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L'AUTRUCHE

L'autruche tient, parmi les oiseaux, le même rang que l'éléphant parmi les quadrupèdes. Elle est la plus grande de toute

lagent volatile. Sa hauteur égalerait celle de Henri debout sur un cheval. Son cou est très-allongé, sa tête fort menue, l'un et l'autre couverts de poils au lieu de plumes. Ses yeux sont presque aussi grands que les nôtres , relevés d'une paupière mobile , et garnis de cils. Son corps, dont la grosseur est loin de répondre à la gran-

deur de sa taille , est monté sur des cuisses sans plumes jusque aux genoux, et sur des jambes très-hautes, qui se terminent en pieds de corne, semblables à ceux des chameaux , mais avec des griffes trèsfortes. La nature lui ayant donné des ailes trop courtes et des plumes trop molles pour pouvoir s'élever dans les airs , elle

INTRODUCTION FAM1LIKIIE

sait en user comme d'une voile pour accélérer sa course, aidée d'un vent favorable. Ces ailes sont armées, chacune à leur extrémité, de deux ergots qui lui servent de défense.

L'autruche est très-vorace, et se nourrit de tout ce qu'elle rencontre ; c'est de là que l'estomac d'autruche est passé en proverbe. Elle pond plusieurs fois l'année, et chaque fois douze à quinze œufs fort gros, qu'elle ilépose dans le sable pour que le soleil les échauffe pendant la journée ; le soir, à son tour, elle se charge de ce soiu dans les pays où les nuits sont froides. La coque de ces œufs acquiert avec le temps une si grande dureté, qu'on la travaille comme l'ivoire , pour en faire des coupes très-solides.

Ces oiseaux se réunissent dans les déserts en troupes nombreuses, qui, de loin, ressemblent à des escadrons de cavalerie. Leur chasse est un des plus grands plaisirs des seigneurs de la contrée. Ils les poursuivent, montés sur des chevaux barbes de la plus grande vitesse , avec lesquels toutefois ils ne pourraient les atteindre , s'ils n'avaient la précaution de les pousser contre le vent, et de lâcher à leurs trousses des lévriers pour leur couper le chemin et les arrêter un peu. Elles font des crochets dans leur fuite comme les lièvres.

Les chasseurs emploient quelquefois une ruse plaisante pour les attraper. Ils se revêtent d'une peau d'autruche , élèvent et réunissent leurs bras dans le cou, et le font jouer , ainsi que la tête et les autres membres, à la manière des véritables autruches; celles-ci approchent, ou se laissent approcher sans défiance , et se trouvent prises a l'improviste.

La tête de ces oiseaux n'étant défendue que par un crâne très-mince, c'est cette partie qu'ils cherchent à mettre en sûreté , laissant le reste de leur corps à découvert. Toute leur force est dans leur bec, dans les

piquans du bout de leurs ailes , et surtout dans leurs pieds. Us peuvent renverser un homme d'une ruade. On prétend même qu'en fuyant , ils lancent des pierres avec une extrême raideur.

Les autruches sont d'un naturel trèssauvage. Cependant, a force de soins, on vient à bout de les apprivoiser , et de les monter comme un cheval. On a vu une jeune autruche porter deux nègres à la fois sur son dos , avec plus de rapidité que le plus léger coureur des courses de Vincennes.

Les plumes d'autruche se blanchissent et se teignent en diverses couleurs. On les prépare pour servir de parure a la coiffure des femmes , aux chapeaux des militaires , et aux casques des acteurs sur le théâtre , comme aussi pour orner l'impériale des lits et les dais d'église. Les plumes des mâles sontles plus estimées, parce qu'elles sont plus larges, plus épaisses, et qu'elles prennent mieux la couleur que celles des femelles.

Les plumes grisâtres qu'elles ont sous le ventre fournissent aux fourreurs des garnitures de robes et de manchons.

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