‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 3 sur 78 · IV NOTICE · texte numérisé non relu

IV NOTICE

ses forces; il apporta dans ce travail Fardeur qu'il meltail a tout ce qu'il entreprenait, et je ne tardai pas h m'apercevoir qu'il réussissait beaucoup mieux que moi. Dès lors je cessai de faire des vers pour me borner h corriger les siens.

Il eut, ainsi que moi, le bonheur de trouver sur les bancs du collège un ami dont la tendre affection ne s'est jamais démentie; je veux parler de Scribe. Les liens d'une amitié bien rare se formèrent entre nous trois. Nous nous faisions mutuellement confldence de nos travaux , de nos projets , de nos espérances. Lorsque nous sortions, le dimanche, c'était encore pour nous réunir, et, quand noire bourse d'écolier nous le permettait, nous allions faire un modeste déjeuner dans un petit café près du Palais-Royal. Là , nous formions ensemble des plans pour l'avenir, avec toutes les illusions de la jeunesse. Casimir craignait de travailler pour le théâtre-, il voulait être poète , mais il désirait consacrer sa vie à la composition d'un poème épique. Scribe se destinait au barreau. Dans nos petits conciliabules, comme j'étais le plus âgé, j'exerçais une certaine influence. Je les entraînai tous deux à travailler pour la scène. Me sera-l-il permis de me féliciter en passant d'avoir donné au théâtre deux hommes aussi éminenls dans des genres divers? c'est certainement ce que j'ai fait de mieux.

Nous étions convenus de nous réunir au même endroit dans chaque circonstance importante de notre vie, afm de nous féliciter ou de nous consoler ensemble, et chacun de nous fut toujours fidèle à cet engagement. Une de ces réunions eut lieu à l'époque où Casimir fut nommé membre de l'Académie française. Scribe avait obtenu déjà les plus beaux succès, j'avais eu part li quelques-uns; nous étions

SUR CASIMIR DELAVIGNE. v

tous trois heureux ; chaque souvenir du passé nous semblait le gage d'un avenir plus brillant. Ce jour même , on jouait aux Français l'Ecole des Vieillards et Valérie, Nous nous rendîmes ensemble au théâtre : la salle était remplie ; le public applaudissait; le sentiment de bonheur que chacun de nous éprouva nous émut jusqu'aux larmes , et Casimir nous répétait en se retirant :« Mes amis, remercions la » Providence, elle a été plus loin que nos vœux et que nos » rêves de jeunesse. »

En Tabsence de sa Tamille qui habitait le Havre, Casimir était reçu, les jours de congé , chez un oncle*, avoué k Paris, qui, comme le vieux procureur de Crébillon , aimait les lettres, et les cultivait autant que les affaires pouvaient le lui permettre. H était intimement lié avec le bon et spirituel Andrieux*, il le consulta sur les premiers essais de Casimir. Andrieux aimait les jeunes gens; il leur prodiguait volontiers ses conseils et ses leçons, mais il ne les gâtait pas par trop d'indulgence, et presque toujours il les détournait d'entrer dans la carrière des lettres, où, disait-il, ils devaient s'attendre u trouver les plus amers désappointements. Après avoir lu les vers de Casimir, il répondit : « Ce n'est » pas mal ; mais , croyez-moi , il serait bien plus sage de se » disposer à faire son droit. » Cet arrêt fut rapporté au jeune poète, qui n'en fut pas découragé.

Une année après, il était encore élève de rhétorique, la naissance du roi de Rome lui offrit l'occasion de faire révoquer la sentence. Il composa un dithyrambe renfermant des beautés poétiques de l'ordre le plus élevé , et qui fixa sur

*M. Lambert Sainte-Croix.

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