TRAPPISTES
Les documents originaux sont nécessaires aux savants qui aiment à se rendre compte par eux-mêmes de ce qu’ils étudient. Us veulent voir pour bien savoir et ne s’en rapportent qu’à eux seuls : je ne les en blâme pas, bien au contraire.
Nous nous adressons encore à un autre public, à qui la lecture des originaux ne plaît pas, parce qu’elle est en latin, ou à qui manque le temps pour faire cette lecture d’une manière profitable. Pour ceux-là nous devons résumer et souvent même interpréter les documents, car, pour les comprendre, des connaissances spéciales sont ordinairement requises.
Les deux documents que je vais reproduire se rapportent aux Trappistes, cet ordre austère qui est né en France.
En 1834, le pape Grégoire XVI détacha de la Congrégation des Évêques et Réguliers trois cardinaux qu’il députa pour organiser d’une manière plus convenable les monastères de la Trappe. La commission entendit les évêques des diocèses où étaient situés ces monastères, ainsi que le visiteur député par ladite Congrégation. La commission rendit alors un décret, que le pape approuva et dont voici les différents articles :
Les monastères de la Trappe formeront une congrégation à part, qui prendra le nom de Congrégation des moines de Notre-Dame-dela-lrappe. Ce sont des moines proprement dits, parce qu’ils apparj tiennent à un ordre monastique et qu’ils descendent directement de la fondation de Cîteaux par saint Bernard. Leur fondateur les mit, à
1. Documents , deux décrets relatifs 'aux Trappistes , dans la Semaine du Clergé , 1881, p. 337-340.
l’origine, sous le patronage de la Vierge, qui fut représentée, à la suite d’une vision, les couvrant de son manteau, tandis qu’ils se tenaient agenouillés à ses pieds. Congrégation indique une indépendance complète dans l’ordre lui-même, qui peut se fractionner en diverses branches.
Toutefois, pour maintenir l’unité, le général des Cisterciens, résidant à Rome, reste le chef de la Congrégation et confirme tous les abbés, après leur élection.
En France, il n’y a qu’un vicaire général , préposé à l’administration de toute la Congrégation.
Le titre de vicaire est attaché au monastère de la Trappe, où prit naissance la réforme, en sorte que les abbés de ce monastère, canoniquement élus, deviennent par le fait même vicaires généraux de la congrégation.
Chaque année le vicaire réunit son chapitre , auquel il convoque les abbés et prieurs conventuels. Chaque année aussi, il visite les monastères, soit par lui-même, soit par un abbé qu’il délègue en qualité de co-visiteur. Le monastère de la Trappe est visité lui même par quatre abbés.
La Congrégation suit la règle de saint Benoît, avec les constitutions propres de l’abbé de Rancé, qui sont une réforme des statuts de Cîteaux.
Comme tous les moines, les Trappistes ne devaient se servir que de la liturgie monastique, prescrite par Paul V ; mais ils ont été autorisés depuis à garder leur liturgie particulière, quoiqu’elle ne soit pas ancienne et qu’elle ait été vigoureusement combattue par les
Analecta juris pontificii 1 .
Le travail des mains est limité à six heures en été et à quatre heures et demie le reste de l’année. Il n’est pas dérogé aux usages propres à chaque monastère pour les jeûnes, les prières, le chant et la règle; toutefois, sur ce point, l’unité s’est faite complètement lorsque, récemment, les trois branches dont se composait la Congrégation se sont fondues ensemble, sur les instances du Saint-Siège.
Les abbés ou présidents des monastères peuvent adoucir la règle pour ce triple motif, l’âge, la mauvaise santé ou une cause légitime.