‹ Œuvres complètesChapitre 129 sur 142 · XL. Charles Grandisson à Guillaume />**% son ami · texte numérisé non relu

XL. Charles Grandisson à Guillaume />**% son ami

Le \ 8 septembre.

Je ne sais encore , mon cher ami , ce que produira notre voyage à Londres. Les commencemens de notre expédition n'ont pas été fort heureux. Des esprits superstitieux pourraient croire que cela ne présage rien de bon pour la suite; mais nous, mon cher Guillaume, qui avons reçu de nos parens des instructions plus sensées, nous nous garderons bien de nous laisser abattre par ces vains pronostics.

A peine avions-nous fait quelques milles , que l'un de nos chevaux s'arrêta , sans vouloir aller plus avant. Le postillon crut vaincre sa résistance en lui donnant de rudes coups de fouet ; ce qui me fit de ta peine, parce que je ne puis voir traiter durement un animal aussi doux et aussi utile. On ne larda guère à s'apercevoir que la pauvre bête était enclouée , et qu'ainsi il n'y avait point de sa faute. Il fallut se traîner lentement jusqu'à la poste la plus voisine. Les chevaux frais que l'on nous donna nous menèrent avec plus de vitesse ; mais vers le milieu de la roule , dans un chemin raboteux , l'essieu de notre voiture vint tout à coup à se rompre. Heureusement , il ne nous en arriva aucun mal. 11 n'y avait pas de maison dans le voisinage ; et nous ne vîmes d'autre parti à prendre que de descendre de voiture, et d'aller à pied. Je me serais fort aisément consolé pour moi-même de cet accident ; mais j'en fus affligé pour notre digne ami M. Bartlet. Le froid et l'humidité de l'air , ainsi que la fatigue de la marche , me donnèrent des inquiétudes pour sa santé. Le soleil était déjà près de se coucher, et nous allions lentement, suivis de notre domestique Henri. La pluie commença bientôt avec une extrême violence. Enfin , après une demi-heure de marche, nous aperçûmes , à notre droite, une petite maison peu éloignée du grand chemin. Nous y fûmes reçus par un honnête laboureur , courbé sous le poids du travail et des années, et par sa femme , qui n'était guère plus jeune que lui. Ces braves vieillards et leurs enfans nous accueillirent avec beaucoup de bonté. Les fils aînés coururent aussitôt chercher un charron dans le voisinage, et ils allèrent ensemble vers la voiture , pour aider le postillon à la raccommoder de son mieux. On n'acheva de la réparer qu'assez avant dans la soirée. Il était trop lard pour nous re-npftre en roulo. Il fut donc résolu que

LE PETIT GfUNDISSOJS

nous passerions la nuit dans cette pauvre I parut aussi bonne pour nous qu'un riche rabane j qui , dans cette circonstance, me | palais. Pendant que la jeune fille nous pré-

parait un simple repas : Messieurs, nous dit le vieillard n'ayez aucune inquiétude. Nous vous céderons notre lit , dans lequel vous pourrez goûter le repos qui vous est nécessaire pour continuer votre route. M. Bartlet ne voulait pas se rendre a cette proposition ; mais notre hôte et sa femme lui firent tant d'instances, qu'ils vinrent à bout de le persuader. On n'avait mis que deux couverts sur la table.

M. Bartlet s'en aperçut , et leur dit : Est-ce que vous avez déjà soupe , mes amis? — Non, pas encore , monsieur. — Eh bien ! il faut que nous mangions tous ensemble : notre repas en sera plus joyeux. — Nous n'aurions pas osé prendre celte liberté , monsieur , lui répondit le vieillard , mais puisque vous l'ordonnez, vous serez obéi. Le rustique repas fut aussitôt mis sur la table. Un bon morceau de rôti , un plat de légumes ; du beurre , du fromage et quelques fruits , ce fut tout : mais , tu peux m'en croire , je n'ai jamais fait un meilleur souper de ma vie. J'ai dormi toute cette nuit d'un si bon sommeil , que M. Bartlet a eu de la peine à me réveiller.

Je viens de faire un déjeuner excellent; et je profile, pour t'écrire, d'un moment que M. Bartlet vient de prendre pour aller remercier nos hôtes, et leur témoigner notre reconnaissance. Je suis obligé de te quitter ; mais après notre première visite a M. le comte , je m'empresserai de te donner do mes nouvelles. Mille respects à mon papa et à maman , et mille tendres amitiés à mon frère et à ma sœur.

Je t'embrasse'etsuis à toi pour la vie,

Charles Grandisson.

XLll. Guillaume D"\ à sa mère.

Le 25 Septembre.

Je vous le disais bien , ma chère maman , que j'aurais de bonnes nouvelles a vous apprendre de mon ami Charles. Voici la copie de la lettre qu'il vient de m'écrire, et de celle que M. Bartlet écrit à M. Grandisson. A peine aurai-je le temps de vous les transcrire pour le départducour-

Lii PETIT GKASDISSOS.

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