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AUPRÈS DU BERCEAU DE SON FILS

Dors, mon enfant, clos ta paupière; Tes cris me déchirent le cœur :

Dors, mon enfant; ta pauvre mère À bien assez de sa douleur.

Lorsque, par de douces tendresses,

Ton père sut gagner ma foi ,

Il me semblait , dans ses caresses ,

Naïf, innocent comme toi.

Je le crus : où sont ses promesses ?

Il oublie et son fils et moi.

Dors , mon enfant , clos ta paupière ; Tes cris me déchirent le cœur, etc.

A ton réveil , qu'un doux sourire Me soulage dans mon tourment !

De ton père , pour me séduire , Tel fut l'aimable enchantement.

Qu'il connaissait bien son empire , Et qu'il en use méchamment !

Dors, mon enfant, clos ta paupière; Tes cris me déchirent le cœur , etc.

Le cruel , hélas ! il me quitte , Il me laisse sans nul appui.

Je l'aimais tant avant sa fuite !

Oh ! je l'aime encore aujourd'hui.

Dans quelque séjour qu'il habite , Mon cœur est toujours avec lui.

Dors , mon enfant, clos ta paupière; Tes cris me déchirent le cœur , etc.

Oui , le voila ; c'est son image

Que tu retraces à mes yeux.

Ta bouche aura son doux langage ,

Ton front son air vif et joyeux.

Ne prends point son humeur volage , Mais garde ses traits gracieux.

Dors, mon enfant, clos ta paupière ; Tes cris me déchirent le cœur, etc.

Tu ne peux concevoir encore Ce qui m'arrache ces sanglots.

Que le chagrin qui me dévore N'attaque jamais ton repos !

Se plaindre de ce qu'on adore, C'est le plus grand de tous les maux.

Dors, mon enfant, clos ta paupière ; Tes cris me déchirent le cœur, etc.

Sur la terre il n'est plus personne Qui se plaise à nous secourir.

Lorsque ton père m'abandonne , A qui pourrais-je recourir?

Ah ! tous les chagrins qu'il me donne Toi seul, tu peux les adoucir.

Dors , mon enfant , clos ta paupière ; Tes cris me déchirent le cœur , etc.

Mêlons nos tristes destinées ,

Et vivons ensemble toujours :

Deux victimes infortunées

Se doivent de tendres secours.

J'ai soin de tes jeunes années ,

Tu prendras soin de mes vieux jours.

Dors , mon enfant , clos ta paupière ; Tes cris me déchirent le cœur :

Dors , mon enfant ; ta pauvre mère A bien assez de sa douleur.

(1) Les parens apprécieront les motifs qui nous ont déterminés a ne comprendre , dans un recueil spécialement destiné aux enfans , que quelques-unes des idylles et des romances de Berquin.

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