mon esprit et mov, Yous seule estant la première, Qui à fin de me hausser Daignastes bien abbaisser Dessus mov vostre lumière.
Si je voulois m'amuser
Au nom dont on vous appelle, Ou si je voulois user D'autre invention nouvelle. D'arcs, et traicts j'enrichirois Cest œuvre, et le remplirois De mainte et de mainte fable :
Mais rien de vous je ne veux Tesmoigner à nos nepveux, Qui tout ne soit véritable.
Je ne suis point inventeur D'un tas de fables frivoles, Et d'artifice menteur Ne farde point mes paroles.
Cela que j'escris de vous, Est en la bouche de tous, Mais à fin que d'âge en âge Ceste vive vérité Passe à la postérité, J'en porte ici tesmoignage.