Œuvres, t. I, p
gneur , se rendent ridicules, soit en disant Monsieur , qui est trop (puisqu’il est réservé aux cardinaux) et trop peu (car il convient à qui est au-dessous des prélats), soit en ne disant rien, car le bon ton de la conversation exige qu’on donne à celui à qui on parle un qualificatif en rapport avec sa situation. Or, les prélats se classent ainsi : les prélats domestiques, les protonotaires apostoliques, les camériers et les chapelains. Gomme tous portent le violet, tous aussi doivent être qualifiés Monseigneur.
20. « L Abbé N..., chanoine, curé, vicaire, aumônier. » Abbé est le qualificatif de ceux qui n’ont aucun titre; régulièrement, il ne convient donc qu’aux ecclésiastiques sans position officielle, comme sont les séminaristes. Tous ceux qui remplissent une fonction dans un diocèse se désignent par cette fonction même. Ainsi on dit régulièrement le chanoine N ..., le curé N..., le vicaire N..., etc. Accoupler deux mots qui ne sont pas faits pour être ensembleest aussi saugrenu que de s’exprimer ainsi : le soldat N capitaine, le soldat N..., colonel , le terme soldat impliquant précisément qu’on est dépourvu de tout grade. Mais l’habitude en est si bien prise depuis la révolution française que parler autrement paraît désormais singulier. Il faudra, tôt ou tard, changer cette locution vicieuse et se conformer à l’usage romain, qui est seul logique et traditionnel.
La coutume a tellement pris pied parmi nous que tout prêtre est abbé par le fait même, fût-il religieux, ce qui lui vaudrait tout au moins le qualificatif de révérend père. Aussi je lis sans étonnement dans une Semaine religieuse , en 1890 : « L’abbé Simon-Augustin Nadau, profès de l’ordre de S. François; l’abbé Alric, du diocèse de Rodez, pro lès de Tordre des frères prêcheurs; Y abbé Antoine Boyer, d’Albi, profès de Tordre de S. Augustin, du couvent de Toulouse. » Ainsi Franciscains, Dominicains et Augustins sont indistinctement appelés abbés. Qu’en pensent les religieux de ces divers ordres ? Pareille aberration s’est-elle rencontrée d’autres fois? Pour moi c’est la première. Si c’était seulement la dernière !
21. « Donner l’absoute, » « dire l’absoute ». Ces deux locutions anormales sont très fréquentes dans les journaux. On donne un pardon , le prêtre donne V absolution; dans ce cas seulement s’emploie le verbe donner , parce qu’il signifie remettre et se réfère
à un acte. Mais on ne donne pas, on fait l'absoute. Telle est l’expression rigoureuse du Cérémonial des évêques : « Conveniens est ut
fiant absolutiones Locum destinatum pro absolutionibus fa-
ciendis. »
L’absoute est une fonction, comme on dit à Rome, composée de plusieurs actes : d’abord le clergé va processionnellement au catafalque, on chante le Libéra; le prêtre, pendant la récitation du Pater , asperge et encense le corps, puis dit à haute voix une oraison spéciale. L’absoute constitue donc un ensemble de cérémonies que ne peuvent caractériser les verbes donner et dire.
22. « MM. du lutrin. » Quel euphémisme pour désigner tout simplement des chantres , seul terme technique, car leur profession est de chanter l
23. « Un retable, lambris de devant d’autel. » Celui qui a défini ainsi le retable ne sait probablement pas ce que c’est, le nom l’indique pourtant. Etymologiquement, c’est la f«6/eposée, non devant , mais en amère de l’autel, rétro. Cette table, souvent appelée au moyen-âge dossier, n’est pas nécessairement un lambris , mot qui suppose une œuvre de menuiserie : presque toujours, au contraire, elle est en marbre ou pierre sculptée; parfois même en étoffe ou en tapisserie, comme à la chapelle Sixtine. Liturgiquement, le devant d'autel se dit parement.
24. a Canons d’autel. » Les cartons d'autel sont ces trois cadres placés, pour la messe seulement, au milieu et aux deux extrémités de l’autel : le pape, les cardinaux et les évêques n’en font pas usage; ils les remplacent par le canon , livre liturgique spécial. Donc offrir au Souverain Pontife, comme l’a fait un éditeur de Poitiers, des cartons, quelque beaux qu’ils soient, c’est d’abord faire un cadeau complètement inutile, puis montrer son ignorance en pareille matière. Cela prouve encore qu’en France le canon n’est pas d’un usage général et je pourrais citer plus d’une cathédrale, plus d’une chapelle épiscopale qui ne l’ont pas adopté.
25. Un nouveau portrait de Pie IX vient d’être mis en vente. Une réclame de journal le dit en mozette et décrit complaisamment « la chaîne d’or à laquelle pend la croix pastorale ». Rectifiez pectorale, parce que cette croix tire son nom de son emploi ; elle retombe, en effet, sur la poitrine.
Pie IX est le premier pape qui ait pris la croix sur la soutane, sans doute en souvenir de son épiscopat antérieur; mais jamais il n’a poussé l’innovation jusqu’à en orner la mozette. Cette coutume,sur laquelle sè tait le Cérémonial , même pour l’habit ordinaire, n’est tolérée qu’aux évêques, avec cette restriction que la tolérance, limitée à la mozette, ne s’étend pas à la cappa 4.
Le portrait en question manque donc d’exactitude au point de vue du costume.
26. L’Institut lui-même parle mal la langue de l’Église 2. Le Dictionnaire de l'Académie des Beaux-Arts , tome Ier, p. 17, contient ce passage : « Supposer que tous les ordres religieux aient eu des abbayes serait une erreur. Il n’y avait d’abbayes que chez les bénédictins, cisterciens ou moines de Cîteaux, les prémontrés et les dominicains. On nommait prieurés, ou commanderies,les monastères des autres ordres. Une abbaye... ne devait pas avoir moins de vingt moines. »
Avis pour une prochaine édition : Y abbaye a à sa tête un abbé , le prieuré un prieur et la commanderie un commandeur . Les commandeurs supposent un ordre religieux, mais non monastique : les moines seuls peuvent avoir des abbés. Les dominicains , n’ayant jamais été moines , mais n’étant que frères , le supérieur d’aucune de leurs maisons n’a usurpé le titre à' abbé , propre à Y ordre monastique. Enfin douze moines seulement sont requis pour l’érection d’une abbaye.
Le rédacteur de la note, en voulant corriger une erreur , en a fait lui-même des plus grossières.