‹ Œuvres complètesChapitre 33 sur 142 · LES NIDS D'OISEAUX · texte numérisé non relu

LES NIDS D'OISEAUX

Regardez entre ces arbres, Charlotte.

N'est-ce pas le petit Jules , que je vois venir à notre rencontre? Oh ! c'est bien lui : je le reconnais à ses gambades. Il me paraît , à cette allure , qu'il a des nouvelles agréables à nous annoncer. 11 porte quelque chose. Qu'avez-vous donc Ta, mon enfant? un nid d'oiseaux? Fi! comment dérober à ces pauvres créatures ce qui leur a coûté tant de peines et de travail ! Les petits , dites-vous , s'en étaient déjà envolés? A la bonne heure. Henri, prenez doucement ce nid dans votre main, et regardez-le avec attention. Je vous dirai comment les oiseaux l'ont construit.

,A COx> NAISSANCE Dlî LA NATURE.

Deux d'entre eux sont convenus de vivre ensemble; car s'ils ne peuvent pas s'exprimer comme nous , ils savent fort bien se faire entendre l'un a l'autre. Ils ont prévu que le printemps leur donnerait des petits , et leur premier soin a été de leur bâtir d'avance une jolie habitation. Après avoir cherché, sur les arbres ou dans les buissons , l'endroit le plus propre à s'établir, ils ont commencé l'édilice par le dehors, entrelaçant avec leurs becs des brins de bois et de paille, et remplissant tous les vides avec de la mousse et du crin ramassés dans la campagne.

Ensuite ils ont tapissé l'intérieur de légers flocons de laine, de duvet, de plumes et de coton. La femelle a pondu ses œufs sur ce lit douillet, et pendant quelques jours les a tenus constamment réchauffés de la douce chaleur de ses ailes, tandis que le mâle l'animait par ses caresses dans des soins si tendres, ou que , perché sur une branche voisine, il la réjouissait de ses plus jolies chansons. Enfin les petits sont éclos. Aussitôt leurs parens pleins de joie , se sont empressés de leur aller chercher de la nourriture, et sont revenus en la broyant dans leur bec. Les petits , entendant le bruit de leurs ailes , ont soulevé la tête , se sont mis à crier tous à l'envi : chirp , chirp , comme pour dire : à moi , à moi. Aucun, grâce à Dieu, n'en a manqué. Afin de les garantir de la fraîcheur des nuits , la mère a continué de les couvrir de ses plumes, et, dès l'aurore , le père a volé leur chercher une nouvelle nourriture. Ainsi se sont comportés ces tendres parens, jusqu'à ce qu'ils aient vu les petits en état de se soutenir sur leurs ailes. Alors ils les ont instruits à voltiger de branche en branche, puis a se hasarder un peu dans les airs. Enfin , ils leur ont fait prendre l'essor , pour leur indiquer les endroits où ils trouveraient leur subsistance. C'est alors que leurs soins ont cessé; leurs en fans n'en

avaient plus besoin : ils sont déjà aussi habiles qu'eux-mêmes. Vous les verrez l'année prochaine construire aussi des nids à leur tour, et faire pour leur jeune famille ce que leurs parens viennent de faire pour eux.

Je sens toujours de l'indignation contre ceux qui vont lâchement dérober des nids d'oiseaux, lorsque je pense combien de voyages ont faits ces pauvres créatures pour rassembler tous les matériaux qui leur étaient nécessaires, et quelle a dû être la difficulté de leur travail, sans autres instrumens, pour bâtir, que leurs becs et leurs pattes.

Nous n'aimerions pas à être chassés d'une bonne maison bien close et bien commode, quoique peu d'entre nous eussent l'adresse d'en construire. Les fermiers , il est vrai , se trouvent dans la nécessité de détruire , autant qu'ils peuvent, quelques espèces d'oiseaux qui dévorent leurs récoltes. D'ailleurs il ne manque point d'oiseaux de proie , tels que les éperviers et les milans , pour leur faire une rude guerre. Ainsi je pense qu'ils ont assez d'ennemis, sans les petits garçons. Pour moi , je ferais volontiers le sacrifice d'une partie de mes fruits, pour les payer de leur musique ; et je ne voudrais pas tuer ce merle joyeux, qui chante si gaiement dans le verger , même quand il devrait manger toutes mes cerises.

Vous avez un serin de Canarie dans votre cage , Charlotte; j'espère que vous aurez soin de le tenir propre et de le bien nourrir. Il n'a jamais connu le prix de la liberté ; ainsi il n'éprouve point le regret de l'avoir perdue. Au contraire , si vous lui donniez la volée , il mourrait peut-être de faim, faute de la nourriture qu'il aime. De plus , il ne pourrait pas résister aux rigueurs de l'hiver , parce qu'il est d'une espèce qu'on a transportée d'un pays beaucoup plus chaud que le nôtre. Mais si vous preniez un pauvre oiseau accou-

tumé à voler dans les bois , à sautiller de branche en branche, à gazouiller dans l'épaisseur des buissons , il commencerait d'abord à se tourmenter, à se frapper la tête contre les barreaux de la cage; enfin, lorsqu'il verrait qu'il ne peut sortir , il irait se tapir tristement dans uu coin; il refuserait de manger et de boire , jusqu'à ce que la faim et la soif l'y obligeassent à la dernière extrémité, et il mourrait peutêtre avaut que d'avoir pu s'accoutumer à sa prison.

J'ai connu un petit garçon , très-bon enfant d'ailleurs, mais qui aimait tant les oiseaux, qu'il se servait de tous les moyens pour en avoir. Un jour il venait de leur tendre des lacets et de leur dresser des trappes , lorsqu'on vint le chercher de la ville de la part de sa maman; il partit aussitôt, oubliant, dans l'étourderie de son âge, d'aller défaire ses pièges, ou d'en parler à personne dans la maison. Il ne revint qu'au bout de huit jours; et la première nouvelle qu'il apprit fut qu'un pauvre roitelet avait été malheureusement écrasé sous une trape, et qu'une fauvette s'était cassé la jambe dans les nœuds d'un lacet. Dites-moi, je vous prie, mon cher Henri, si vous n'auriez pas eu bien de la douleur , à sa place , d'avoir fait souffrir une fin cruelle à deux si gentilles créatures , qui , loin de lui avoir fait aucun mal , avaient peut-être cent fois réjoui ses yeux parla légèreté de leur vol, ou charmé ses oreilles par la douceur de leur ramage ?

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