‹ Œuvres complètesChapitre 56 sur 142 · SATURNE · texte numérisé non relu

SATURNE

Saturne, jusqu'à la découverte de la planète d'Herschell , a passé pour la planète la plus éloignée de nous ainsi que du soleil. Sa révolution autour de lui est de vingt -neuf années et cent soixautedix sept jours. Il est environ mille fois plus gros que la terre, et sa distance moyenne en est de trois cent vingt-sept millions sept cent quarante- huit mille sept cent vingt lieues. On n'a pu encore découvrir de lui, non plus que de Mercure , s'il a un mouvement de rotation sur lui-même; il a, comme Jupiter, des «alelliies qui l'accompagnent, au nombre

de cinq, que l'on a découverts successivement. Outre ses satellites , Saturne est environné d'un anneau qui lui forme une large eeinture , mais sans le toucher en aucun point , puisqu'à travers l'intervalle qui les sépare on peut apercevoir des étoiles fixes. Cet anneau, suivant les différentes positions qu'il prend autour de Saturne, le fait paraître à nos yeux sous divers aspects singuliers, dont on aura soin de vous donner la peinture et l'explication.

LA PLANÈTE d'ïIERSCHELL.

Cette planète vient de faire perdre à Saturne le poste qu'on lui supposait aux dernières limites du monde planétaire.

C'est elle qui renferme a présent toutes les autres planètes , et Saturne lui-même, dans son immense orbite. C'est le 1 5 et le 17 mars 1781 que M. Herschell l'a observée a Bath , ville d'Angleterre. Confondue parmi les étoiles fixes, il ne l'a reconnue que par son mouvement, qui est d'une extrême lenteur. Sur ce qu'on en a pu observer dans une très-petite partie de son cours , on la suppose deux fois plus éloignée du soleil que Saturne , et sa révolution autour de lui, de près de quatre-vingt-dix ans. La ressemblance de sa lumière avec celles des plus petites étoiles avait fait méconnaître son véritable caractère ; et nous ne la devons qu'aux observations infatigables de M. Herschell, et à la bonté de ses instrumens, qu'il fabrique lui-même avec une constance et un génie qui lui ont valu un nom dans les cieux.

La découverte de cette planète jettera sans doute un nouveau jour sur notre système, en reculant ses bornes si avant dans la profondeur de l'espace.

A 1J* (ION NAISSANCE DE !,A NATUKK

LKS COMETES

Au-delà des planètes dont nous venons de parler , roulent encore d'autres grands corps , dépendans comme elles de l'empire du soleil, qui viennent se montrer à nos yeux et y demeurent souvent exposés quelques mois, puis ensuite se dérobent à notre vue, la plupart pour des siècles, a cause de l'éloignement immense où ils se perdent dans une partie de leur cours.

Ces corps errans , a peu près de la grosseur de notre globe, sont appelés comètes.

Suivant les meilleures observations qu'on ait faites jusqu'à présent, le mouvement des comètes semble être sujet aux mêmes lois par lesquelles les planètes sont gouvernées. Les orbites que les unes et les autres décrivent autour du soleil sont des ovales ou ellipses , avec cette différence toutefois que l'ovale de l'orbite des planètes se rapproche beaucoup d'un cercle parfait, au lieu que celui de l'orbite des comètes est si excessivement allongé , qu'elles paraissent se mouvoir presque en ligue droite, et tendre directement vers le soleil.

Il suit de là que lorsqu'elles sont le plus près de cet astre , soumises à la plus grande force de son attraction , et par là même acquéraut plus de vitesse pour s'en éloiguer , comme on vous l'expliquera dans la suite ; il suit de là, dis-je, que leur cours doit être alors infiniment plus accéléré que lorsqu'elles en sont à leur plus grande distance. C;est la raison pour laquelle les comètes font un séjour de si courte durée parmi nous, et que lorsqu'elles s'en éloignent, elles sont si long-temps à reparaître. Une autre différence qui les distingue des planètes, c'est que celles-ci ont toutes un mouvement commun qui les emporte d'occident en orient, et que les comètes, au contraire, n'ont point de direction uniforme, les unes allant d'orient en occident, les autres vers le nord

ou vers le midi Celle qui parut en 1707 allait presque directement du midi au nord , d'un pôle à l'autre ; mais sur la fin, elle paraissait retourner du nord au midi, et de là tendre , par une roule oblique , de l'occident vers l'orient.

Les comètes se distinguent enfin des planètes par une longue traînée de lumière qui les accompagne , toujours étendue dans une direction opposée au soleil , et qui semble prendre la forme d'une queue; dune barbe ou d'une chevelure, suivant les différentes positions où la comète se trouve autour de lui et par rapport à nous. Comme , à mesure qu'elle en approche ou qu'elle s'en éloigne, on voit cette traînée de lumière s'accroître ou diminuer , l'opinion la plus générale est qu'elle est formée par des vapeurs très-subtiles que la chaleur du soleil fait exhaler du corps dela comète. Celle de 1680 n'étant éloignée du soleil que d'environ deux cent mille lieues, sa queue fut la plus longue qu'on ait encore observée. Newton a démontré que cette comète dut éprouver un degré de chaleur deux mille fois plus grand que celui d'un fer rouge, et vingt-huit mille fois plus grand que celui de nos jours brûlans d'été, à l'heure du midi.

Ces vapeurs si subtiles que , dans leur transparence , elles laissent entrevoir les étoiles fixes, ne suivent point les comètes dans le reste de leur cours ; mais à mesure qu'elles se répandent dans les régions célestes , elles sont , suivant Newton , attirées par les planètes , et servent à nourrir leur atmosphère. Les comètes, à leur tour, soumises dans chaque nouvelle révolution à une attraction plus puissante de la part du soleil , se rapprochent de plus en plus de son atmosphère, et finissent par y être englouties pour réparer les pertes qu'il fait par l'émission de sa lumière.

Les anciens ne voyant dans les comètes que des vapeurs et des exhalaisons élevées jusqu'à la région supérieure de l'atmo-

INTRODUCTION fttlifUfeftâ

sphère terrestre , et enflammées par l'action des vents , ne songeaient guère à faire des recherches suivies sur leurs périodes. Aussi n'en avons-nous pu recueillir que des notions très-imparfaites. En moins d'un siècle et demi , les astronomes modernes ont fait sur les comètes plus d'observations que n'en avait pu fournir toute l'antiquité. La science sur cet objet est cependant encore toute nouvelle. Le retour de la comète de 1682 (I) en 1759, suivant les prédictions de Halley et de Cassini , et les savans calculs de MM. Clairaut et de La Lande, a bien fait connaître que sa révolution autour du soleil était de soixante-quinze ans et demi , à quelques inégalités près, occasionées par l'action que Jupiter et Saturne exercent sur elle, puisqu'elle avait déjà été observée en 1 607 , 1 552 , -1 456. On a aussi des observations exactes sur plus de soixante comètes ; mais , s'il est vrai , comme le conjecture M. de La Lande, qu'il y en ait plus de Irois cents dans notre système solaire, combien de temps ne faut-il pas encore pour que l'on ait élé à porlée d'en déterminer le nombre, d'en calculer la masse, la distance et l'orbite, d'en démêler le mouvement et les nœuds , et d'établir la durée invariable de leurs révolutions !

Celle de 1680 , que M. Jacques Bernoulli avait cru devoir reparaître en 1719, a trompé les calculs de cet habile géomètre. Peut-être en faudra-t-il revenir à l'opinion de M. Halley, qui lui donne une période de cinq cent soixante-quinze ans, et la fait remonter par une suite de révolutions régulières, dont les quatre dernières sont déjà connues, jusqu'à l'année précise du déluge universel. C'est dans l'année 2255 que l'on pourra s'assurer si tel est en effet le temps de sa période. D'après les observations faites sur sa

(T La même qui doit réparai ire en t835. ' tioU des Éditeurs. )

forme, sa grandeur et sa roule, par tous les savans de l'Europe , à son dernier passage , il ne sera pas difficile de la distinguer de toute autre, s'il en paraissait dans la même année, surtout si les observations diverses que l'on aura occasion de faire dans l'intervalle ont fait prendre a l'asr tronomie, sur la théorie des comètes, le degré d'avancement que l'on doit naturellement espérer.

La comète de 1680, dans un point de son passage , s'approcha de si près d'une partie de l'orbite de la terre, que si la terre se fût trouvée alors dans cette partie, sa dislance de la comète n'eût pas été plus grande que la distance où elle est de la lune, et qu'elle aurait vraisemblablement souffert de ce voisinage. Celle de 1769, arrivée un mois plus tard, aurait produit un bouleversement terrible dans les eaux de la mer. Huit autres comètes passent dans leurs orbites assez près de notre globe pour lui faire craindre le même sort. Quelle idée ne devons-nous pas prendre, à cet aspect, de la sagesse qui règne dans l'ordre sublime de l'univers! Le moindre dérangement produit dans la combinaison des attractions mutuelles du soleil et des corps dont il est le centre , un seul de ces corps arrêté pour un instant dans son cours , suffirait pour replonger tout notre monde dans le chaos, et entraîner peut-être laruinedes mondes innombrables qui nous environnent. Cependant cet équilibre admirable se soutient depuis des milliers d'années , et chaque instant de sa durée semble ajouter à sa solidité, en nous montrant une Providence éternelle qui veille sans cesse à l'entretenir. Cherchons a lire sur le front des étoiles , des caractères bien plus frappans encore de sa magnificence et de sa grandeur,

A LA CONNAISSANCE DK LA NATURE

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