‹ Œuvres complètesChapitre 31 sur 142 · LE COLIBRI · texte numérisé non relu

LE COLIBRI

La nature semble avoir pris plaisir à former la taille élégante du colibri , et à rassembler sur son plumage les plus belles couleurs dont elle a peint celui des autres oiseaux. Les nuances en sont si délicates et si bien mélangées , que son coloris semble varier a chaque nouveau coup d'œil. Sa queue est composée de neuf plumes, qui vont s'allongeant en éventail ; et les deux dernières sont deux fois plus longues que tout son corps. Le mâle porte sur sa tête une petite huppe , où sont réunies toutes les teintes qui brillent sur ses ailes. Ses yeux sont noirs, et étincellent de vivacité. Son bec; de la grosseur d'une aiguille, est long et un peu courbé. Sa langue, qu'il en fait sortir bien au dehors , lui sert à pomper , jusqu'au fond du calice des fleurs , la rosée qui les baigne , ou à gober les petits insectes qui s'y réfugient. Il se nourrit aussi de la poussière de fleurs d'orange , de citron et de grenade , qu'il recueille en voltigeant comme un papillon, presque toujours sans s'y reposer. Son vol est si rapide , qu'on entend cet oiseau plutôt qu'on ne le voit. Le mouvement de ses ailes produit un bourdonnement pareil a celui des grosses mouches. Il se balance comme elles dans l'air , et paraît quelquefois y rester immobile.

Dans les contrées où les fleurs n'ont qu'une saison , on dit qu'à la fin de leur règne il se tapit sur la branche d'un arbre, et y reste dans un état d'engourdissement jusqu'à leur retour ; mais dans les pays où les fleurs se succèdent sans cesse , on a le plaisir de le voir toute l'année.

Il aime à suspendre son nid aux rameaux des orangers , qui ne plient certainement pas sous la charge. Ces nids, dont la forme est celle d'une demi-coque d'œuf, sont construits avec de petits

brins d'herbe sèche, et tapissés d'une espèce de coton très-fine et très-douce. La femelle ne pond que deux œufs de la grosseur d'un pois , qu'elle couve avec beaucoup de soin et de tendresse. Quand les petits sont éclos, ils ne paraissent pas plus gros que des mouches. Peu à peu ils se couvrent d'un duvet aussi léger que celui des fleurs, et bientôt après de plumes brillantes.

Lorsque le père et la mère s'éloignent pour aller leur chercher de la nourriture, certains oiseaux qui sont très-friands de la couvée , veulent profiter de cette absence pour saisir leur proie; mais les parens sont toujours au guet; ils reviennent, prompts comme l'éclair, poursuivent intrépidement l'ennemi de leur jeune famille , et lorsqu'ils peuvent l'atteindre, ils ont l'adresse de se cramponner sous son aile, et le percent , avec leur bec affilé, de mille blessures.

La manière de les prendre est de leur jeter une poignée de gros sable lorsqu'ils volent à une petite portée, ce qui les étourdit, ou deleurtendredesbagueltesendui tes d'une glu luisante. Les petits friands y volent avec avidité; mais leurs langues, leurs pattes et leurs ailes s'y empêtrent , et les chasseurs, qui les épient, les saisissent avant qu'ils aient pu se débarrasser.

Un voyageur raconte à leur sujet une histoire intéressante, que vous ne serez sûrement pas fâchés d'apprendre; je le devine par votre attention à m'écouter.

Un de ses amis ayant pris un nid de ces oiseaux, les mit dans une cage à la fenêtre de sa chambre. Le père et la mère, qui voltigeaient de tous côtés pour les retrouver, ne tardèrent pas à les reconnaître; et ils venaient d'abord leur apporter à manger à travers les barreaux. Bientôt ils se rendirent assez familiers pour entrer librement dans la chambre, puis dans la cage, puis pour manger etdormir avec leurs petits. Ils prirent enfin tant d'amitié pour le maître

A LA CONNAISSANCE DE LA NATURE

de la maison , qu'ils allaient quelquefois tous les quatre ensemble se percher sur son doigt, criant serep, serep , serep , comme s'ils eussent été sur une branche d'arbre. On leur faisait une bouillie de biscuit , de vin d'Espagne et de sucre. lis venaient y passer légèrement leur langue , et quand ils étaient rassasiés , ils voltigeaient dans la maison et au dehors, revenant à tire d'aile au moindre son de la vois de leur père nourricier. Il les conserva de cette manière pendant cinq ou six mois, dans la douce espérance d'avoir bientôt de nouveaux rejetons de cette jolie famille ; mais ayant oublié un soir d'attacher la cage où ils se retiraient , à un cordon suspendu au plancher, pour les garantir des rats , il eut la douleur de ne

plus les retrouver le lendemain à son réveil.

On a trouvé le secret de leur conserver si bien , même après leur mort , le vif éclat de leurs couleurs, que les femmes du pays les portent à leurs oreilles en guise de girandole. On fait aussi de leurs plumes de belles tapisseries et des tableaux charmans.

L'oiseau-mouche, ainsi nommé à cause de sa petitesse, est de l'espèce du colibri.

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