ELEGIE
Reviens, ô mon unique amie, Dissipe un noir chagrin qui trouble ma raison : Reviens, quitte un moment cette ville embellie
Par les arts, enfants d*Apollon, Ce palais, ces jardins créés par le génie
De Le Nôtre et de Girardon.
Dans un séjour si fécond en prodiges Tu ne peux entendre ma voix :
Ces lieux, pour t'arrèter, épuisent leurs prestiges : Du travail la nature a reconnu les lois
En fertilisant ces campagnes.
Un fleuve obéissant a franchi des montagnes Pour offrir son tribut au plus fier de nos rois;
Comme dans les jeux du théâtre.
Soigneux de présenter mille aspects différents, Tantôt c'est un torrent que presse un lit d'albâtre; Tantôt, pour réfléchir des traits que j'idolâtre. Il étend le miroir de ses flots transparents; Son onde te poursuit en ruisseaux divisée :
Elle éblouit tes yeux de ses jets éclatants, Étincelle dans l'air, et, tombant en rosée.
Brille sur tes cheveux flottants.
Lebrun a peint sur ces portiques Et les amours des dieux et les horreurs de Mars;
Pour admirer ces lambris magnifiques Il a vu s'arrêter Luxembourg et Yillars.
chefs-d'œuvre divins ! quel nouveau Praxitèle Anima dans ces lieux et le marbre et l'airain?
Des Muses la troupe immortelle Semble servir encor son jeune souverain ; Pour arracher sa main du chêne qui la presse» Sous un monstre en fureur Milon se dresse encor; Pluton, brûlant d'amour, ravit une déesse; Mercure va parler : TAmour a pris Tessorl...
Non, tu ne peux quitter ce palais, ces ombrages; Je dois te pardonner de m*oublier pour eux.
Renaissez autour d'elle; errez dans les bocages, Courtisans, magistrats et poètes fameux :
Reviens sous ces ormeaux antiques,
vénérable Fénelon!
Échos, répétez les cantiques Où Racine a pleuré les malheurs de Sion!
Renserade, Roileau, Sévigné, La Rruyère, Écoutez en riant les contes d'Hamilton; Zéphyrs, semez des fleurs sous les pas de Ninon, Et vous, grands de la cour, applaudissez Molière !
Là, le plus amoureux, le plus beau des mortels, En pompe a célébré ses brillants carrousels;
Mille Dobles beautés entouraient la carrière. Armaient les combattants, couronnaient les vainqueurs ; C'est là que, rayonnant d'une splendeur guerrière, Louis fit triompher les modestes couleurs Et le chiffre de La Valiière.
La Valiière! à ce nom, quel tendre souvenir Dans mon triste cœur se ranime!
De sa fidélité fallait-il la punir?
Le grand cœur de Louis ne fut pas magnanime :
Il brisa sans pitié ce fortuné lien.
Hélas ! elle aimait trop, c'était là tout son crime, Et ce crime est aussi le mien.