‹ Œuvres complètesChapitre 120 sur 142 · XXX. Guillaume Z)¥** à sa mère · texte numérisé non relu

XXX. Guillaume Z)¥** à sa mère

Le 24 août.

0 ma chère maman, que vous allez être contente de mon amil 11 n'a pas donné de fête à ses jeunes voisins avec l'argent qu'il a reçu de son père. Il ne l'a pas eiûployé non plus a acheter des livres. Il en a fait un tout autre usage. Mais il faut d'abord que je vous rapporte un entretien qu'il a eu avec son papa.

Nous nous étions levés ce matin de fort bonne heure. Notre coutume est de lire tous les jours une ou deux histoires de l'ancien Testament , avant de descendre pour déjeuner. M. Grandisson est entré dans la chambre au milieu de notre lecture. Charles s'est levé aussitôt de sa chaise pour saluer son père , et lui baiser la main.

charles. — Je vous souhaite le bon jour, mon papa. Avez-vous bien reposé cette nuit?

m. grandisson. — Très-bien, mon fils; et toi aussi, à ce que je vois? Mais continue, je te prie; je ne veux pas te troubler dans ta lecture.

charles. — Je craindrais , mon papa , qu'il ne fût pas décent de lire devant vous , lorsque vous me faites l'honneur de me rendre visite.

m. grandisson. — Le devoir doit passer avant tout. J'aurai du plaisir à t'enlendre.

charles. — Je suis prêt à vou#s obéir.

Il est allé chercher un fauteuil pour son père, et il a repris sa lecture à haute voix. Lorsqu'elle a été finie, M. Grandisson lui a témoigné combien il était content de sa manière de lire. C'est un talent beaucoup plus difficile à acquérir qu'on ne pense, a t il ajouté. La plupart des lecteurs , sans prendre garde au sens de ce qu'ils lisent, prononcent les mots en nasillant ou enchantant; et cela est fort pénible pour ceux qui les écoutent. On doit lire particulièrement l'histoire d'un ton naturel et sans affectation , comme si Ton faisait soi-même le récit. Mais c'est aujourd'hui ton jour de naissance , et je suis monté pour te faire mon compliment.

charles. — Je vous remercie, mon papa. Permettez que je vous embrasse, et que je vous exprime ma reconnaissance. Ce jour rappelle à mon souvenir tout ce que je dois à vos tendres soins et à ceux de ma chère maman.

il. grandisson. — Nous en sommes déjà recompensés par ta bonne conduite.

Continue , mon cher fils , à remplir tes devoirs ; et puisse le Ciel mettre le comble aux grâces qu'il nous accorde , en nous rendant témoins de ta félicité 1

charles. — Je vais travailler avec une nouvelle ardeur à me rendre digne de ce vœu. Daignez toujours m'honorer de vos sages leçons ; et je tâcherai de ne rien négliger pour les suivre. Mais, mon papa, avant de commencer une nouvelle année de ma vie, j'ai besoin de votre pardon pour toutes les fautes que j'ai pu commettre dans les précédentes.

h. grandisson. — Je ne me souviens pas d'avoir reçu de ta part aucun sujet de reproche. J'aime à te rendre ce témoignage , non pour t' enorgueillir , mais pour t'encourager dans le bien. Ce jour est un jour de bonheur ; je veux que tu le passes dans la joie. Je te donne ce que

tu trouveras dans ce papier, pour l'employer, si tu le veux, h donner une fête à tes meilleurs amis. Il est déjà près de neuf heures. Achève de l'habiller, et descends avec Guillaume. Ta mère nous attend. Adieu, je vais vous annoncer.

0 maman , qu'il est doux de se rendre digne de l'affection d'un bon père! Comme M. Graudisson paraissait enchanté de son fils! Des larmes de joie et de tendresse nageaient dans ses yeux. Mais aussi qu'il doit être cruel , pour de braves parens, d'avoir des enfans indignes de leur amour! Oh ! je veux toujours suivre l'exemple de mon ami. Dieu même doit l'aimer. Que j'aurais encore de choses à vous dire , si ma lettre n'était déjà trop longue ! Mais vous n'en perdrez rien : je vous les garde pour en commencer une autre demain en me levant. Que je voudrais être auprès de vous pour vous exprimer combien je vous aime ! J'ai toujours peur que mes lettres ne vous le disent pas assez. Oh! si ma petite sœur pouvait vous le dire à ma place, elle qui a le bonheur de vous embrasser ! Oui , maman, recevez mes caresses dans les siennes. Nous ne faisons qu'un cœur à nous deux pour vous mieux chérir.

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