L'autorité du droit canon} d’après Thomassin, t. XVIII
qui arrive inévitablement : ou nous passons par-dessus la loi sans difficulté, comme si elle n’existait pas, invoquant à notre profit la coutume, ou, pour parler plus élégamment avec un de ceux pour qui le droit n’existe guère que sur le papier, la consuétude, comme si l’on devait parler latin quand on s’exprime en français. Ou bien l’on demandera à Rome un induit pour être dispensé de la loi. Sans doute ce sera régulier, mais est-ce bien rationnel?
Si Rome consentait jamais à devenir française, on acclamerait Rome et toutes ses décisions seraient acceptées les yeux fermés. Oui, nous n’avons qu’une tendance, franciser Rome le plus possible. Pour moi, je ne m’en cache pas, mon but avoué et constant a été, au contraire, de romaniser la France, car, de la sorte, nous arrivons à l’unité la plus parfaite et à ne pas faire des actes irréfléchis, inconséquents, singuliers, blâmables même.
Je reviens à mon sujet. Rome ne nous ayant jamais repoussés, mais ayant toujours fait cas de notre initiative quand elle était pour le bien, nous devons attendre patiemment le choix et le discernement qu’il lui plaira de faire entre nos actes, mais jamais les lui imposer ou chercher à lui persuader que nous voyons mieux qu’elle, étant à la fois plus clairvoyants et mieux renseignés.
Dans le passé, notre part d’influence a été assez belle. Faisons-y donc un moment attention. Yoici la clef du programme qu’on va lire. Ce n’est qu’une table des matières, un aperçu d’ensemble, mais ceux qui sont déjà familiarisés avec la science canonique pourront amplifier cette esquisse qui ne donne que les contours et les linéaments principaux.
II. — Lorsque Msr Bourret fut proposé pour le siège de Rodez, Msr Maret, doyen de la faculté de théologie à la Sorbonne, voulut bien songer àmoipour le remplacer. Je reçusles félicitations etl’appui de M&rChigi, nonce apostolique en France. Malgré cela, je n’aboutis pas.
Mon programme était le renouvellement d’une chaire de droit canonique dans une faculté de théologie. Je crus qu’en face d’auditeurs d’aptitudes et de caractères divers, il n’y avait pas à hésiter et qu’on pouvait élargir le cadre ordinaire, afin de satisfaire à tous les goûts. Je rédigeai donc un programme pour un cours suivi de
trois ou quatre années. En forme de préambule, comme introduction spéciale, je crus nécessaire de proposer ce qui n’avait pas encore été tenté, c’est-à-dire la participation de la France à la formation du droit canonique. Le conseil est de Msr Chaillot, qui rédigea meme une note à ce sujet. Un Français ne pouvait parler autrement dans son pays natal, devant un auditoire pour qui cette énumération, même succincte, devenait comme une révélation. La France se faisait remarquer dès le premier siècle, je m’arrêtais au xie. Il eût été facile de pousser plus loin, mais la voie étant tracée pour la période la plus obscure, c’était au professeur à continuer lui-même pour la période du moyen-âge.
J’ai lu quelque part cette sentence : « Il ne faut donner de conseils qu’à ceux qui n’en ont pas besoin. » Elle trouve ici son application. Mon programme n’a servi de rien et je l’ai même à peu près oublié, mais comme il m’en reste l’introduction, je ne veux pas en priver le publicqui y trouvera peut-être l’énoncé d’une thèse neuve et originale, partagée en douze leçons, c’est-à-dire à peu près l’enseignement de deux mois scolaires.
Première leçon. — Mission chrétienne de la France, d’après Fépître de saint Paul aux Galates, frères des Gaulois, (quelques commentateurs estiment que cette lettre fut adressée, non aux habitants de la Galatie, mais aux chrétiens des Gaules.
Deuxième leçon. — Saint Jrénée et les conciles des Gaules dans la question de la Pâque; controverse entre le pape saint Victor et les Eglises d’Asie.
Troisième leçon. — Conciles du me siècle. Ce qu’il nous en reste.
Quatrième leçon. — Concile d’Elvire. — Premier concile d Arles. Canons qui ont paru dans la collection espagnole, dans les autres collections, et enfin dans Gratien. Influence de ces canons sur la discipline générale.
Conciles de Paris, Bordeaux, Nîmes, et autres du quatrième siècle.
Cinquième leçon. — Cinquième siècle. Concile de Troyes contre les pélagiens. — Concile de Riez. — Concile d’Orange. — Premier concile de Vaison. — Second concile d’Arles. — Concile de Besançon. — Concile de Tours de l’an 461. — Concile d’Arles. — Concile de Vannes. — Concile de Châlons. — Concile de Bourges. — Conciles d’Arles et de Lyon. Fauste de Riez.
Ordonnances de ces conciles en matière de discipline. Utilité qu’on en retire pour l’histoire du droit commun. — Quels sont les canons qui ont été insérés dans la collection espagnole de saint Isidore et dans Gratien?
Sixième leçon. — Conciles du sixième siècle. — Agde. Conciles d’Orléans, Espagne, Lyon. Second concile d’Orléans. Second concile de Vaison. Concile de Marseille. Second concile d’Orléans. Troisième et quatrième conciles d’Orléans. Cinquième concile. Second concile de Paris, Arles, Lyon. Second concile de Tours. Concile de Berni. Mâcon, concile national.
Célébrité particulière des conciles français du septième siècle, parce qu’il y a plusieurs points de discipline pour lesquels l’histoire ne renferme pas d’autres témoignages que ce que nous avons dans lesdits conciles. Emprunts que la collection Espagnole de saint Isidore a faits aux conciles dont il s’agit. Burchard. Ives de Chartres. Gratien. Ce que lesdits conciles ont fourni à la discipline générale de l’Eglise.
Septième leçon. — Ancienne collection de canons. Controverse entre le P. Quesnel et les frères Ballerini, éditeurs des œuvres de saint Léon le Grand. D’après les Ballerini, cette édition est d’origine française. Conséquences qui en résultent, et immense service rendu par la France, par la rédaction du code dont il s’agit.
Huitième leçon. — Conciles du viP et du vin* siècle, première partie. (Mêmes observations que ci-dessus.) Il faut montrer que ces conciles ont rendu des décrets qui ont fait autorité, même hors de la France, et ont été transportés dans le Droit général.
Neuvième leçon. — Collection dionysio-adrienne, donnée à Charlemagne par le pape Adrien Ier. Ce qu’elle renferme. Manuscrits où elle se trouve. Elle n’a jamais été publiée dans son intégrité. C’est le premier Code canonique que le Saint-Siège ail approuvé.
Dixième leçon. — Capitulaires de Charlemagne et de ses successeurs. Conciles célébrés pendant le règne. Réforme ecclésiastique et monastique.
Onzième leçon. — Hincmar, archevêque de Reims, étudié comme canoniste. Défiance constante des Français contre les fausses décrétales.
Douzième leçon. — Gerbert et le concile de Saint-Basle. — Ives de Chartres et son recueil de droit canonique.