‹ Œuvres complètesChapitre 113 sur 142 · XIX. Madame D*** à son fils · texte numérisé non relu

XIX. Madame D*** à son fils

Amsterdam , le 6 août.

Quej'aimelajeuneÈmilie! Oui, mon fils, il n'est point de vertu plus aimable que l'humanité. Il serait bien à souhaiter que toutes les jeunes demoiselles voulussent profiter d'un si bel exemple, et qu'au lieu de tracasser les domestiques , elles apprissent à les traiter avec bonté. Comment peut-on être insensible au plaisir de se faire aimer de ceux qui nous entourent?

Mais pourquoi t'affliger , mon cher fils , de ce que je n'ai qu'une servante a mes ordres? La multitude des domestiques ne fait pas le bonheur : elle sert plus au faste qu'a l'utilité. Chaque domestique dans une maison annonce un besoin de plus dans le maître et la maîtresse, elles assujettit à plus de soins et de vigilance. Si j'en avais les moyens , j'aurais sans doute le nombre de gens que demanderait mon état. Je le regarderais comme un devoir, pour assurer les besoins de la vie a de pauvres malheureux , qui seraient peut-être réduits à souffrir, faute d'emploi. Mais, puisque le Ciel n'a pas trouvé bon de m'accorder des richesses , je ne me crois pas à plaindre de n'avoir plus qu'un seul domestique. C'est tout ce qu'il me faut. Je n'ai pas besoin d'autres services que les siens.

Maintenant, mon cher fils, quelles sont

LE PETIT GitANUISSOiX.

les oceupalious qui ne conviennent pas, dis-tu, à la veuve d'un colonel? Tu n'as pas assez réfléchi à ce que tu voulais dire. 11 n'y a aucune honte a se servir soiintMne, lorsqu'on n'est pas en état de payer les services des autres. Ne vaut-il pas mieux pour toi de pouvoir dire après ma mort : Ma mère préparait elle-même ses simples repas. Nos habits étaient l'ouvrage de ses mains. A peine pouvait-elle nous procurer le nécessaire , mais elle ne devait rien à personne; que si l'on te faisait ce reproche : Vos parensont vécu selon leur rang et leur naissance, ils avaient une superbe habitation, de magnifiques ameublemens , une suite nombreuse de domestiques; mais ils ne vous ont laissé que des dettes?— Qu'est-ce alors que le fils d'un colouel? Un jeune homme méprisé, qui, malgré son innocence , porte la honte de ses pères, tandis qu'un homme d'honneur, de la naissance la plus commune , daigne à peine le reconnaître pour son égal.

Ce que je viens de te dire suffira, je l'espère , pour te guérir de ta tristesse , puisque par-là je suis entièrement satisfaite de mon sort.

Au reste, mon cher fils, la sensibilité de ton cœur, et les témoignages de ta tendresse m'ont fait répandre des larmes de joie. Quand je serais encore plus pauvre que je ne le suis, je me croirais riche dans la possession d'un fils aussi vertueux. Adieu, mon cher enfant, continue à suivre les heureuses dispositions que tu fais paraître , et tu seras la consolation de la plus tendre des mères.

Ta petite sœur a été vivement touchée de ta lettre; et j'ai remarqué en elle, depuis ce moment, encore plus d'application et de docilité. Omesenfans , puissiez- vous toujours vous encourager l'un l'autre dans la pratique de vos devoirs !

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