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LES ÉTOILES FIXES

Les étoiles fixes sont ces astres étincelans et lumineux qui, dans la sérénité d'une belle nuit, nous paraissent répandus de tous côtés dans les régions sans bornes de l'espace céleste. On les appelle fixes , parce qu'on a remarqué qu'elles gardaient toujours entre elles la même distance, depuis l'origine des siècles, sans avoir aucun des mouvemens observés dans les planètes. Elles doivent être placées à un éloignement bien prodigieux , puisque non-seulement Saturne, dont la distance est de près de trois cent vingt-huit millions de lieues, les éclipse, mais encore que le télescope , qui grossit deux cents fois le disque apparent de Saturne, en produisant le même effet sur les étoiles , ne nous les représente cependant que comme un point presque insensible, parce qu'il les dcpouilîe en même temps de ce rayonnement et de cette scintillation sans lesquels elles seraient invisibles à nos regards ; en sorte que l'on soupçonne la distance de Sirius, la plus brillante des étoiles fixes , et à qui l'on donne un diamètre de trente-trois millions de lieues, capable, s'il était entre la terre et le soleil, de remplir l'intervalle qui les sépare, et de les toucher presque l'un et l autre par ses points opposés, d'être quatre cent mille fois plus grande que celle de la terre au soleil (1).

(1) Telle est aussi l'opinion de M. Euler. Quelque prodigieuse, dit-il, que nous paraisse la dislance du soleil, dont les rayons nous parviennent cependant en huit minutes, l'étoile fixe la plus près de nous en est pourtant plus de quatre cent mille fois plus éloigrée que le soleil. Un rayon de lumière qui part de cette étoile emploiera donc un temps de quatre cent mille fois huit minutes à parvenir jusqu'à nous; ce qui fait cinquante-trois mille trois cent lrente-:rois heures, ou deux mille deux cent vingt-deux jours, à peu près six ans. Il y a donc six ans que les rayons de l'étoile fixe, même la plus hri laoïe, et prnhahlement la plus proche, qui éhlren!

Une autre preuve de Téloignement incompréhensible des étoiles fixes, c'est que, quoiqu'en un temps de l'année la terre , dans un point de son orbite, soit d'environ soixante- six millions de lieues plus près de certaines étoiles fixes que dans le point opposé ; cependant, malgré ce rapprochement considérable, la grandeur ou la position de ces étoiles n'en est pas variée ; de manière que cette immense orbite n'est qu'un point dans la mesure de la distance , et que nous pouvons toujours nous supposer dans le même centre des deux, puisque nous avons toujours le même aspect sensible des étoiles, sans aucune altération.

Si un homme pouvait se placer aussi près de quelque étoile fixe que nous le sommes du soleil, il verrait sans doute celte étoile de la même grandeur , et sous la même forme que le soleil parait â nos yeux ; et le soleil , à son tour , ne lui paraîtrait pas plus grand que nous ne voyons actuellement cette étoile ; et en comptant de la les étoiles fixes les plus reculées, il . ferait entrer notre soleil dans leur nombre , sans être désormais capable de le distinguer.

11 est évident par là que toutes les étoiles fixes sont autant de soleils qui brillent * par leur lumière propre et naturelle. Des corps qui ne feraient que nous réfléchir une lumière empruntée n'auraient, à une distance si prodigieuse, ni scintillation, ni rayonnement, puisque la lune, qui n'est éloignée de nous que d'environ quatre-vingt-six mille lieues, n'en a point ; et il nous serait impossible de les apercevoir, puisque les satellites de Jupiter et de Saturne sont invisibles a la simple vue.

Nous n'avons aucune raison de supposer, dit le célèbre d'Alembert, que les étoiles soient dans une même surface sphé-

dans nos yeux pour y représenter cette étoile, en sont partis, et ils ont employé un temps si long pour parvenir jusqu'à nous.

INTKODUCTlOiN FAMIMKKK

rique du ciel ; car sans cela elles seraient loutes a la même distance du soleil et différemment distantes entre elles, comme elles nous le paraissent. Or , pourquoi cette régularité d'une part et cette irrégularité de l'autre? 11 me paraît en effet plus raisonnable de penser qu'elles sont répandues de toutes parts dans l'espace illimité du grand univers, et qu'il peut y avoir un aussi grand intervalle entre elles dans la profondeur reculée des deux, qu'entre notre soleil et une étoile fixe. Si elles nous paraissent de différentes grandeurs, ce n'est peut-être pas qu'elles soient ainsi réellement ; c'est qu'elles sont a des distances inégales de nous : celles qui sont plus proches, surpassent en éclat et en grandeur apparente celles qui sont plus éloignées, dont la lumière par conséquent doit être moins vive , et qui doivent paraître plus petites à nos regards.

Les astronomes distribuent les étoiles en différentes classes. Celles qui nous paraissent les plus grandes et les plus brillantes sont appelées étoiles de la première grandeur. Celles qui en approchent le plus pour l'éclat et la masse, sont appelées étoiles de la seconde grandeur , et ainsi de suite jusqu'à ce que nous arrivions aux étoiles de la sixième grandeur, qui sont les plus petites qu'on puisse observer à la simple vue.

Il y a un grand nombre d'étoiles qu'on découvre à l'aide du télescope ; mais elles ne sont point rangées dans l'ordre des six classes, et on les appelle seulement étoiles télescopiques. On n'y a pas fait entrer non plus celles qui ne sont distinguées qu'avec peine, et qui paraissent sous la forme de petits nuages brillans. On les appelle étoiles nébuleuses. On croit que ce sont des amas de petites étoiles fort éloignées.

Il faut observer que, quoique l'on ait compris dans l'une des six classes toutes les étoiles qui sont visibles a l'œil , il ne s'ensuit pas que toutes les étoiles répon-

dent réellement à l'une ou a l'autre de ces classes. 11 peut y avoir autant de classes d'étoiles que d'étoiles même , peu d'entre elles paraissant être de la même grandeur et du même éclat.

Les anciens astronomes . afin de pouvoir distinguer les étoiles par rapport à leur posilion respective , ont divisé tout le firmament en constellations ou assemblages d'étoiles , composés de celles qui sont près l'une de l'autre. On les rapporte à la forme de quelques animaux , tels que des lions, des serpens, des ours, ou à l'image de quelques objets familiers , comme une couronne, une harpe, un triangle, et on leur en donne le nom, quoiqu'elles ne représentent nullement ces figures.

Les anciens avaient arrangé ces constellations dans les cieux , soit pour se retracer le cours des travaux de l'agriculture, soit pour conserver le souvenir d'un événement mémorable , soit pour éterniser le nom de leurs héros, soit enfin pour consacrer les fables de leur religion. Les astronomes modernes leur ont continué les mêmes noms et les mêmes formes, pour éviter !a confusion où l'on tomberait en leur en donnant de nouveaux, lorsqu'il s'agirait de comparer les observations modernes avec les anciennes. Je vous ferai connaître dans un autre temps ces vieilles constellations et celles qu'on leur a ajoutées de nos jours. Elles ne feraient maintenant que surcharger votre mémoire et y jeter de l'embarras.

Quelques-unes des principales étoiles ont des noms particuliers , comme Sirius, Arcturus, Aldébaran, etc. Il y en a aussi d'autres qu'on n'a pas fait entrer dans les constellations, et qu'on appelle étoiles informes.

Outre les étoiles qu'on aperçoit à la simple vue , il y a un espace très-remarquable dans les cieux , connu sous le nom de voie lactée. C'est cette large bande

A LA CONNAISSANCE DIS LA NATURE

dune couleur blanchâtre qui paraît se I dérouler autour du firmament comme une ceinture : elle est formée d'un nombre i infini de petites étoiles trop éloignées de ! nous pour être vues séparément, mais j dont la lumière réunie fait distinguer cette partie des cieux qu'elles traversent.

Les places des étoiles fixes, leur situation relative et leur nombre, ont occupé de tout temps les observateurs qui en ont dressé des catalogues. Le premier, qui date de cent vingt ans avant Jésus-Christ, est composé de mille vingt-deux étoiles. Ce catalogue a été souvent augmenté et rectifié par d'habiles astronomes, qui ont porté le nombre des étoiles au-delà de trois

mille, en y comprenant celles que le télescope, ignoré des anciens, nous a fait connaître , et que l'on désigne sous le nom d'étoiles de la. septième grandeur.

Les observateurs les plus attentifs peuvent à peine compter quatorze cents étoiles visibles à l'œil. Cependant on serait tenté, dans une belle nuit, de les croire innombrables au premier aspect. C'est une illusion de notre vue qui naît de leur vive scintillation , et de ce que nous les regardons confusément, sans les réduire en aucun ordre. Lorsqu'on les parcourt d'un regard, l'impression des unes subsiste encore au moment où l'on va chercher les autres, et nous les répète. Un bon télés-

(Télescope.)

cope rectifie les erreurs de notre vue. C'est alors que le spectacle des astres devient plus riche et plus vrai. On les voit ,

dans une multitude infinie , se répandre de tous côtés dans l'immense étendue des cieux. Telle étoile qu'on croyait simple et

INTltanUCTION FAM1L1ÙUE

unique , paraît double, el laisse observer entre les deux qui la composent sensiblement, un intervalle que la distance ne permettait pas à nos yeux de voir sans ce secours. On en a observé soixante-dixliuit dans la constellation des Pléiades , où la vue n'est pas capable d'en distinguer plus de six ou sept. Je n'ose vous dire quel nombre un observateur affirme en avoir vu dans celle d'Orion.

Les changemens qui arrivent dans les corps célestes, quelque insensibles qu'ils soient pour nous à cause de la distance infinie qui nous en sépare , doivent causer dans leurs sphères des révolutions prodigieuses. Chaque siècle semble en amener de nouvelles. 11 est des étoiles dont la lumière, après s'être affaiblie par degrés, s'éteint presque absolument pour briller ensuite d'un plus vif éclat; d'autres qui s'évanouissent pendant quelques mois, et reparaissent avec une augmentation ou diminution sensible de grandeur. Un géomètre et un astronome célèbres ( messieurs d'Alembert et de La Lande) ont formé là-dessus des conjectures très-ingénieuses pour en appuyer l'opinion générale des philosophes sur l'existence de quelques planètes autour de ces astres , et attribuer ces changemens à leur action. Je vous les ferai connaître un jour, ainsi que l'opinion de M. de Maupertuis à ce sujet.

On voit plus d'étoiles du côté du nord que du midi; mais la partie méridionale a plus d'étoiles distinguées par leur grandeur et par leur éclat; ce qui rétablit l'équilibre des cieux.

Vous avez peut-être observé vousmêmes que les étoiles paraissent moins grandes et moins nombreuses dans les nuits d'été que dans les nuits d'hiver; c'est que pendant l'hiver le soleil étant enfoncé plus avant sous l'horizon, l'éclat des étoiles est moins affaibli parles reflets de si lumière, clique l'air épuré par la

gelée intercepte moins de leurs rayons, et laisse parvenir jusqu'à notre œil ceux qui nous viennent des astres les plus éloignés.

Les personnes qui pensent que tous ces corps resplendissans n'ont été créés que pour nous donner une tremblante lueur, dérobée souvent à nos yeux par les moindres nuages , doivent concevoir une idée bien peu relevée de la sagesse divine ; car nous recevons plus de lumière de la lune seule , que de toutes les étoiles ensemble. Osons nous former une image plus vaste de la divinité. Puisque les planètes sont sujettes aux mêmes lois de mouvement que notre terre, et que quelques-unes, non-seulement l'égalent, mais la surpassent même de beaucoup en étendue , n'estil pas raisonnable de penser qu'elles sont toutes des mondes habitables? D'un autre côté, puisque les étoiles fixes ne le cèdent ni en grandeur ni en éclat à notre soleil , n'est-il pas probable que chacune a un système de terres planétaires qui tournent autour d'elle, comme nous tournons autour de l'astre qui nous donne le jour, et que leur seul éloignement dérobe à nos regards ?

Mais n'allons pas d'abord porter si loin notre vue. Laissons aux astronomes le soin de perfectionner leurs instrumens, et d'agrandir leurs recherches pour trouver de nouveaux mondes dans les cieux : renfermons-nous dans le nôtre, entre ces corps soumis comme nous à l'empire du soleil , et dont l'observation peut être d'une si grande utilité pour le progrès de nos lumières, appliquées au globe même que nous habitons. Les étoiles, à qui les hommes ont dû le premier partage du temps pour les travaux de l'agriculture, et qui ont été durant tant de siècles leurs guides fidèles dans leurs entreprises et leurs voyages , indépendamment des secours multipliés qu'elles nous offrent encore aujourd'hui , mériteraient d'intéres-

A LA CONNAISSANCE DE LA NATURE

ser vivement notre curiosité par la seule magnificence du spectacle qu'elles nous étalent. Leur nombre, leur position et leur marche , leur destination et leur nature, deviendront aussi, à leur tour, l'objet de nos considérations.

Tels sont les objets dont nous vous entretiendrons dans le Système du Monde.

Nous commencerons d abord par la terre, soit parce que sa connaissance est la plus importante pour nous, soit parce qu'elle peut nous conduire plus aisément a celle des autres globes qui composent avec elle notre système, Nous nous élèverons successivement vers toutes les parties des cieux, pour en redescendre sur notre séjour toutes les fois que son intérêt se trouvera lié par quelque rapport avec leur étude. Ne serez-vous pas cbarmés de connaître plus particulièrement ces corps glorieux dont l'éclat avait si souvent frappé vos regards et charmé vaguement vos pensées, d'ajouter de si hautes

lumières à celles qu'une éducation distinguée vous donne pour élever votre esprit et vos sentimens, et de vous préserver des idées absurdes et superstitieuses où vous plongerait une stupide ignorance?

Et quelle autre science serait plus digne de vous occuper? Que sont les troubles et le choc passager des royaumes de la terre , en comparaison de cet accord éternel et sublime qui règne entre les immenses états de la république céleste? Que sont les conquêtes de l'homme sur ce globe de boue, auprès de celles qui l'ont fait entrer en société avec le soleil? Qu'il est beau de voir l'homme atteindre de son génie jusqu'à ces corps reculés que le soleil atteint à peine de sa lumière ! Quelle nouveauté dans les objets pour captiver voire imagination! quelle grandeur pour la remplir! et en même temps quelle simplicité de lois dans ces vastes mouvemens, pour se mesurer aux premiers efforts de votre intelligence!

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