SAM)F(MI) ET MKIITON
la caverne pour la partager avec son ami.
Xndroclès, pendant quelque temps.
ne s'éloigna guère de la caverne, vivant tranquille dans cet état d'hospitalité sau- \ âge. Mais un jour qu'il errait inconsidérément dans le désert, il trouva une troupe de soldats envoyés a sa poursuite. Il fut pris et traîné vers son maître. Les fois de ce pays étaient fort sévères contre les esclaves fugitifs. On le jugea coupable d'avoir osé s'échapper de sa chaîne ; et , en punition de ce crime prétendu , il fut condamné a être mis en pièces par un lion furieux qu'on venait de prendre, et qu'on devait garder plusieurs jours sans nourriture, pour accroître sa rage, par le tourment de la faim.
Lorsque le jour marqué pour sou sup-
plice fut arrivé, on le conduisit tout nu dans une arène spacieuse, fermée de tous côtés par des barrières .Une foule immense de peuple accourut de tous côtés pour assouvir ses regards de cet horrible spec tacle. Déjà l'on entendait d'affreux rugissemens. Une porte s'ouvrit; et l'on vit s'élancer un lion monstrueux qui courut en avant, la crinière hérissée, les yeux enflammés, et la gueule béante comme un sépulcre ouvert. L'air fut soudain rempli de mille cris perçans auxquels succéda un silence profond. Tous les yeux étaient tournés sur la victime, dont on déplorait la destinée. Mais la pitié de la multitude fut bientôt changée en surprise, lorsqu'on vit l'animal féroce, au lien de s'acharner sur sa proie, s'étendre d'un
air soumis à ses pieds , jouer avec elle comme un chien fidèle avec son maître , ou plutôt la caresser , comme une mère, qui , après de vaines recherches, retrouve son fils qu'elle a perdu. Le gouverneur delà ville, qui était présent, fit appeler h haute voix Androclès, et lui ordonna d'expliquer comment une bête sauvage, de la nature la plus féroce, avait en un moment oublié sa rage, pour se changer en un animal doux et caressant. Androclès
raconta à l'assemblée jusqu'aux moindres détails de son aventure. Il n'y eut personne qui ne fût étonné de ce récit , et enchanté de voir que les animaux les plus furieux sont capables d'être adoucis par le sentiment de la reconnaissance. Toutes les voix se réunirent pour implorer du gouverneur le pardon du malheureux esclave. Sa grâce lui fut sur-le-champ accordée; et on lui fit présent du lion qui avait deux fois épargné sa vie.
SANDFORD ET MEKTON.
01) , s'écria Tommy , voilà uue bien belle histoire! Mais je n'aurais jamais cru que les lions pussent devenir si traitables. Je croyais qu'ils étaient comme les loups et les tigres qui mettent en pièces tout ce qu'ils rencontrent.
Lorsqu'ils sont affamés, dit M. Barlow, ils tuent tous les animaux qu'ils peuvent atteindre; mais c'est pour s'en nourrir, car ils sont destinés à vivre de chair ainsi que les chiens et les chats , et plu- j sieurs autres espèces d'animaux. Mais dès que leur faim est assouvie, rarement i font-ils une boucherie inutile. C'est en i cela qu'ils sont moins cruels que bien des hommes , et même que certains enfans , qui tourmentent les animaux sans aucun sujet.
henri. — Je pense tout-à-fait comme vous , monsieur ; et je me souviens que , me promenant, il y a quelques jours, sur le grand chemin, je vis un petit garçon qui traitait son âne avec biende la cruauté. Le pauvre animal était si boiteux , qu'il se traînait à peine; et son conducteur le frappait de toutes ses forces avec un grand bâton , pour le faire aller plus vite qu'il ne pouvait.
m. barlow. — Est-ce que vous ne lui en dîtes rien?
hbnri. — Pardonnez-moi , monsieur, jelui représentai combien c'était méchant. Je lui demandai s'il aimerait à être traité de cette manière par quelqu'un qui serait plus fort que lui?
m. barlow. — Et quelle réponse vous flt-il, Henri?
henri. — Il me répondit que c'était l'âne de son père, qu'ainsi il avait droit de le battre, sans que personne y trouvât à redire , et que s'il m'échappait un mot de plus, il me battrait aussi.
m. barlow. — Ha, ha ! cela me paraît violent.
he.nrf. — Je lui répliquai que, quoique ce lût l'âne de son père , ce n'en était pas
moins une grande méchanceté de le traiter si durement; que, pour ce qui était de me battre, s'il s'avisait de m'attaquer, je saurais bien me défendre; et que je ne le craignais pas, quoiqu'il fût beaucoup plus grand que moi.
m. barlow. — Est-ce qu'il eut l'audace de vous frapper?
henri. — Vraiment, oui, monsieur:
il vint avec son grand bâton pour m'en donner sur la tête; mais j'esquivai si bien, que je le parai de mon épaule. Il voulut y revenir. Je ne lui en donnai pas le temps. Je m'élançai sur lui, et le renversai par terre. Alors il se mit à pleurer , et me supplia de ne pas lui faire de mal.
m. barlow. — H est assez ordinaire de voir les plus méchans montrer le plus de poltronnerie. Et que fites-vous ensuite?
henri. — Je lui dis que ce n'était pas mon dessein de le gourmer ; mais que, puisqu'il m'avait attaqué sans raison , je ne lui permettrais pas de se relever, qu'il ne m'eût promis de ne plus battre la pauvre bête, qui reprenait haleine pendant notre combat. 11 m'en donna sa parole; et je le laissai aller à ses affaires.
m. barlow — J'approuve extrêmement votre conduite. Je suppose que le petit coquin, en se relevant, avait l'air tout aussi confus que Tommy devait l'avoir l'autre jour, lorsque le petit garçon qu'il voulait battre, l'aida à sortir du fossé.
tommy. — Mais , monsieur , je ne lui cherchais pas querelle. Je ne l'aurais seulement pas menacé , s'il n'eût refusé de me renvoyer ma balle.
m. barlow. — Et quel droit aviez vous de l'y contraindre?
tommy. — C'est qu'il était tout en guenilles, et que moi j'étais bien habillé.
m. barlow. — Voilà ce qui s'appelle d'excellentes raisons. Ainsi donc, si vos habits venaient à tomber en guenilles, tout homme bien habillé aurait le droit de vous donner ses ordres?
SA.MJL'OUf) KT MERTON
Tommy senlit a merveille qu'il venait de lui échapper une sottise; et il tâcha de la réparer, en disant:
Mais il ne lui en coûtait rien de le faire, puisqu'il était du même côté que la balle.
m. barlow. — Et c'est aussi ce qu'il aurait fait, selon toutes les apparences, si vous l'en aviez prié civilement. Mais les gens qui parlent toujours d'un air impérieux , trouvent peu de personnes disposées a les servir. Au reste, comme le petit garçon était dans une parure si délabrée, je suppose que vous lui offrîtes de l'argent pour l'engager à vous rendre service.
tommy. — Non3 vraiment, monsieur.
m. barlow. — Ah ! j'entends. C'est que vous n'aviez pas d'argent dans votre bourse.
tommy. — Je vous demande pardon.
J'avais tout celui que j'ai encore. (Montrant quelques pièces d'argent.)
m. barlow. — C'est donc que vous pensiez qu'il était en fonds aussi bien que vous-même ?
tommy. — Comment aurais-je pu le penser? 11 n'avait point d'habit sur son corps, ni de bas à ses jambes. Sa veste et sa culotte étaient tout en lambeaux, et ses souliers rapetassés ?
m. barlow. — Je vois clair maintenant ce que c'est qu'un vrai gentilhomme. C'est celui qui , pourvu abondamment de toutes choses, les garde pour lui seul, menace les pauvres gens de les battre, s'ils ne le servent pour rien . ; et, lorsqu'il se trouve réduit , malgré sa fierté , à leur devoir des services essentiels , n'en ressent point de reconnaissance, et ne leur fait aucun bien en retour. Je parierais que le lion d'Androclès n'était pas gentilhomme.
Tommy fut si vivement affecté de ce reproche , qu'il eut peine à retenir ses larmes. Comme il était d'un caractère naturellement généreux, il résolut dans
son cœur de faire quelques présens au petit garçon , la première fois qu'il aurait le plaisir de le rencontrer. En se promenant l'après-midi du même jour, il le vit a quelque distance qui cueillait des mûres sauvages sur les buissons. Il courut à lui, et, le regardant avec bonté, il lui dit :
Je voudrais bien savoir^ mon petit ami , pourquoi tu es si mal vêtu? Est-ce que tu n'aurais pas d'autres habits?
le petit garçon. — Non , en vérité , monsieur. J'ai sept frères et sœurs , et ils ne sont pas mieux habillés que moi. Mais ce serait la moindre de nos peines, si nous avions toujours de quoi manger.
tommf. — Et pourquoi en manquezvous?
le petit garçon. — C'est que mon père est malade de la fièvre, et qu'il ne pourra travailler de toute la moisson. Ma mère dit que nous ne pouvons pas manquer de mourir de faim , si le bon Dieu ne vient à notre secours.
Tommy ne prit pas le temps de lui répondre, et courut de toutes ses forces vers la maison , d'où il repartit aussitôt, chargé d'un gros morceau de pain, et d'un paquet de ses propres habits. Tiens, ditil, mon petit ami, tu m'as rendu service, voilà du pain. Je te donne aussi ces habits, parce que je suis gentilhomme, et que j'en ai beaucoup d'autres encore.
Rien ne peut égaler la joie qui éclata dans les yeux du petit garçon en recevant ce cadeau , si ce n'est le plaisir que Tommy ressentit en goûtant, pour la première fois , la douceur de satisfaire les mouvemens de la reconnaissance et de la générosité. Sans attendre la fin des remercîmens qu'on lui prodiguait, il s'en retourna tout joyeux ; et , ayant rencontré M. Barlow, il lui raconta d'un air transporté ce qu'il venait de faire. M. Barlow lui répondit froidement : Avant dedonner vos habits au petit garçon , il me semble que vous auriez dû savoir si vos parens
SANDI-ORD Et MKliTOX.
voudraient vous le permettre. Quant à mon paiu, quel droit aviez-vous de le donner sans mon consentement?
tommy. — C'est que le petit garçon m'a dit qu'il avait faim , et que ses frères et sœurs n'avaient pas plus à manger que lui. Vous saurez que leur père est malade , absolument hors d'état de travailler.
m. barlow. — C'était une raison assez touchante pour vous engagera donner ce qui vous appartient ; mais non ce qui appartient a un autre. Que diriez-vous si Henri , pour faire une bonne œuvre, s'avisait de disposer de vos effets, sans votre permission ?
tommy. — Je n'aimerais point cela du tout ; et je comprends que j'ai fait encore une sottise.
m. barlow. — Je suis charmé de voir que vous le sentez. Voici une petite histoire que vous ne ferez pas mal de lire à ce sujet.