‹ Œuvres complètesChapitre 12 sur 142 · LE VERGER · texte numérisé non relu

LE VERGER

Outre ces arbres , il en est d'autres nommés arbres fruitiers. Je panerais avec confiance que nous aurons plus de plaisir encore à nous en entretenir . Entrons dans le verger. Voilà les fruits qui grossissent. Ceserait vous faire injure que de vouloir vous les faire connaître. Si petits que vous soyez , je pense que personne au monde ne distingue mieux que vous les poires , les pommes , les pêches , les cerises , les prunes , les abricots et les brugnons. Les arbres étendus en éventail contre la muraille s'appellent , comme vous savez , espaliers , et les autres , arbres à plein vent. Les premiers rapportent plus sûrement, et de plus beaux fruits, parce que, dans les gelées, on peut les couvrir avec des nattes de paille , et que la muraille, échauffée par le soleil, avance leur maturité. Les seconds pas- | sent pour avoir leur fruit d'un goût plus | fin et plus délicat. Nous aurons, j'espère, ! beaucoup de fruit cette année. Ne souhaiteriez-vous pas , Henri , qu'il fût déjà mûr? Patience; il le sera bientôt, et vous en mangerez tant qu'il vous plaira dans le temps. Mais gardez-vous bien d'y tou-

A LA CONNAISSANCE DE LA SATURE

cher tant qu'il est vert , car il vous rendrait malade peut-être pour toute l'année.

Vous vous rappelez, mes chers amis, combien les arbres à fruits paraissaient beaux , il y a trois semaines , lorsqu'ils étaient en pleine fleur : les fleurs sont maintennat passées, et les fruits croissent à la place. Ils deviendront plus gros de jour en jour , jusqu'à ce que la chaleur du soleil les colore et les mûrisse; et alors ils seront bons a cueillir.

Les pommes et les poires peuvent se garder dans leur état naturel pendant tout l'hiver ; mais les autres fruits tournent bientôt en pourriture, et il faudrait renoncer à en manger après leur saison, si l'on n'avait trouvé le moyen de les conserver en les faisant sécher au four, ou en les mettant dans l'eau-de-vie , ou enfin en les faisant bouillir avec un sirop composé d'eau et de sucre. C'est de cette dernière façon que l'on fait les marmelades et les gelées qu'on trouve si bonnes dans l'hiver, et surtout dans les maladies.

Il y a quelques fruits renfermés en de dures coquilles, comme les noix, les amandes, les noisettes, les châtaignes, etc.

Vous les connaissez, aussi bien que les arbres qui les portent; mais vous ne connaissez pas un autre arbre de la même espèce , parce qu'il ne vient pas dans ce pays : c'est le cocotier. Il est très-haut et fort droit , sans branches ni feuillages autour de sa tige. Seulement vers le sommet il pousse une douzaine de feuilles trèslarges , dont les Indiens se servent pour couvrir leurs maisons , pour faire des nattes et pour d'autres usages. Entre les feuilles et l'extrémité de sa pointe , il sort quelques rameaux de la grosseur de mon bras, auxquels on fait une incision, et qui répandent, par cette blessure, une liqueur très-agréable, dont on fait l'arack. Ces rameaux portent une grosse grappe , ou paquet de cocos , au nombre de dix à douze,

Cet arbre rapporte trois fois l'année, et son fruit, dont vous avez goûté l'autre jour, est aussi gros que la tête d'un homme. Il en est dont le fruit n'est pas plus gros que votre poing, et qui sert, entre autres usages , a faire des cuillers a punch.

II y a aussi une espèce d'amande , appelée cacao , qui vient dans les Indes occidentales et au midi de l'Amérique. L'arbre qui la produit ressemble un peu à notre cerisier. Chaque cosse renferme une vingtaine de ces amandes , de la grosseur d'une fève , dont on fait le chocolat, avec d'autres ingrédiens. Le meilleur cacao nous vient de Caraque, dont il porte le nom.

Page 1