L. Jolivet, économe du grand séminaire de Cahors
Monsieur, j’ai lu dans le Monde, il y a quelque temps, l’annonce d’une nouvelle revue intitulée : la Paroisse. Je viens, Monsieur, vous prier de m’inscrire parmi les abonnés à cette publication, et de recevoir mes félicitations sur l’heureuse idée que vous avez eue de faire paraître une revue de ce genre; elle aura, je l’espère, un grand succès, car les études des ecclésiastiques ont aujourd’hui pour objet la liturgie et le chant sacré.
Recevez, etc. L’abbé J. -B. -J. Marmeisse, à Langeac (Haute-Loire).
Monsieur, j’apprends que vous allez publier une revue intitulée la Paroisse. Laissez-moi vous dire toutes les espérances que ce mot me fait concevoir.
La Paroisse, c’est le baptême, c’est la première communion, c’est le mariage, ce sont les funérailles, c’est le saint sacrifice; ce sont tous les doux souvenirs religieux de l’enfance.
La Paroisse, c’est la religion dans son application pratique et populaire.
La Paroisse , pour le prêtre, c’est toute son âme. J’imagine que messieurs les ecclésiastiques, en recevant votre prospectus ou votre premier numéro, et lisant en tête : la Paroisse, se diront tous : C’est pour moi, oui, voilà bien ce qu’il me faut.
Ce titre modeste semble indiquer, si je ne me trompe, que vous voulez approprier la science liturgique, archéologique, bibliographique, canonique aux besoins détaillés de chaque jour.
Messieurs les curés, surtout dans les campagnes, n’ont pas tous les moyens d’avoir les grandes revues qui se publient, en France ou à l’étranger, sur ces matières si intéressantes et si nécessaires même pour l’exercice des fonctions sacrées.
D’un autre côté, le grand journal semi-quotidien ou le petit journal du chef-lieu de département, seul luxe que le plus grand nombre puisse se
permettre en fait de publications périodiques, ne peuvent entrer sur ces matières, en supposant encore qu’ils s’en occupent, dans des détails suffisants; ce n’est pas là leur spécialité, ils sont avant tout politiques et doivent l’être ; on s’y abonne pour savoir les nouvelles.
Mais une revue comme la vôtre doit, il me semble, offrir la quintescence de toutes les autres revues, de sorte qu’en la lisant le prêtre, qui ne peut avoir toutes les autres, soit au courant de l’état de la science sur ces questions diverses, tant pour la satisfaction de son intelligence que pour l’application usuelle qu’il en doit faire tous les jours dans la pratique de son ministère.
Il ne suffit pas d’avoir des livres, les idées marchent toujours, les esprits travaillent, les questions s’éclaircissent, elles se présentent sous de nouvelles faces; votre journal sera la photographie mensuelle de l’état des esprits et des choses à cet égard, et l’abonné se trouvera sans fatigue, et sans presque s’en douter, au courant de mille détails qu’il est bon de savoir, et qu’on ne peut apprendre que dans une publication spéciale.
La Paroisse , traitant toutes les questions de science et de statistique sacrées; le Plain-Chant, toutes les questions d’art musical religieux, me semblent former un ensemble destiné à rendre bien des services, à combler bien des lacunes, et par conséquent à obtenir un très grand succès.
J’espère que vous ne dédaignerez pas d’entrer dans les détails pratiques les plus minimes. Une paroisse ne marche bien que par les détails, je dirais presque, par les minuties. Rien n’est petit dans le service de Dieu, et l’on peut, avec une grande âme, s’occuper des plus petites choses.
11 me semble donc que vous ferez bien d’entrer dans les détails d’ornementation des églises, de tenue des sacristies, — d’indiquer même quelquefois les maisons, les fabriques qui, tout en se tenant toujours dans un goût irréprochable, ce dont on ne doit pas se départir, offriraient aux paroisses le plus d’avantages pour les achats, la confection, les approvisionnements de toute sorte, etc., etc. — Il faut que votre Revue devienne le vade-mecum indispensable du prêtre. — Je vois tant de choses, Monsieur, derrière ce nom, la Paroisse, que pour être court, je m’arrête.
Ne regardez ces quelques mots, jetés à la hâte sur le papier à l’annonce de votre nouvelle publication, que comme une marque de la profonde sympathie qu’elle m’inspire.
Je souhaite beaucoup d’abonnés à votre revue, ou plutôt votre revue à beaucoup d’abonnés, car ce sont les abonnés ici qui devront la reconnaissance, vu l’importance des matières, le talent des rédacteurs et le prix vraiment modique de la publication.
Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués. L’abbé Vanson, chap. de Ste-Geneviève.
I. — Le Corps du droit , promulgué officiellement par les papes et servant dans l’Église de règle canonique, peut être étudié à un triple point de vue : Yhistoire , le texte et la pratique. Grâce à l’histoire, on suit pas à pas, dans le cours des siècles, sa formation, lente et progressive, depuis le jour où apparaît le premier acte de l’autorité jusqu’à celui où il devient un code complet. L’étude du texte, à l’aide des variantes, dont est surchargée l’édition allemande la plus récente, permet d’arriver à une lecture vraie et authentique, y compris la glose qui explique, interprète et commente. Mais tout cela ne vise qu’à l’érudition et à la théorie. Si l’on veut passer à la réalisation et voir l’application journalière des canons, un autre genre de recherches doit être entrepris et limité à la seule pratique. En effet, nombre de ces canons n’ont plus qu’une valeur purement historique : la coutume en a ébranlé l’autorité, des lois nouvelles les ont abrogés, en sorte que sur beaucoup de points, principalement depuis le concile de Trente, un droit nouveau s’est substitué à l’ancien, prenant pour règle de la discipline à la fois les constitutions pontificales et les décrets ou résolutions des sacrées congrégations romaines.
Dans un cours de droit canon élémentaire, il est essentiel de s’en tenir strictement à la pratique, car c’est la seule chose qui convienne au tempérament des élèves et à leur situation propre. Toute cette science doit être pour eux réduite pour ainsi dire en formules, faciles à saisir et à retenir, ce qui n’empêchera pas de dire incidemment l’origine, la cause et le développement des questions, ainsi qu’un mot sur le texte authentique et sur les éditions qui le reproduisent.
Dans un cours supérieur, ce qu’en certains séminaires on nomme trop ambitieusement le grand cours, le premier point de vue demande une attention toute particulière. Ce n’est pas affaire de pure curiosité ou d’érudition stérile, car, dans ce retour vers le passé, on apprend
i. L'élément français dans la constitution du droit canonique , dans la Semaine du Clergé , 1880, p. 490-492.
à approfondir de plus en plus les questions, et souvent on y trouve la raison d’être de certains actes qui ne sont que la modification ou transformation d’une loi anciennement édictée.
Le droit canon, pour les hautes époques, est formé d’éléments très divers, puisés à toutes les sources. Les collecteurs ont pris, un peu partout, ce qui n’avait pas un intérêt exclusivement local et qu’il pouvait être avantageux de généraliser. Or, dans cette constitution, dans cette formation du droit canonique, des éléments multiples sont empruntés à la France. On n’y a pas assez pris garde jusqu’ici, quoique le docte Thomassin en ait longuement disserté. Ce que vient d’en publier la revue canonique connue sous le nom d 'Analecta juris pontifîcii me dispense de consacrer à cette thèse autre chose qu’une indication sommaire1.
On avait déjà remarqué que la liturgie romaine contenait une foule d’emprunts faits à nos liturgies particulières de l’ancienne France, ou plutôt à la liturgie gallicane, aussi bien pour les rites que pour les paroles. C’est certainement une gloire pour nous d’avoir ainsi contribué à compléter et à enrichir ces recueils, missels, bréviaires et rituels, qui, il faut bien le dire, ont passé par des phases très diverses jusqu’à leur fixation actuelle. Nous ne pouvons oublier que le Pontifical romain, qui est peut-être le plus beau de tous les livres liturgiques, a été révisé et corrigé par le célèbre évêque de Mende, Guillaume Durant.
Ce qui est vrai pour la liturgie l’est également pour le droit canon. Dans l’un et l’autre cas, les choses se sont passées à rebours de ce qui se fait actuellement. Autrefois, d’elle-même, Rome prenait ce que nous avions de véritablement bon et utile : nous devons en être fiers. L’hommage rendu au mérite a toujours sa valeur. Mais, actuellement, que faisons-nous? C’est triste à dire, et cependant je ne puis le dissimuler. Tous nos décrets contemporains en portent la trace ineffaçable. Le Saint-Siège promulgue une loi d’intérêt général. Vite nous nous récrions : cela nous gêne, nous sommes déjugés aux yeux des fidèles, nous possédons des coutumes (souvent créées par nous-mêmes) que nous ne voulons pas quitter, changer ce qui est établi fera du bruit, produira du scandale, etc. Alors voici ce