‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 10 sur 62 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

Ainsi, quand tourmentés d'une impuissante rage Les soldais de Bedford, grossis par leurs succès,

Menaçaient d'un prochain naufrage

Le royaume et le nom français ; Une femme, arrêtant ces bandes formidables, Se montra dans nos champs de leur foule inondés; Et ce torrent vainqueur expira dans les sables Que naguère il couvrait de ses flots débordés.

Une femme paraît, une vierge, un héros; Elle arrache son maître aux langueurs du repos. La France qui gémit se réveille avec peine, Voit son trône abattu, voit ses champs dévastés.

Se lève en secouant sa chaîne, El rassemble à ce bruit ses enfants irrités.

Qui t'inspira, jeune et faible bergère.

D'abandonner la houlette légère Et les tissus commencés par ta main ?

Ta sainte ardeur n'a pas été trompée ; Mais quel pouvoir brise sous ton épée Les cimiers d'or et les casques d'airain?

L'aube du jour voit briller ton armure, L'acier pesant couvre ta chevelure, Et des combats tu cours braver le sort.

Qui t'inspira de quitter ton vieux père, De préférer aux baisers de ta mère L'horreur des camps, le carnage et la mort?

C'est Dieu qui l'a voulu, c'est le Dieu des armées Qui regarde en pitié les pleurs des malheureux ; C'est lui qui délivra nos tribus opprimées Sous le poids d'un joug rigoureux ; C'est lui, c'est l'Éternel, c'est le Dieu des armées !

L'ange exterminateur bénit ton étendard; Il mit dans tes accents un son mâle et terrible, La force dans ton bras, la mort dans ton regard,

Et dit à la brebis paisible :

Va déchirer le léopard.

Richemont, La Hire, Xainlrailles, Dunois, et vous, preux chevaliers.

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