‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 59 sur 62 · SUR LA NAISSANCE DU ROI DE ROME · texte numérisé non relu

SUR LA NAISSANCE DU ROI DE ROME

20 mars 181 L

4 Destin, qui m'as promis l'empire de la terre, « Tu disais : Rome, un jour souveraine des rois,

« Les verra, courbés sous ses lois, « Devant elle abaisser leur sceptre tributaire : (c Rome au monde asservi dictera ses arrêts.

« Où sont ces rois captifs, ces tributs, ces hommages, <c Et ce sceptre vainqueur des peuples et des âges?

« Destin, qu'ont produit tes décrets?

« Ida gloire a disparu comme une ombre légère,

, « Autour de moi je vois épars « Les antiques débris du trône des Césars

« Ensevelis dans la poussière.

« Où marchaient mes soldats, où flottait leur bannière,

« Je n*aperçois que des tombeaux ; « Et, déchu pour jamais de sa splendeur première, « Un peuple de vaincus ose fouler la terre « Où dort un peuple de héros. »

Rome ! ne gémis plus sur tes foudres éteintes, Au séjour du Destin ont pénétré tes plaintes. Et, de son antre obscur, aussi vieux que le temps, La voûte prophétique a redit ces accents :

u Que la cité de Mars à ma voix se console ; tt Un nouveau Jupiter, garant de mes décrets»

« Va présider au Capitole ; « monts du Latium» inclinez vos sommets!

« Napoléon va rendre à Tantique Ausonie « Ses lauriers, sa splendeur, son trôné» son génie.

u Rome, tes destins vont changer; La France, sur ses pas, Rappelle à la victoire, « Elle ne peut céder sa gloire, « Mais elle peut la partager.

Pour soutenir le poids du sacré diadème Qui doit à ses grandeurs bientôt t'associer, « Du héros la bonté suprême « Te promet un autre lui-même»

« De ses vertus immortel héritier. »

Mais déjà le ciel te le donne; L'éclair luit, les airs sont troublés, Et dans les temples ébranlés L'airain pieux tremble et résonne»

La foudre a retenti c«nt fois :

(c Quel est celui que le tonnerre « En grondant annonce à la terre?

« G*est le fils du plus grand des rois!

Salut, doux espoir de la France I Gloire au guerrier flls du guerrier!

A peine il vient de naître,... et Piinivers entier A retenti de sa naissance.

Déjà Faigle romaine, au vol audacieux,

Va prendre son essor et planer dans les cieux ;

Ces fils de Romulus, dont vingt siècles de gloire

Protègent les exploits passés.

Tremblent de les voir éclipsés Par cet illustre enfant qu'adopte la victoire :

L'astre de Jule en a pâli.

Et sous le marbre solitaire, De ses restes glacés muet dépositaire. César a tressailli.

Quel auguste appareil ! quels pompeux sacrifices Aux autels de son Dieu, dans les saints édifices,

La France est à genoux 1 Quel immense concours assiège ces portiques ! Ministres du Seigneur, redoublez vos cantiques! temples, agrandissez-vous !

Sous ces voûtes religieuses Où flottent de vingt rois les dépouilles fameuses.

Mobiles monumeDts des exploits d'un héros, Ce peuple ne yient pas, dans sa reconnaissance, Du dieu guerrier, protecteur de la France,

Chanter les triomphes nouveaux.

Un besoin plus touchant que celui de la gloire

A guidé les Français ravis ; Et l'hymne de la paix résonne en ces parvis, Naguère accoutumés aux chants de la victoire.

Le Danube est ému jusqu'au fond de ses eaux,

Et, secouant sa chevelure humide.

Il s'élance joyeux de son palais liquide.

Le front ceint de roseaux.

Mais quelle sublime harmonie

Soudain retentit sur ses bords !

Des vierges de la Germanie

Qui dira les divins accords?

Un dieu lui-même les inspire.

Un dieu leur a prêté sa lyre.

Et la corde sonore a frémi sous leurs doigts. C'est toi que leur voix chante, aimable souveraine,

Toi, dont les jeunes mains ont désarmé la haine Toi, la fille, réponse et la mère des rois.

Tu parus : aussitôt les peuples de la France Entourèrent ton char de leur concert joyeux;

Devant toi marchait Tespérance,

Et ce jour à jamais heureux D'un jour plus doux encor nous donnait l'assurance. Jeune immortelle, il nait de ton sein généreux, Ce fils que ta présence annonçait à TEmpire ; Un doux transport déjà se mêle à tes douleurs. Et, sur ces traits souffrants où la beauté respire. Le souris maternel brille au milieu des pleurs.

Telle, dans sa course légère.

Dissipant un brouillard obscur.

Du jour Faimable messagère Apparaît sur son char d'azur.

A la terre qui se réveille, La déesse, de sa corbeille Prodiguant les trésors divers.

Par ses pleurs et par son sourire

Annonce le dieu dont Tempire Va s'étendre sur Tunivers.

Reçois, royal enfant, les vœux de la patrie : Qu'un laurier paternel ombrage ton berceau !

Que la gloire et les arts, qui charmeront ta vie, Consacrent à jamais le régne le plus beau !

Enfant chéri du ciel, attendu de la terre,

Promis à la postérité, Puisses-tu, sous les yeux de ton auguste père.

Croître pour l'immortalité I

Et vous, peuples heureux qui couvrez ces rivages, vous dont sa naissance a comblé tous les vœux.

Goûtez un bonheur sans nuages Qui doit s'étendre un jour à nos derniers neveux.

Bannissez la crainte importune ; Par un vent favorable en sa course entraîné.

Le vaisseau de l'État, de gloire environné.

Porte César et sa fortune !

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