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LA PRAIRIE

Eh bien ! mes petits amis, qu'en ditesvous? n'est-ce pas un endroit charmant?

Quel air de fraîcheur on y respire! Comme l'herbe en est épaisse et verdoyante ! et de combien de jolies fleurs elle est émaillée!

Je n'ai pas besoin de vous dire quel est l'usage de cette herbe, qu'on appelle ordinairement gazon : vous avez vu si souvent les vaches, les chevaux elles brebis s'en repaître ! mais ils ne la mangent pas toute sur 1 ! prairie; on leur réserve certains quartiers pour le pâturage, et on les éloigne des autres aussitôt que l'herbe commence à grandir. Elle n'atteint sa parfaite maturité qu'au mois de juin ; ce que l'on reconnaît par la couleur jaune qu'elle prend. Alors les faucheurs la coupent avec un instrument de fer recourbé, qu'on nomme une faux; ensuite viennent des faneurs qui la tournent et la retournent avec des fourches de bois, en l'étalant sur la terre pour la faire sécher au soleil. Elle prend alors le nom de foin. Dès que le foin a perdu toute son humidité , et qu'il n'y a plus de danger qu'il s'échauffe, on le ramasse avec des râteaux , et on l'emporte sur des chariots dans la cour de la ferme , où il est entassé eu grands monceaux, qu'on appelle meules.

C'est de ces meules énormes que l'on tire le foin pour le lier en milliers de bottes, et le donner aux chevaux que l'on tient à l'écurie. 11 sert aussi dans l'hiver à nourrir les troupeaux; car alors il y a bien peu de gazon pour eux sur la terre , et encore moins lorsqu'elle est couverte de neige. Tout cela vient de petites graines qui ne sont pas plus grosses que des lêtes d'épingles'; et les graines sont venues des fleurs que vous pouvez remarquer à présent à l'extrémité de la tige.

Dans une prairieoù l'on fauche du foin, il se détache toujours un grand nombre de graines , qui ; l'année suivante , pro-

A LA CONNAISSANCE DE LA NATURE

duisent le gazon ; mais si l'on veut faire une prairie dans une pièce de terre neuve, il faut recueillir les graines pour les semer.

Ces jolies fleurs dont vous venez de faire un bouquet, Charlotte, viennent également de graines qui se trouvaient mêlées parmi celles du foin. Voilà des boutons d'or, des coquelicots et des marguerites de pré. Ces fleurs sont bonnes pour les troupeaux , et servent à donner un goût agréable au gazon. Il y en a même qui sont médicinales, c'est-à-dire bonnes à composer des remèdes pour une infinité de maladies auxquelles nous sommes sujets.

Ne pensez-vous pas , Henri , que le gazon, dont la douce verdure embellit tant les campagnes, est en même temps une production bien utile? Je suis sûre que les pauvres troupeaux le diraient encore mieux que nous, s'ils étaient en état de parler. Ils n'ont pas de cuisinier pour préparer leurs repas ; ils ne peuvent pas même faire comprendre ce qui leur est nécessaire. Mais Dieu a su pourvoir à leurs besoins. Vous voyez que leur nourriture s'étend sous leurs pieds, et qu'ils n'ont qu'à se baisser pour la prendre. S'il en coûte à l'homme des soins légers pour la faire venir, c'est bien le moins qu'il donne quelques-uns de ses momens à ces utiles animaux , dont les uns lui épargnent tant de fatigues, et dont les autres le vêtent de leur laine et le nourrissent de leur chair.

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