II NOTICE
était un de ces hommes rares , h Tépreuve de la crainle , de rinlérclou de Tambilion. Aucun danger, aucune séduction n'aurait pu le pousser h un acte qu'il aurait regardé comme blâmable ou lui faire abandonner ce qu'il croyait noble el juste. Beaucoup ont connu sa bonté, mais bien peu ont pu se faire une idée de toute Ténergie de son âme. Honoré de Tamitié du souverain , jamais il ne demanda rien pour luimême*, mais, sans craindre d'être importun, il demanda bien souvent pour les autres, el jamais il n'éprouva un refus. Son cœur était ouvert a tous les senlimcnls tendres ; aimant avec passion le travail et la retraite, les réunions intimes de la famille faisaient tout le charme de sa vie. La critique fut sévère el plus^'une fois injuste envers lui , surtout pendant ses dernières années, il était très-sensible a ses attaques, mais il ne voulait pas y répondre. 11 disait souvent : a Si mon ouvrage est bon, avec le temps il doit » triompher^ s'il ne Tesl pas, la critique a raison, il faut » tâcher de faire mieux. » 11 possédait cependant k un degré Irès-élevé le talent de la satire j mais il refusa toujours d'en faire usage, et c'est une arme dont il ne se servit qu'une seule fois, en badinant, lors(]u'il composa sa comédie des Comédiens. Toujours animé d'une noble émulation , jamais il n'éprouva un sentiment de jalousie pour ses rivaux ^ il applaudissait avec transport a leurs travaux , quand son goût était sati^fait^ dans le cas contraire il gardait le silence ; aussi, en quittant la vie, a*l-il pu dire, comme un de nus anciens tragiques :
Aucun fiel n'a jamais cmpuisonné ma i>I::rac.
Tels sont les trails i)rincipaux du caractère de Casimir
SUR CASIMIR DELAVIGNE. m
Deiavigne; le porlnii n'est point flatté, et il ne m'était pas possible d'en tracer une image infidèle, ^ moi qui ai |)endant si long-temps été pour lui une seconde conscience. Telles sont les heureuses et brillantes qualités qui le distinguaient; les détails de sa vie en seront le développement et la preuTC.
Casimir Delavigne naquit au Havre le 4 avril 1793. il était fils d'un négociant justement considéré. Son enrance ne présenta aucune circonstance remarquable \ il annonçait un esprit vir, et par une singulière contradiction , malgré s<Hi ardeur pour le travail , il ne triomphait qu'avec beaucoup de peine des premières diOicullés de ses études. A Tàgc de dix ans, il Tut envoyé au collège, a Paris, où je Tavais précédé de plusieurs années. Je demande pardon au lecteur de parler de moi quelquefois, mais le lien qui nous unissait était si intime que je serai forcé souvent de me citei* comme témoin des faits que je raconte.
Pendant les premières années, Casimir se fit aimer par la bonté de son caractère, et se fit remarquer plus par sou application que par ses succès ; mais, h Page de quatorze ans, ses facultés se développèrent d'une manière extraordinaire, et, en quelques mois, il devint Pun des meilleurs écoliers de son temps. Comme presque tous les jeunes gens , je faisais alors des vers fort médiocres -, on connaît Panalhème de Eoileau :
Il n'est point de degrds da médiocre an pire.
Je les lisais à Casimir, qui avait la bonhomie de les trouver admirables , et mes essais informes eurent Pavantage de lui donner de bonne heure le goût de la poésie, qui sans doute lui serait venu plus tard. Il voulut aussi essayer