LA VIE
Suivez ses pas dans les batailles»
Couvrez-la de vos boucliers ; Couvrez-la de votre vaillance ; Soldats, c*est l'espoir de la France Que votre roi vous a commis.
Marchez quand sa voix vous appelle.
Car la victoire est avec elle ; La fuite, avec ses ennemis.
Apprenez d'une femme à forcer des murailles, A gravir leurs débris sous des feux dévorants, A terrasser l'Anglais, à porter dans ses rangs Un bras fécond en funérailles !
Honneur à ses hauts faits ! guerriers, honneur à vous ! Chante, heureuse Orléans, les vengeurs de la France,
Chante ta délivrance : Les assaillants nombreux sont tombés sous leurs coups. Que sont-ils devenus ces conquérants sauvages Devant le fer vainqueur qui combattait pour nous?...
Ce que deviennent des nuages D'insectes dévorants dans les airs rassemblés.
Quand un noir tourbillon élancé des montagnes Disperse en tournoyant ces bataillons ailés,
Et fait pleuvoir sur nos campagnes
Leurs cadavres amoncelés.
Aux yeux d'un ennemi superbe
Le lis a repris ses couleurs ;
Ses longs rameaux courbés sous l'herbe
Se relèvent couverts de fleurs.
Jeanne au front de son maître a posé la couronne. A l'attrait des plaisirs qui retiennent ses pas
La noble fille l'abandonne :
Délices de la cour, vous n'enchaînerez pas
L'ardeur d'une vertu si pure ;
Des armes, voilà sa parure,
Et ses plaisirs sont les combats.
Ainsi tout prospérait à son jeune courage.
Dieu conduisit deux ans ce merveilleux ouvrage.
II se plut à récompenser Pour la France et ses rois son amour idolâtre. Deux ans il la soutint sur ce brillant théâtre.
Pour apprendre âux Anglais qu'il voulait abaisser. Que la France jamais ne périt tout entière, Que son dernier vengeur fût-il dans la poussière. Les femmes, au besoin, pourraient les en chasser.
Silence au camp! la vierge est prisonnière; Par un injuste arrêt Bedford croit la flétrir : Jeune encore, elle touche à son heure dernière... » Silence au camp ! la vierge va périr.
Des pontifes divins, vendus à la puissance, Sous les subtilités des dogmes ténébreux
J^ Ont accablé son innocence.
Les Anglais commandaient ce sacrifice affreux : Un prêtre en cheveux blancs ordonna le supplice; Et c'est au nom d'un Dieu par lui calomnié, D'un Dieu de vérité, d'amour et de justice, Qu'un prêtre fut perfide, injuste et sans pitié.
Dieu, quand ton jour viendra, quel sera le partage
Des pontifes persécuteurs?
Oseront-ils prétendre au céleste héritage
De l'innocent dont ils ont bu les pleurs?
Ils seront rejetés, ces pieux imposteurs.
Qui font servir ton nom de complice à leur rage Et t'offrent pour encens la vapeur du carnage.
A qui réserve-t-on ces apprêts meurtriers?
Pour qui ces torches qu'on excite ?
L'airain sacré tremble et s'agite...
D'où vient ce bruit lugubre? Où courent ces guerriers Dont la foule à longs flots roule et se précipite?
La joie éclate sur leurs traits.
Sans doute l'honneur les enflamme ; Ils vont pour un assaut former leurs rangs épais? Non, ces guerriers sont des Anglais Qui vont voir mourir une femme.
Qu'ils sont nobles dans leur courroux ! ' l^
Qu'il est beau d'insulter un bras chargé d'entraves! La voyant sans défense, ils s'écriaient, ces braves :
« Qu'elle meure ! elle a contre nous « Des esprits infernaux suscité la magie. »
Lâches! que lui reprochez-vous?
D'un courage inspiré la brûlante énergie.
L'amour du nom français, le mépris du danger.
Voilà sa magie et ses charmes ;
En faut-il d'autres que des armes»
Pour combattre, pour vaincre et punir Tétranger?
Du Christ avec ardeur Jeanne baisait l'image ; Ses longs cheveux épars flottaient au gré des vents : Au pied de l'échafaud, sans changer de visage» Elle s'avançait à pas lents.
Tranquille, elle y monta; quand, debout sur le faite. Elle vit ce bûcher qui Tallait dévorer, Les bourreaux en suspens, la flamme déjà prête ; Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête. Et se prit à pleurer.
Ah ! pleure, fille infortunée !
Ta jeunesse va se flétrir, Dans sa fleur trop tôt moissonnée!
Adieu, beau ciel, il faut mourir.
Ainsi qu'une source affaiblie, Près du lieu même où naît son cours.
Meurt en prodiguant ses secours Au berger qui passe et Toublie ;
Ainsi, dans Tige des amours,
Finit ta chaste destinée,
Et tu péris abandonnée
Par ceux dont tu sauvas les jours.
Tu ne reverras plus tes riantes montagnes,
Le temple, le hameau, les champs de Yaucouleurs,
Et ta chaumière et tes compagnes, Et ton père expirant sous le poids des douleurs.
Cheyaliers, parmi vous qui combattra pour elle? N*osez-yous entreprendre une cause si belle ? Quoi ! vous restez muets 1 aucun ne sort des rangs ! Aucun pour la sauver ne descend dans la lice ! ,.^ -u^vc
Puisqu'un forfait si noir les trouve indifférents.
Tonnez, confondez Tinjustice ; >»^^'^^^^^
Cieux, obscurcissez-vous de nuages épais ; Eteignez sous leurs flots les feux du sacrifice.
Ou guidez au liett du supplice, A défaut de tonnerre, un chevalier français.
Après quelques instants d*un horrible silence, Tout à coup le feu brille, il s'irrite, il s*élance... Le cœur de la guerrière alors s'est ranimé :
A travers les vapeurs d'une fumée ardente,
Jeanne, encor menaçante, Montre aux Anglais son bras à demi consumé.
Pourquoi reculer d'épouvaute, \nglais? son bras est désarmé.
La flamme Tenvironne, et sa voix expirante Murmure encore : « France ! ô mon roi bien-aimé ! » Que faisait-il ce roi ? Plongé dans la mollesse, >
Tandis que le malheur réclamait son appui, '^ \ LMngrat» il oubliait, aux pieds d'une maîtresse, La vierge qui mourait pour lui !
Ah ! qu'une page si funesle
De ce règne victorieux,
Pour n'en pas obscurcir le reste. S'efface sous les pleurs qui tombent de nos yeux ! Qu'un monument s'élève aux lieux de ta naissance, toi, qui des vainqueurs renversas les projets ! La France y portera son deuil et ses regrets.
Sa tardive reconnaissance ; Elle y viendra gémir sous de jeunes cyprès :
Puissent croître avec eux ta gloire et sa puissance !
Que sur l'airain funèbre on grave des combats. Des étendards anglais fuyant devant tes pas.
Dieu vengeant par tes mains la plus juste des causés. Venez, jeunes beautés ; venez, braves soldats ; Semez sur son tombeau les lauriers et les roses ! Qu'un jour le voyageur, en parcourant ces bois. Cueille un rameau sacré, l'y dépose et s'écrie : ^ A celle qui sauva le trône et la patrie, « Et n'obtint qu'un tombeau pour prix de ses exploits! »
Notre armée au cercueil eut mon premier hommage ;
Mon luth chante aujourd'hui les vertus d'un autre âge : ^'i^'(^
Ai-je trop présumé de ses faibles accents?
Pour célébrer tant de vaillance, Sans doute il n'a rendu que des sons impuissants ; Mais, poète et Français, j'aime à vanter la France. Qu'elle accepte en tribut de périssables fleurs. Malheureux de ses maux et fier de ses victoires, Je dépose à ses pieds ma joie ou mes douleurs :
J'ai des chants pour toutes ses gloires.
Des larmes pour tous ses malheurs.