‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 57 sur 62 · DITHYRAMBE · texte numérisé non relu

DITHYRAMBE

a L'aslre éclatant du jour a lini sa carrière, a La mer vient d'engloutir ce globe radieux, « L'ombre efface déjà les sillons de lumière « Qui marquaient dans le ciel son chemin glorieux.

« Les feux dont la nuit se décore « N'ont rien de comparable aux brillantes clartés a Dont il éblouissait nos regards enchantés.

a Dieux ! ne verrons-nous plus les pompes de l'aurore,

« Ou le soleil doit-il encore a Inviter les humains à ses solennités? »

Ainsi, dans l'ombre immense où se perdait leur voix, Gémissaient les humains, hôtes naissants du monde. Quand le char du soleil pour la première fois

Courut s'ensevelir dans Tonde, Et livra les vallons, les montagnes, les bois,

A l'horreur d'une nuit profonde.

Mais bientôt, des mortels dissipant les douleurs, L'astre consolateur chasse la nuit obscure :

« Reprends, dit-il à la nature, « Reprends ta forme et tes couleurs. « Vallons, couvrez-vous de verdure ; « Que l'émail du printemps renaisse sur les fleurs, « Que de l'or des moissons la terre se couronne, « Qu'un pavillon d'azur s'étende dans les cieux ; (( Et vous, devant mon char que la gloire environne, « Mortels, baissez les yeux ! »

Le soleil, vainqueur des ténèbres.

Aux humains fut ainsi rendu :

Qui peut rendre à nos cris funèbres L'astre que nous avons perdu?

Le flambeau renaissant du monde Peut de sa lumière féconde

L'embellir et le ranimer ;

Nous seuls avons droit de nous plaindre,

Et Tastre qui vient de s'éteindre

\e doit jamais se rallumer.

On a vu des clartés légères Apparaître un moment sur Tabîme des flots :

A peine on distinguait ces lueurs passagères. Et leurs feux expiraient aux yeux des matelots.

Mais toi, qui t'élevas par delà le tonnerre.

Du soleil auguste rival, Comme lui tu brillais en éclairant la terre,

Et tu marchais d'un pas égal !

Vainement un orage, éclatant sur nos tètes.

Voulut de tes rayons obscurcir tous les traits. Fidèle dans sa route, au milieu des tempêtes,

Ton char ne dévia jamais ; Une splendeur divine a marqué son passage, Et l'éternelle nuit fut ton premier nuage.

Tandis que ma douleur s'exhale en vains adieux. D'où vient qu'à mon oreille une douce harmonie

Apporte des accents joyeux; D'où vient que, sans respect pour le deuil du génie, Elle insulte à ces pleurs qui tombent de nos yeux?

Pardonnez, troupe divine.

Qui sur la double colline Formez ces riants concerts; Je vois l'ombre fortunée Que vos mains ont couronnée, Et dont vous chantez les vers.

Vous lui montrez ces demeures Où, charmant le cours des heures Par de folâtres amours, Un peuple tendre et fidèle.

Dans une ivresse éternelle»

Coule mollement ses jours.

Dans les bocages antiques, Dont les rameaux poétiques

Ombragent vos fronts sacrés, Aux accords de Polymnie, Par vos jeux vous entourez Sa vieillesse rajeunie.

11 s'égare avec vous au fond des bois épais,

Glorieux , immortel asile , Où jadis en foulant des gazons toujours frais Vous conduisiez les pas d'Horace et de Virgile.

D'Ilionle héros pieux.

Apprêtant des lauriers pour ce front qu'il révère,

Au-devant du chantre des dieux

S'élance et guide son vieux père.

Par un soupir Didon a trahi ses douleurs , Et l'amour dans ses yeux retrouve encor des pleurs. Orphée, aux doux accents qui charment ses oreilles. Du Virgile français reconnaît le pouvoir; Et le jeune Aristée, accourant pour le voir.

Oublie un instant ses abeilles.

Mais que vois-je! des monts que la neige a couverts.

Des rocs dont je cherche la cime , Un ruisseau qui s'enfuit parmi des saules verts , Des sapins suspendus sur les flots d'un abîme, Des champs chargés d'épis, des forêts, des déserts, Assemblage confus de mille objets divers, Ensemble bizarre et sublime!

Miltou, sur les rochers, sur les bords des torrents, Promène au loin ses yeux errants; Dés qu'il voit cette ombre nouvelle:

vous que les neuf Sœurs ont admis à leur cour, Dit-il, que sous vos doigts ma lyre fraternelle Par des accords plus doux enchante ce séjour!

Des fantômes nombreux la troupe fugitive Se rassemble, l'œil fixe et l'oreille attentive;

Ainsi dans les bois d'alentour Nous voyons se presser les chantres du bocage Quand la sombre tempête ou le soir d'un beau jour Les réunit en foule à l'abri du feuillage.

Le vieillard étonné les ronlemple un inslant : Ses yeux d'un seul rei>ard leur imposenl silence ;

Il prélude, il conimenre , El Mîlton enchanté s'admire en récoulanl.

Écarlez-vous, légers fantômes !

C'est trop le cacher à nos yeux.

Habitants qui peuplez ces fortunés royaumes,

Écartez-vous, héros et demi-dieux !

Et vous, amants chéris des filles de Mémoire, Ses maîtres, ses égaux, les amis de sa gloire,

Mortels divins, écartez-vous !

Laissez-nous contempler cet auguste visage, El souffrez que, témoins d'un douloureux hommage, Ses regards satisfaits s'abaissent jusqu'à nous.

toi, le digne objet des pleurs de la patrie.

Vois un peuple idolâtre entourer ton cercueil ! La mort en te frappant a répandu le deuil Sur la France attendrie.

On répète tes vers, on vaate tes leçons.

Que de ta voix muette on ne peut plus entendre ; Et, fiers de leur fardeau, tes jeunes nourrissons D'un front respectueux se courbent sous ta cendre!

« Au bord d'un limpide ruisseau « Placez ma tombe solitaire :

« Que les arbres voisins rapprochés en berceau ^ Couvrent le tertre funéraire. »

Tu Tas dit : le dieu Pan, touché de tes destins, Élève en soupirant ce monument champêtre; Et tout près il écrit sur Técorce d'un hêtre : Au chantre des Jardins.

L'Imagination, pensive, échevelée.

Te cherche au milieu des tombeaux Tantôt elle gémit, et tantôt consolée »

Elle te voit encor surpassant tes rivaux.

La Pitié sur les fleurs dont la terre est jonchée S'avance, l'œil humide et la tête penchée.

Près du marbre insensible où t'enferme la mort, Sur d'horribles serpents, dont la fureur sommeille,

L'Envie en murmurant s'endort.

Et l'Immortalité s'éveille.

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