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LES UNIVERSITÉS NOUVELLES

Ces notes n’étaient pas destinées à la publicité. Elles furent écrites rapidement, en 1874, comme consultation privée, pour aider à la fondation normale de l’Université de Lyon, une de nos grandes villes de France. Plusieurs personnes haut placées dans l’Église, ayant eu connaissance des idées que je soutenais, m’ont exprimé le désir de voir mon travail reproduit par la presse. Je ne pouvais leur refuser une si légitime satisfaction, puisque l’on veut bien leur trouver encore quelque utilité, même pour les fondations déjà faites.

Mon mémoire avait pour titre : Rapport sur les moyens pratiques pour fonder , à la manière Romaine , V Université de Lyon. Deux mots indiquent parfaitement le but que je me suis proposé, manière Romaine. Mon objectif a été Rome. Une université nouvelle n’a de vie qu’autant qu’elle la puise directement à sa source, qui est le Saint-Siège .

Messeigneurs, appelé par votre bienveillance à exprimer devant vous ma pensée, je vous dois avant tout mes remercîments pour cette marque de haute estime et de confiance qu’ont seules pu me valoir la dignité dont je suis revêtu et la science ecclésiastique que je cultive depuis tant d’années. Je vous sais gré d’avoir daigné honorer ainsi la Prélature Romaine. Sans doute vous pouviez trouver ailleurs des conseillers plus compétents; il vous eût été difficile d’en rencontrer un qui fût plus dévoué à Rome, puisque j’ai consacré mon existence à la défense et à la propagation de ses doctrines.

Vous attendez de moi l’expression de la vérité. Je vous la dirai

1. Rome, 1875, feuilletons des 10, 11, 13, 14, IG, 17, 18, 20, 21, 22 mars.

tout entière, sans restriction ni arrière-pensée, avec ma franchise habituelle.

A Rome, je puis vous en parler pertinemment, on a conçu quelques inquiétudes graves, au sujet de la fondation, et surtout de la multiplicité des Universités en France. On ne doute pas de notre générosité et de notre entrain, mais on nous considère comme étant insuffisamment préparés, et par conséquent lancés dans une voie qui peut aboutir ou à une chute inévitable, ou au maintien de l’enseignement actuel, que les Romains qualifient avec sévérité. De plus, on est étonné, à bon droit, qu’on commence par fonder, sans se préoccuper de l'érection canonique que le Saint-Siège est seul apte à donner. Yoilà le danger signalé. Voyons la manière de l’éviter. Six Universités sont en voie de formation : Lille, Paris, Lyon, Toulouse, Angers et Poitiers. Ces deux dernières, pour le moment, n’annoncent qu’un rôle secondaire. Les autres, au contraire, veulent être de premier ordre. Nous avons donc quatre grands foyers de vie intellectuelle, au nord, au centre et au midi.

Mgr l’évêque de Tarentaise, dans une lettre fort sensée, a démontré que présentement tous les efforts devaient se concentrer sur une seule Université. Sa voix n’ayant pas été écoutée, qu’avons-nous à faire? Récuser ce qui existe serait peut-être inconsidéré; il est de ces faits accomplis dont il faut tenir compte et qu’il est prudent d’accepter, lors même que l’on aurait à sacrifier ses convictions intimes. Le bien général et l’union toujours si désirable l’exigent impérieusement.

L’Université de Lyon s’est constituée d’une manière peu régulière au début. Toute réclamation à cet égard serait désormais superflue et stérile. Mais maintenant va commencer l’action efficace de l’épiscopat. Qu’il affirme donc ces principes essentiels : que l’Université est de droit et restera entre les mains des évêques, sans immixtion de qui que ce soit, commission laïque ou autres ; que l’on entend la faire constituer sans retard, conformément aux règles canoniques ; enfin, que l’enseignement donné sera exclusivement romain.

J’insiste à dessein sur cette troisième clause, car, en France, il faut bien l’avouer, on peut s’adresser quelque reproche dans le passé à l’endroit de la doctrine et il importerait extrêmement que

cette tache fût lavée, aux yeux de Rome, qui ne l’a point oubliée, par une déclaration aussi sincère qu’énergique.

Votre œuvre, de cette façon, offrira toutes les garanties que les vrais catholiques sont en droit d’attendre d’elle et elle vivra parce qu’elle adhérera fortement au centre de l’unité, qui est en même temps un foyer ardent de vie et de lumière.

Il vous appartient, dans une première réunion, de poser les fondements de l’Université et de tracer les grandes lignes et les contours qu’elle comporte, laissant à une congrégation spéciale et au recteur le soin d’étudier les détails. Puisque vous le désirez, j’essaierai d’indiquer les moyens pratiques pour arriver à une solution immédiate des difficultés qui surgissent de prime abord.

Je partage ce rapport en articles distincts, afin que la discussion en soit plus facile et plus prompte. Je m’efforcerai d’être clair, concis et exact. Vous n’avez pas de temps à perdre et c’est sur des idées, non sur des phrases, que doit porter votre jugement. Je serai très honoré si vous agréez mes conclusions, qui ont pour principe la tradition romaine et l’application de la célèbre bulle de Léon XII Quod divina Sapientia, donnée pour la réorganisation de la Sapience. On est heureux d’abriter son insuffisance derrière de telles autorités1.

L’érection canonique par le Saint-Siège est la condition première de l’existence normale d’une université. Les évêques n’ont pas le pouvoir de faire par eux-mêmes cette érection, qui est strictement de droit papal. Sans doute, il serait difficile d’invoquer, à l’appui de ce principe, une constitution spéciale, mais le fait est acquis depuis le xiv® siècle et personne, que je sache, n’a cherché à s’y soustraire. Dès l’an 1303, Bonifaee VIII érigea l’Université d’Avignon ; en 1322, Jean XXII celle de Gahors, et Benoît XII, en 1339, celle de Grenoble. Toutes nos autres universités de France marchèrent sur cette trace. La tradition est même si indiscutable sur ce point que, en 1874, M&r Strossmayer vint à Rome pour faire approuver les

1. Voir dans les Analecta , t. XIX, col. 161-190, un article de Msr Chaillot, intitulé Universités catholiques.

statuts de l’université qu’il désirait établir dans sa ville épiscopale.

Sans ce fondement indispensable, l’université ne pourrait subsister et les grades qu’elle conférerait seraient nuis selon l’Église, comme ceux que s’obstinent à conférer la Sorbonne et les autres facultés de l’État.

L’érection ne suppose pas l’université déjà constituée, mais en voie de se former. On n’essaie pas d’abord pour voir si on réussira plus ou moins; on se met de suite à l’œuvre, encouragé et assisté par la protection de l’autorité suprême. Une simple soumission au Saint-Siège par lettre collective ne serait pas suffisante et ce n’est pas une bénédiction qu’il faut demander à Pie IX, — celle-ci viendra par surcroît, — mais un acte pontifical qui constitue canoniquement l’université à créer. Si ailleurs on a pris le change sur ces préliminaires, nous n’avons point à nous en préoccuper et notre devoir est, à l’origine même de la fondation, de nous conformer à la loi commune de l’Église, de qui seule procède l’enseignement catholique.

Ce premier devoir étant parfaitement reconnu et compris, un second en devient la conséquence immédiate. Un délégué doit être envoyé à Rome au nom de tous les évêques réunis pour se concerter avec le Saint-Siège, solliciter de sa bienveillance l’érection canonique et soumettre à sa discussion et à son approbation un projet de statuts qui, une fois acceptés, seront insérés en leur entier dans la bulle d’érection. J’ai écrit bulle , c’est-à-dire la forme la plus solennelle. Un bref serait peu et surtout contraire à toutes nos traditions.

Ce représentant sera un évêque, chargé de parler au nom de ses collègues et de faire valoir leurs intérêts communs. S’il m’était permis de placer ici une observation, je dirais qu’il serait préférable d’envoyer à Rome le recteur ou même, au besoin, de l’adjoindre à l’évêque délégué et cela pour plusieurs raisons. Le recteur sera plus libre de son temps, par conséquent moins pressé, et outre les démarches qu’il aura à suivre auprès de la cour pontificale, il lui sera facile de constater sur place comment étaient organisées et fonction-

naient les universités de l’État pontifical avant l’invasion piémontaise. Il y a là de grands exemples à méditer, d’utiles modèles à imiter et cette mission spéciale, dans un but tout pratique, se complétera par un apport considérable de documents, de notes et de renseignements qu’il est toujours précieux d’avoir sous la main avant de commencer une entreprise nouvelle.

Jusqu’à présent on a surtout pris conseil à Louvain. Je me garderais bien de blâmer semblable démarche, mais pour nous qui avons les yeux sur Rome, c’est elle que nous devons consulter plus volontiers et à elle surtout que nous devons demander qu’elle nous éclaire des leçons de sa longue expérience. Du reste, il sera convenable ultérieurement de comparer ensemble toutes les méthodes pour y puiser les idées en rapport avec nos besoins.

Les journaux, qui parlent trop souvent de tout et même de ce qui ne les regarde pas, ont intempestivement soulevé la question du titre à donner aux universités nouvelles. Permettez-moi de proposer la seule solution qui me semble raisonnable. En conséquence, je vous engagerais à inscrire simplement dans les actes officiels Université de Lyon, sans qualification aucune pour spécifier son but et établir une distinction dont on peut fort bien se passer.

Dire que l’université sera libre, c’est adopter une formule qui n’a de valeur que relativement à l’État et que l’État d’ailleurs n’impose pas. Il est évident que nous serons libres, puisque nous userons d’un droit qui jusque-là nous avait été contesté, mais que l’Église considère comme un droit primordial et inaliénable.

Proclamer que l’université sera catholique , c’est faire un pléonasme pour n’obtenir qu’une redondance d’idées et de mots. L’Église seule a reçu du Christ la mission d’enseigner et cette mission constitue le catholicisme même.

Je n’admettrais ce terme de catholique qu’au cas où l’université que vous allez fonder trouverait une concurrence, soit dans une université gouvernementale, soit dans une université municipale. Or ni l’une ni l’autre ne sont à craindre. L’université de l’État embrasse

toute la France et elle en porte le titre. La ville de Lyon peut bien penser à fonder quelques facultés, mais elle n’ira pas plus loin et, en tout cas, elle devra sur ce point se concerter avec l’État. Restons donc comme nous sommes, une université constituée par l’Église et au profit de l’Église. Je ne sache pas qu’en aucun autre endroit ni en aucun autre temps on ait senti la nécessité d’accoler au titre octroyé par le Saint-Siège une épithète quelconque qui, en substance, ne dit rien de plus que ce qui a été concédé. Faisons comme nos pères et, à leur exemple, écrivons simplement Université de Paris , Université d'Angers , etc.

Université signifie universalité de l’enseignement. Est-ce à dire pour cela que l’Université de Lyon devra, dès le début, grouper dans son sein les diverses branches qui constituent une université complète? Rome concédera seulement ce qui lui sera demandé, par conséquent plusieurs facultés, à l’exclusion de certaines autres. Il serait alors à propos de solliciter uniquement, pour pouvoir jouir du titre d’université tel que l’accorde la loi votée par l’Assemblée, trois facultés que vous aurez à désigner avant la rédaction des statuts.

Cette base étantainsi posée, vous pourriez ultérieurement, toujours par la même voie, compléter les facultés existantes par l’addition d’une ou deux facultés complémentaires. Ceci s’est fait souvent en Italie et nous pouvons agir de même. Nous laissons ainsi une porte ouverte à l’avenir, nous contentant pour le présent d’un moindre nombre de facultés en rapport avec les ressources obtenues. Ces ressources augmentant avec les années, l’université sentira d’ellemême le besoin de prendre plus d’accroissement.

Autant que possible, il serait sage, avant de passer outre, de donner à chaque faculté tout le développement qu’elle comporte. Ne craignez pas démultiplier les professeurs. Plus la science sera fouillée jusque dans ses moindres détails, plus nous faciliterons aux étudiants les moyens de s’instruire véritablement.

L’université n’est pas un collège ni un séminaire. Il ne s’y fera donc pas des études élémentaires. Les cours, pour répondre à ce que

l’on en attend, devront être supérieurs sous le triple rapport du sujet traité, du professeur et de l’extension donnée aux leçons, qui atteindront un auditoire déjà préparé à recevoir une plus grande lumière sur les matières étudiées sommairement en d’autres endroits.

Les statuts sont la loi écrite de l’université. Quand Rome lésa sanctionnés et insérés dans la bulle d’érection, ils constituent son droit et ses privilèges. Chaque université a ses statuts propres, qui varient en raison des circonstances et des temps au milieu desquels elle doit vivre.

Dans une réunion préparatoire a-t-on à rédiger définitivement les statuts de l’université ? Je ne le pense pas. Un acte de cette nature ne peut s’improviser en quelques heures, car il demande une certaine préparation et maturité, sans parler de la discussion subséquente à laquelle il donne nécessairement lieu. Mais vous pouvez, dès maintenant, planter, pour ainsi dire, un premier jalon ou plutôt adopter un principe qui, j’en suis persuadé, conviendra à tous. Désirant être Romains le plus possible, nous n’avons pas de meilleur type à suivre que celui qui nous est offert par l’Université romaine de la Sapience et les autres Universités de l’État pontifical. Prenez donc pour base de vos statuts la bulle de Léon XII, quitte à y introduire les modifications que vous jugerez nécessaires. En substance, je la crois complète et parfaitement applicable à notre situation ac- ! tuelle.

Il importe d’établir ici une distinction élémentaire entre les statuts et le règlement de l’université. Les statuts seront votre œuvre et Rome devra les approuver. Le règlement, au contraire, concernant exclusivement l’administration intérieure et journalière, émanera directement du recteur, qui en fera sanctionner la teneur par le chancelier. Ce sont donc deux documents tout à fait distincts, tant pour l’origine et l’autorité que pour le but et la pratique.

Toute université, pour avoir une vie régulière et durable, doit jouir d’une dotation fixe et permanente. Compter sur l’imprévu ce serait poser un acte téméraire qui pourrait avoir par la suite des conséquences graves, comme l’accumulation des dettes et amener même la ruine totale de l’université.

Quelles sont donc les ressources indispensables et où les prendrat-on? Calculez d’abord la dépense du local à louer ou à acquérir, à bâtir ou à approprier, le traitement du recteur et des autres officiers, celui des professeurs et enfin les appointements dus aux divers employés. Il vous sera facile, à première vue, de former un budget approximatif des dépenses annuelles. Bien entendu, ces dépenses seront toujours calculées d’après les ressources que l’on aura, en sorte qu’elles diminueront ou augmenteront suivant le plus ou moins d’argent en caisse.

Les ressources sont de quatre sortes : les fondations, les quêtes, les offrandes spontanées et les inscriptions.

Les inscriptions pourront varier selon le nombre des étudiants. Toutefois elles forment un appoint certain dont il faut tenir compte et dont on pourra évaluer à peu près le rendement ordinaire.

Constituer un capital dont les rentes seront affectées à l’entretien de l’université doit être immédiatement l’objet de tous vos efforts, car sans lui l’œuvre ne peut marcher.

Rien n’est plus incertain que les dons. Ils forment pour ainsi dire le luxe de l’installation. S’ils viennent, c’est une bonne fortune ; mais s’ils manquent, il faut savoir s’en passer.

Une lettre collective pourra prescrire des quêtes dans tous les diocèses dont les évêques àuront adhéré à l’université naissante. Que produira-t-elle? nous l’ignorons. Il sera sage de ne l’inscrire au budget que pour une part assez minime, car les fidèles sont déjà lassés par des quêtes trop fréquentes et la quête d’une année peut ne pas ressembler à celle de l’année précédente. Constituer sur des données aussi peu solides, ce serait bâtir sur le sable.

L’université complète comprend l’ensemble de toutes les facultés. Ces facultés sont au nombre de six : la théologie, le droit, la médecine, la philosophie, la philologie et les arts.

La théologie se décompose en dogme, morale, écriture sainte et histoire ecclésiastique.

Le droit se divise en deux branches, canonique et civil. Rome ne les sépare ni dans l’enseignement ni dans la collation des gradeSj parce que le droit romain est la base du droit ecclésiastique ou pontifical.

La médecine embrasse l’anatomie, la chirurgie, la physiologie, en un mot tout ce qui se rattache à l’étude et à la guérison du corps humain.

La philosophie s’étend non seulement à la philosophie proprement dite, mais à toutes les sciences exactes ou naturelles, comme mathématiques, astronomie, botanique, chimie, physique, etc.

La philologie, que nous appelons en France belles-lettres, admet l’histoire, l’éloquence, la littérature ancienne et moderne, l’étude des langues, surtout orientales, et l’archéologie.

Enfin la faculté des arts fait son domaine de tout ce qui constitue le beau artistique, architecture, peinture, sculpture, musique.

Ce tableau, comme vous le voyez, est très chargé, mais il était nécessaire de le mettre sous vos yeux, afin que vous sachiez ce que vous pouvez et devez y prendre pour le moment.

La faculté de droit semble de rigueur partout en France. Il convient d’accepter le fait qui s’impose de lui-même; seulement vous aurez à rectifier les programmes traditionnels, afin qu’ils deviennent vôtres et soient de tout point conformes au but que vous vous proposez. L’établissement de cette première faculté s’est fait un peu

précipitamment, par suite de circonstances particulières. Il importe de régulariser immédiatement cette situation anormale.

Quelle faculté pensez-vous adjoindre à celle-ci? J’en vois deux qui sont également urgentes. L’une sera le complément de ce qui existe déjà et, comme je l’ai déjà dit, il n’y a pas à Rome de droit civil sans droit canonique. Ce complément est d’autant plus nécessaire que l’enseignement du droit ecclésiastique manque entièrement en France. Il est donc urgent de remédier, le plus promptement possible, à cette anomalie.

Déplus, les universités que Fon fonde actuellement n’ont pas manifesté jusqu’à présent le désir d’avoir des chaires spéciales pour cet enseignement. Vous avez donc sur elles un immense avantage et, au moins pendant quelque temps, vous pourrez attirer à vous des étudiants qui, ailleurs, n’auraient pu, sur ce point, compléter leurs études. Je dirai même plus : l’Université de Louvain n’a que des cours élémentaires et ce que nous réclamons ici comme étant de première nécessité, c’est un cours réellement supérieur.

Une faculté des arts est indispensable en France. Je vous prie de vouloir bien prêter toute votre attention à ma proposition. Deux villes peuvent se la disputer : Paris et Lyon.

A Lyon, le terrain est tout à fait exceptionnel. Cette création presse d’autant plus qu’elle n’existe nulle part ailleurs, même intentionnellement. Donc là on ne gêne personne et l’on y amène forcément tous les artistes qui auront besoin de recourir à un enseignement spécial, donné sous l’influence catholique.

Lyon est une ville essentiellement industrielle et commerciale, je dirais presque artistique, si l’art proprement dit ne s’y confondait trop souvent avec l’industrie. Le commerce exige absolument cette fusion, qu’il ne faut pas repousser, mais chercher à diriger et à régler. Lyon, au point de vue de l’art, a fait école, et il en est sorti des artistes de renom. Comme industrie, ses produits, souvent ennoblis par l’art, se répandent dans le monde entier. Voici donc là un vaste champ encore inexploré pour l’application des théories catholiques.

Il est impossible de se le dissimuler, l’art de nos jours va complètement à la dérive. S’il y a une amélioration sensible dans l’habileté de la main et le procédé d’exécution, l’idée est généralement

ou absente, ou faussée par l’éducation première. Je n’en veux pas d’autre preuve que la triste exposition qui a eu lieu en 1875 à Rome, à notre Académie de France. L’art n’est plus chrétien; il redevient païen, sensuel et lascif. C’est un scandale permanent pour des cœurs restés chrétiens et honnêtes. Il ne suffit pas de protester contre une pareille tendance qui dégrade et avilit le génie de l’homme, il faut encore réagir par un enseignement direct et une pratique constante, en opposition à ce qui se fait actuellement. Lyon aura son école des beaux-arts, et l’art, ainsi christianisé, sera vivace et fécond comme aux beaux jours où le christianisme informait toutes choses et avait en tout la haute direction.

La municipalité a déjà établi au palais Saint-Pierre des écoles pratiques où se forme la main. Là on apprend à bâtir, à dessiner, à sculpter, à peindre, mais on n’apprend pas à penser, et surtout à respecter le sentiment chrétien. Il y a donc dans cet enseignement une lacune considérable qu’il importe de combler et il faut le faire résolûment en élevant les générations nouvelles dans les sentiments inspirés par le christianisme. En envisageant l’art à ses plus hauts sommets et lui donnant toute l’extension dont il est susceptible, y compris les objets les plus ordinaires, on arrive à transformer et idéaliser ce qui a été jusqu’à présent vicié, au point de devenir dangereux ou banal.

Un cours d’esthétique est nécessaire pour contrebalancer le maté" rialisme et le réalisme qui nous envahissent et s’imposent de toutes parts à nos regards. Élevons l’âme à des sphères supérieures, purifions la pensée et donnons aux formes toute la grâce idéale qu’elles comportent, pour arracher l’admiration à ce type digne de mépris des modèles d’atelier.

Un cours d’archéologie n’est pas moins utile pour que le passé inspire le présent et prépare l’avenir. Longtemps encore il faudra copier ce qui s’est fait avant nous, faute de pouvoir créer un style nouveau, car ce qui se pare aujourd’hui de ce nom n’est que de l’éclectisme et ne constitue pas un art sérieux et viable. Le symbolisme et l’iconographie auront une large part dans ces cours spéciaux, afin de nous délivrer à tout jamais des fadaises langoureuses de l’imagerie contemporaine qui a à la fois gâté le goût et fait prendre une voie déplorable à la dévotion.

Avec la chaire d’architecture on apprendra surtout à bâtir convenablement des églises qui ne ressemblent ni à des théâtres ni à des édifices civils, mais soient appropriées jusque dans le mobilier aux moindres exigences du culte. Il arrive souvent que les architectes construisent des églises sans savoir la destination exacte de leurs différentes parties et, n’observent aucune des règles liturgiques consacrées par une longue tradition et l’autorité des pontifes romains. Attaquons de face l’ignorance, afin qu’elle ne s’affiche plus audacieusement au mépris de toutes les convenances.

Gomment négliger dans cet ensemble un cours d’ornementation qui s’appliquerait à tant de choses à la fois ? C’est une école tout entière à créer, et la mosaïque, cette peinture monumentale et durable, doit y occuper le premier rang.

Si cette idée était acceptée, il serait facile de la développer ultérieurement et en lui donnant un corps, de lui insuffler la vie. Lyon, ville catholique, sera reconnaissante, je n’en doute pas, de l’effort tenté dans ce sens et j’y vois pour elle l’augure d’un brillant avenir et d’une prospérité croissante.

En créant une faculté des arts, on complète et parachève, en l’élevant vers Dieu, l’enseignement élémentaire donné à grands frais par la municipalité. L ’art et l’industrie qui travaillent exclusivement pour l’église attendent d’un tel acte leur régénération.

Sans doute, toutes les universités nouvelles ne peuvent prétendre à une faculté des arts complète, mais toutes doivent se préoccuper d’avoir promptement une chaire d’archéologie chrétienne, non seulement au point de vue de la théologie, qui y trouve un précieux renfort de preuves, mais aussi dans un but pratique, qui est la construction, l’ameublement et la décoration des églises. Ce cours supérieur peut se faire partout sans grands frais et son utilité actuelle est indiscutable.

Le premier dignitaire de l’université est le chancelier, le second le recteur, le troisième le doyen de chaque faculté.

Le chancelier est nommé directement par le Saint-Siège. C’est l’Ordinaire même du lieu où l’université a son siège. Sa fonction

est de veiller au bon ordre et à l’exécution des statuts. Il préside au choix des professeurs que lui seul a le pouvoir de suspendre pour quelques fautes graves. Il approuve les comptes administratifs, préside les examens pour la collation des grades, signe les diplômes avec le recteur et le doyen de la faculté à laquelle le diplôme se rapporte, et enfin, au commencement de l’année scolaire, reçoit la profession de foi de tous les professeurs.

Les autres officiers nécessaires seront : un vice-recteur, qui supplée le recteur; un bibliothécaire, chargé de la bibliothèque; un secrétaire, pour recevoir les inscriptions, faire la correspondance, etc., et en même temps classer et conserver les archives ; plus un directeur spirituel dont il va être question plus au long.

Le choix du recteur est aussi important que difficile. Un homme ordinaire ne suffit pas à une pareille tâche. Placé en vue, il doit présenter des qualités sérieuses et incontestées. De lui en grande partie dépend le succès de la future université. S’il est ce que nous désirons qu’il soit, actif et capable, la nouvelle création entrera immédiatement dans une voie de prospérité.

Je vous engage à fixer promptement votre choix. Angers vous donne déjà l’exemple. Vous aurez ainsi un organisateur qui se mettra de suite à la besogne et un chef responsable, intermédiaire obligé vis-à-vis du Saint-Siège et de l’État.

C’est aux évêques seuls qu’appartient cette nomination. Rome n’a pas à y intervenir, mais je suis persuadé d’avance que les votes ne se porteront que sur quelqu’un qui lui serait agréable. Réfléchissez avant d’agir, car vous nommez à vie, l’inamovibilité étant une des conditions essentielles du rectorat, à la fois sacerdoce et magistrature.

Vous ferez au recteur une haute position sociale. Comme à Louvain, il aura un traitement en rapport avec son titre de magnifique et vous demanderez à Sa Sainteté Pie IX une prélature qui rehaussera ses fonctions aux yeux du clergé et des fidèles. Vous ne pouvez faire moins pour lui que ne fait l’État pour ses recteurs d’académie

et le rang qu’il prendra dans la société sera celui même que vous lui aurez, dès le début, généreusement assigné.

Les journaux ont soulevé une question qui se résout d’elle-même. Ce recteur sera-t-il ecclésiastique ou laïque ? Il ne peut être qu’ecclésiastique, car il représente l’Église enseignante, Rome qui a constitué l’université et le corps des évêques qui l’a choisi. C’est un droit acquis dès l’origine et qu’il ne convient pas d’abandonner, surtout de nos jours, où nous sommes envahis, 'sinon débordés, par le laïcisme. De plus, certains actes, comme la profession de foi, la direction spirituelle, la surveillance de l’enseignement, requièrent la cléricature.

Sera-t-il séculier ou régulier ? Comme il vous plaira. Mes préférences seraient, à mérite égal, pour un recteur séculier; c’est même la tradition commune. Cependant je dois vous dire qu’à la Sapience un Servite de Marie succéda à M*r Campodonico. Comme vous chercherez le plus digne, vous le prendrez où il se trouvera, n’importe dans quel clergé.

Que le recteur soit simplement recteur et pas autre chose. Si, par mesure d’économie, vous le voulez en même temps professeur, soyez sûr que la préparation de ses cours lui enlèvera des heures précieuses qui seraient plus utilement employées à la direction et à l’administration de l’université. Ce serait une faute de se charger des détails quand on a tout l’ensemble à contrôler et gouverner. J’autoriserais tout au plus quelques conférences hebdomadaires sur des sujets avec lesquels le recteur serait très familiarisé et pour ainsi dire habituellement prêt à parler.

Si les professeurs ont des grades académiques, à plus forte raison le recteur en sera-t-il pourvu. Docteur en théologie serait fort désirable ou, à défaut, docteur en l’un et l’autre droit. C’est un minimum exigé et, au cas où le candidat n’aurait pas le titre voulu, qu’il s’empresse de se mettre en règle.

Voilà déjà une preuve de capacité. Cependant elle ne serait pas suffisante. Le nombre des docteurs abonde et il n’y a guère plus de savants pour cela. Vous demanderez donc comme garantie indispensable une réputation solide, basée sur l’enseignement oral ou écrit et l’amour de l’étude. L’auteur pourra exhiber les ouvrages qu’il a publiés et par la science acquise offrira des gages sérieux pour l’avenir.

S’il avait étudié à Rome, nous verrions là une chance de plus pour son admission, car il aurait puisé à la source de la vraie et saine doctrine. Que du moins il soit complètement romain par les idées, puisqu’il s’agit de renouveler la France par l’infusion de l’enseignement catholique sans altération aucune.

Vous supposerez encore à ce recteur des qualités spéciales, inhérentes à sa mission : hauteur et largeur de vues, fermeté dans la direction, aménité dans les relations, aptitude à manier leshommes, facilité d’élocution, indépendance de caractère pour ne pas se laisser dominer ni entraîner, jugement droit et sûr.

Yous aurez à régler, pour éviter des conflits ultérieurs, les rapports du recteur avec l’épiscopat qui l’a nommé, avec la commission directrice, l’ordinaire du lieu, le clergé, etc. En prévoyant tout, on obvie à plus d’une difficulté.

Dans l'état actuel des choses et en raison de sa position et de sa part d’influence, je souhaiterais pour lui un rang dans le clergé diocésain et une place utile dans les conseils épiscopaux.

Enfin pour vous renseigner sur la situation de l’université, vous exigerez du recteur un rapport annuel, qui tiendra au courant de tout ce qui intéresse à ce sujet et sur lequel les évêques réunis seront admis à présenter leurs observations, de manière à faire prospérer de plus en plus l’établissement créé par eux et qu’il leur appartiendra encore de surveiller.

Les professeurs doivent appeler d’une manière toute particulière l’attention des évêques, car c’est par eux que se transmet l’enseignement et que se préparent les fruits qu’on est en droit d’espérer de leur ministère.

On les nommera au concours. C’est le meilleur moyen d’avoir d’excellents professeurs et de connaître parfaitement leur valeur. 11 est temps de rompre avec le favoritisme, qui a trop duré pour le malheur de l’enseignement public et qui aboutit fatalement, pour des raisons presque toujours personnelles, à faire passer la médiocrité avant la science. Sa Sainteté Pie IX me disait dernièrement

avec un accent de conviction profonde : « En France, vous n’avez pas des professeurs suffisants. A Rome seulement ils peuvent se former comme il convientet pour cela il faut beaucoup de temps1.»

La conclusion directe de ces paroles aussi vraies que franches, c’est que nous ne sommes pas prêts et que nous n’avons pas tous les professeurs voulus sous la main. Il faut donc les former et pour cela les envoyer étudier à Rome et suivre les cours supérieurs de théologie et de droit pour apprendre plus tard à enseigner euxmêmes.

Sans doute, au début, il serait peut-être difficile d’ouvrir un concours. Alors, que les candidats fassent eux-mêmes leurs preuves et qu’ils témoignent d’une réputation suffisante, par l’enseignement ou les publications. Gela ne dispenserait pas toutefois d’une autre épreuve qui a bien ici son importance pratique. Pourquoi, comme dans l’université de l’État, ne demanderions-nous pas aux futurs professeurs de faire, sous les yeux de la commission d’admission, un cours public pour savoir comment ils se tireront de l’enseignement ol*al ? Une certaine facilité d’élocution et une grande clarté d’exposition sont les deux qualités que vous devez exiger de ceux qui sont appelés par état à enseigner les autres.

A ce propos, je ne puis omettre une observation pratique. Que désormais les cours ne soient pas faits comme on les a faits jusqu’à présent à la Sorbonne et ailleurs, c’est-à-dire d’une manière oratoire, l’étudiant n’en recueille que peu ou point de profit. Qu’on les fasse plutôt à la manière allemande, sans prétention de style, mais uniquement de manière à bien faire comprendre, avec tous ses développements, le texte que l’on explique. Du reste ce sera au recteur lui-même à veiller sur le mode d’enseignement et à exiger au besoin que la méthode adoptée soit modifiée dans l’intérêt des auditeurs.

Malgré cela les élèves pourraient encore ne pas bien saisir la pensée du maître. 11 faut donc, pour mieux la faire pénétrer, qu’en dehors de l’université il y ait des répétiteurs attitrés. Gela est même si nécessaire que le supérieur du Séminaire Français me disait, cette

1. Il ajoutait: « Vos évêques sont trop pressés, une seule université suffirait pour le moment. Le morcellement vous fera manquer à la fois d’élèves et de professeurs.»

année même, que ses élèves profitaient surtout aux répétitions et acquéraient par là plus de force réelle que s’ils avaient simplement suivi les cours.

Les professeurs seront docteurs dans la faculté qu’ils doivent enseigner. Ceci est de droit commun et si rationnel qu’il n’y a pas lieu de s’y arrêter. Aussitôt nommés, ils feront entre les mains du chancelier ou du recteur la profession de foi catholique selon la formule de Pie IY et ils la renouvelleront ensuite chaque année, à la rentrée des cours.

L’université est essentiellement ecclésiastique et séculière. Cependant elle n’exclut de son sein ni les laïques ni les réguliers. On prendra le talent partout où on le rencontrera, dût-on faire venir les professeurs de loin, comme on faisait au moyen âge, car c’est le mérite seul que l’on cherche pour l’attirer et le mettre encore plus en évidence au profit du progrès de la science.

Déclarez dès maintenant que vous n’entendez pas inféoder l’université à un ordre quelconque, quels que soient sa capacité et les services rendus. Agir autrement ce serait se lier les mains pour l’avenir et couper les ailes au clergé séculier, pour qui l’université est une carrière pleine d’espérance. D’ailleurs, je ne sais pas si, en France, une autre situation serait facilement acceptée et je ne doute pas un instant qu’elle ne soit sévèrement qualifiée par les termes d’envahissement et d’accaparement.

La langue latine sera la seule parlée dans l’Université, au moins pour les cours de théologie et de droit canonique. Les professeurs devront donc se montrer bons latinistes et il importe extrêmement qu’ils parlent facilement le latin auquel ils formeront vite leurs auditeurs. Nous avons besoin de cet enseignement oral et continu pour relever la France de l’état d’abaissement et d’infériorité dans lequel elle est à cet égard, depuis près d’un siècle, vis-à-vis des autres nations et surtout de l’Italie. Le recteur devra être vigilant et très ferme sur ce point capital.

Les professeurs seront nommés à vie. C’est le seul moyen de les attacher à leur chaire et de leur faire aimer le professorat. Joignez-y un traitement honorable, égal au moins, sinon supérieur, au traitement que donne l’État; assurez une retraite et vous aurez un corps

enseignant vaillant, digne d’éloges et capable de former de bons élèves, tout en maintenant les saines traditions.

Nous admettons, mais à l’état d’exception, des suppléants, qui seront gradués et choisis par les professeurs pour les remplacer en cas d’empêchement, sous l’approbation du chancelier. Cette nomination n’étant que temporaire et pour un cas déterminé, ne donnera aucun droit à remplacer le titulaire décédé ou démissionnaire.

Que les étudiants soient réunis en collège ou vivent séparément dans des maisons particulières, ils ont besoin de se retrouver ensemble à certains moments, en dehors des cours et répétitions, pour l’accomplissement de quelques devo'irs religieux.

Il ne faut pas oublier que les universités ne sont pas mixtes et ce serait pousser trop loin la tolérance que de les ouvrir à quiconque voudrait s’y présenter, sans lui demander compte de la religion qu’il professe. En sont exclus de plein droit les hérétiques, les schismatiques et aussi les indifférents et libres penseurs.

La première pièce à produire sera l’acte de baptême, d’abord pour se convaincre que l’étudiant a été baptisé, puis pour certifier qu’il a l’âge compétent.

Qu’on se souvienne toujours qu'une université catholique est faite uniquement en vue des catholiques et que letudiant qui en suit les cours devant se montrer tel en toute circonstance, vous avez le droit d’exiger de lui des garanties pour sa moralité et l’accomplissement de ses devoirs religieux.

Gomme à Rome, l’université aura son église ou provisoirement sa chapelle. Là se réuniront, à des jours et heures déterminés, tous les étudiants pour des exercices communs, par exemple pour assister le dimanche à la messe, entendre des instructions spéciales, faire une retraite annuelle comme préparation à la communion pascale, en un mot, pour accomplir tous les actes religieux auxquels l’université ne | doit pas se soustraire. A cet effet, le chancelier nommera, suivant le besoin, un ou plusieurs directeurs spirituels qui, sous la dépendance du Recteur, confesseront, prêcheront, instruiront et feront tout ce qui sera de leur compétence spirituelle.

Pour parer à toutes les difficultés qui pourraient surgir plus tard et en même temps bien grouper ensemble les différents membres de l’université, il sera bon de demander à Rome un induit apostolique afin d’organiser le service divin de manière à faire face à tous les besoins.

Ainsi demandez le droit d’avoir la réserve eucharistique, soit pour les communions, soit pour la bénédiction du Saint-Sacrement. Il serait à propos de se faire exempter également de la paroisse pour la communion pascale, ne maintenant au propre curé que le droit d’administrer l’extrême onction et de faire la sépulture. De cette façon on concilierait les exigences universitaires et les traditions paroissiales.

Quel que soit le mode de collation des grades, ou par un jury mixte comme le veut la loi, ou par l’université elle-même, il importe de ne pas oublier une condition essentielle, qui est la profession de foi à faire par le candidat, conformément à la constitution In sacrosancta de Pie IV et à la bulle Super spécula de saint Pie Y, qui concerne plus spécialement les médecins.

Sans l’accomplissement de cette formalité, le gradué demeurerait suspendu et inhabile aux charges auxquelles il pourrait aspirer en raison de son diplôme.

Une bibliothèque publique, ouverte toute lajournéeet le soir aux étudiants, est de première nécessité. Sans doute toute ville possède une bibliothèque. Ce n’est pas assez. Il faut que les étudiants en aient une plus à leur portée et composée exclusivement en vue de leurs travaux et de leurs progrès. C’est du premier coup une acquisition considérable à faire et, je ne me le dissimule pas, la dépense première peut être très considérable.

Me permettra-t-on ici de donner un conseil? Il y a des ouvrages qui ne se trouvent plus depuis longtemps dans le commerce et qu’on ne se peut procurer que dans la librairie ancienne et à des prix fort élevés. Les Américains nous ont donné à cet égard un exemple que

nous pouvons mettre à profit, iis ont acheté à Rome des bibliothèques entières. Il y en a souvent en vente, par suite de décès de cardinaux, de prélats et d’employés ou consulteurs des différentes congrégations. C’est la bibliothèque en bloc qu’il faudrait prendre et voilà aussitôt un fond tout formé qu’il ne s’agit plus que de développer.

Vous savez que l’on a centralisé à Rome dans une bibliothèque unique toutes les bibliothèques supprimées des couvents. L’installation faite, tous les doubles seront vendus. Ne pourrait-on pas se faire autoriser par la Sacrée Pénitencerie à profiter de cette occasion qui ne se présentera ailleurs que difficilement ?

Or ces bibliothèques, achetées à Rome, contiennent tout ce qu’il est urgent d’avoir pour les deux facultés de théologie et de droit.

L’université de Lyon, précisément parce qu’elle affecte pour l’avenir de grandes proportions, doit vivre d’une vie propre et indépendante. Elle ne peut, sans se rabaisser, être à la merci des journaux, même religieux. Ces journaux lui marchanderont leurs services, pourront faire des réserves sur certains points qu’elle ne met pas en discussion, refuseront même quelquefois l’insertion des articles qui leur sqront communiqués. Il est de tout point préférable que l’œuvre ait son organe personnel, son bulletin spécial, où seront enregistrés, non seulement tous les actes officiels, mais encore toutes les nouvelles capables d’intéresser à son développement et de la faire connaître et apprécier dans le public. Ce sera ainsi son histoire écrite au jour le jour.

La dépense sera minime et le résultat important. Je ne doute pas que les frais soient promptement couverts par les abonnements auxquels les étudiants auront une large part, car ils y trouveront noté tout ce qui les concerne et souvent même la reproduction des cours qu’ils auront suivis.

Le secrétaire de l’université sera le rédacteur de cette feuille, hebdomadaire ou mensuelle, et, à ce titre, il pourra lui être alloué une somme spéciale à déterminer. Le recteur aura dans ses attributions

la haute surveillance de cette revue périodique et lui seul pourra lui donner le Non obstat , réservant au chancelier le droit à* Imprimatur, sans lequel elle n’aurait aucune autorité.

Fondée par une réunion d’évêques et ayant à sa tète un évêque, l’université a besoin encore, pour se compléter, d’un conseil supérieur qui la dirige. Ce conseil, exclusivement épiscopal, pourrait être, à la rigueur, composé de tous les évêques réunis ; mais, vu la distance et les ennuis d’un déplacement qui se répétera annuellement, ne serait-il pas préférable que cette congrégation fût restreinte à une commission choisie parmi eux, en sorte que leurs collègues pussent agir en leur nom et comme leurs représentants ? Ses attributions seraient d’un ordre tout à fait supérieur, ayant quelque analogie avec le Conseil de l’instruction publique. Elle aurait, avant tout, le droit de visite, recevrait les appels, examinerait les méthodes, jugerait en dernier ressort, fixerait le nombre des chaires et déterminerait les programmes, confirmerait les nominations, destituerait les professeurs, approuverait les livres en usage ou à admettre pour les cours, accepterait les comptes administratifs et recevrait, à la fin de chaque année, la relation écrite du recteur et, au besoin, des doyens. De cette façon, la juridiction des Ordinaires qui auraient contribué à la fondation, serait maintenue autant que possible et les droits de tous seraient représentés par des délégués expressément nommés à cet effet.

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