XXIX. Guillaume D*** à sa mère
Le 22 août.
Je n'ai pas aujourd'hui de nouvelles à vous dire, ma chère maman, mais jespère avoir demain des choses bien intéressantes à vous apprendre. C'est lejour de naissance de Charles. Edouard m'a dit que nous nous amuserions comme des rois , parce que son frère a coutume de donner , ce jourlà , une fête à tous les jeunes gens de notre âge qui demeurent dans les environs. Emilie prétend au contraire qu'il n'invitera personne cette année, et qu'il a déjà résolu d'employer l'argent que son père lui donnera pour sa fête , à acheter des livres amusans et instructifs. Je voudrais bien qu'il prît ce parti. La compagnie se retire lorsque la soirée est finie , au lieu que les livres restent toujours avec nous.
Je ne crois pas trahir sa confidence , en vous disant qu'il élève en secret un joli serin de Canarie pour le donner à sa sœur, jusqu'à ce qu'elle ait reçu celui que sa tante lui doit envoyer. Il l'accoutume depuis quelques jours à venir manger dans la main, et à voler hors de sa cage.
Emilie ne s'attend pas à ce cadeau. Elle
sera bien surprise en le recevant. Le serin commence déjà a répéter joliment son nom. Je veux aussi en élever un qui me répète sans cesse le vôtre et celui de ma sœur. Je n'en ai pourtant pas besoin pour penser à vous. C'est le plaisir que je me donne, lorsque je veux me trouver aussi heureux que je puis l'être, étant si éloigné de ce que j aime le plus dans l'univers.