CHŒUR
Des fleurs? vierges, semez des fleurs !
Hector dans le tombeau précède son vieux père.
Ilion, Ilion, tu dors, et dans tes murs Pyrrhus veille enflammé d'une cruelle joie ; Tels que des loups errants par des sentiers obscurs. Les Grecs viennent saisir leur proie.
UNE AUTRE
^ Hélas ! demain à son retour Le soleil pour Argos ramènera le jour; Mais il ne luira plus pour Troie.
détestable nuit! ô perfide sommeil! D'où vient qu'autour de moi brille une clarté sombre! Quels affreux hurlements se prolongent dans l'ombre Quel épouvantable réveil !
UNE JEUNE TROYENNE
Sthénélus massacre mon frère.
UNE JEUNE TROYENNE
Âjax poursuit ma sœur dans les bras de ma mère.
UNE AUTRE
Ulysse foule aux pieds mon père.
Nos palais sont détruits» nos temples ravagés; Femmes» enfants, vieillards» sous le fer tout succombe, Par un même trépas dans une même tombe Tous les citoyens sont plongés.
UNE ACTUE.
Adieu» champs où fut Troie ; adieu, terre chérie, Et vous, mânes sacrés des héros et des rois.
Doux sommets de llda, beau ciel de la patrie. Adieu pour la dernière fois !
Un jour, en parcourant la plage solitaire.
Des forets le tigre indompté Souillera de ses pas l'auguste sanctuaire,
Séjour de la divinité.
Le pâtre de Tlda, seul prés d'un vieux portique. Sous les rameaux sanglants du laurier domestique, Où l'ombre de Priam semble gémir encor.
Cherchera des cités l'antique souveraine.
Tandis que le bélier bondira dans la plaine Sur le tombeau d'Hector.
UNE AUTRE
Et nous, tristes débris, battus par les tempêtes, La mer nous jettera sur quelque bord lointain.
i:?iE AU TUE.
Des vainqueurs nous verrons les fêles , Nous dresserons aux Grecs la table du festin. Leurs épouses riront de notre obéissance ; Et dans les coupes d'or où buvaient nos aïeux. Debout, nous verserons aux convives joyeux
Le vin, l'ivresse et l'arrogance.
UNE TUOYENNE.
Chantez celte Ilion proscrite par les dieux ; Chantez, nous diront-ils, misérables captives. Et que l'hymne troyen retentisse en ces lieux. fleuves dllion, nous chantions sur vos rives, Quand des murs de Priam les nombreux citoyens. Enrichis dans la paix, triomphaient dans la guerre;
Mais les hymnes troyens Ne retentiront plus sur la rive étrangère !
UNE AUTRE
Si tu veux entendre nos chants.
Rends-nous, peuple cruel, nos époux et nos pères,
Nos enfants et nos frères !
Fais sortir Ilion de ses débris fumants!
Mais puisque nul effort aujourd'hui ne peut rendre
La splendeur à Pergame en cendre,
La vie aux guerriers Plirygiens,
Sans cesse nous voulons pleurer notre misère,
Et les hymnes Iroyens Ne retentiront pas sur la rive étrangère.
CHOEUR
Adieu, mfines sacrés des héros et des rois !
Adieu, terre chérie !
Doux sommet de rida, beau ciel de la patrie, Vous entendez nos chants pour la dernière fois !
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SiMONIDB.
Les ministres fougueux du tyran d'Éolie Troublaient au loin les airs de leurs longs sifflements» Et des rochers émus jusqu'en leurs fondements Amphitrite insultait la cime ensevelie
Sous ses monts écumants.
Un torrent pluvieux s'échappait des nuages»
Et les pâles clartés que vomissaient leurs flancs Sillonnaient les flots turbulents De cet océan sans rivages.
Le front déjà voilé des ombres du trépas, Seule sur un esquif, Danaé gémissante Levait au ciel ses yeux éteints par Tépouvante, Ses yeux... Son jeune fils reposait dans ses bras. Enfin, avec transport sur son cœur elle presse Ce fils, l'unique objet de ses mornes douleurs, Puis de ses froides mains doucement le caresse^ Et lui dit, le couvrant de baisers et de pleurs :
K Si jeune tu ne peux connaître
« Toute l'horreur de notre sort ;
« Pauvre enfant, tu souris peut-être
» Au flot qui t'apporte la mort.
« Phébé, que ton céleste frère « Abaisse ses regards sur moi ;
<c Fils de Latone, souviens-toi « Des infortunes de ta mère.
« Hélas ! rallumant son flambeau, « Que Taurore tarde à paraître ; « Dieux! quelle nuit et quel berceau « Pour un enfant qui vient de naître I
« mon fils ! il n*est plus d'espoir !
« Déjà Tabîme nous dévore :
« Sur mon sein je te presse encore, « Mais je ne dois plus te revoir. »
Cependant Jupiter a tressailli de crainte :
Pâle, il s'est élancé, le courroux dans les yeux :
C'est un père, un amant, c'est le maître des dieux.
Il porte sur son front celte majesté sainte
Qui consterne la terre et fait trembler les cieux.
La foudre à son aspect se tait épouvantée ;
A ses pieds les autans déposent leur fureur,
De la voûte du ciel, qu'elle avait insultée,
La mer précipitée Dans ses gouffres sans fond retombe de terreur. Il parle; Danaé tremble à sa voix chérie, Se courbe sous sa gloire, et frissonne, et s'écrie :
« Grâce, dieu redouté, ne nous consume pas « De l'éclat dévorant dont ta gloire est armée. « Et toi, lève, ô mon fils, ta tête inanimée ; « C'est ton père, tends-lui les bras !
« Il m'exauce, aucun bruit ne frappe mes oreilles ; « La nuit a rallumé ses astres radieux; « Tu souris, tes beaux yeux se ferment, tu sommeilles ; « Dors, mon fils, sur la foi des dieux. »
Elle dit, et l'esquif, sous un ciel sans nuage , Poussé par les zéphyrs, glisse jusqu'au rivage. Danaé sur des fleurs dépose son trésor, Cet enfant qu'à regret les flots semblent lui rendre;
L'écoute respirer, l'entend, Técoute encor.
Ne peut se lasser de l'entendre, Et, le cœur agité d'un doux frémissement.
Sentant son cœur pressé par la bouche vermeille
De l'enfant qui s'éveille, Rend un pieux hommage à son céleste amant.