‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 20 sur 78 · LA MORT DU BANDIT · texte numérisé non relu

LA MORT DU BANDIT

Trente écus d'or aux brigadiers romains !

11 est tombé près des marais Pontins , Ce fier Memmo : le voila sans haleine , Déraillant, pâle, adossé contre un chêne

Des Apennins.

La mort attend ; mais si la proie est belle , Pour la saisir il lui faut des efforts,

Et râmc est sourde à sa voix qui rappelle ; Il faut du temps pour chasser d'un tel corps L'àmc rebelle.

Près d'un vieux mur, tombeau de Qcéron , Ils ont porté leur vaillant compagnon^ Car du Vésuve k la route Appienne, Il n'est tombeau , villa qui n'appartienne

A Cicéron.

Douze bandits dans ta demeure sombre, La torche en main, implorant le Seigneur, Pour ce bandit couché sur un décombrc; Tnilius! ces hôtes font honneur

A ta grande ombre !

Penché sur lui, du front inanimé L'un approchait le sapin enflammé; Creusant la fosse cl dévorant ses larmes, L'autre disait : u De ses compagnons d'armes

H fut aimé.

Un cardinal ne l'est pas davantage

Par les neveux dont il meurt assiste.

Qu'il était beau dans Tardeur du pillage, L'homme de bien! et que de probité Dans un partage !

» D'un buis sacré, chaque printemps nouveau, Pâque fleurie ombrageait son chapeau^ Au coin d'un bois, jamais durant l'octave, Jamais k l'œuvre on n'aurait vu ce brave

Sans son rameau.

Prêtres, laïcs, voyageaient h leur guise.

Hors les Anglais, tous obtenaient merci; Mais l'hérétique était de bonne prise.

Fêtez donc Pâque, et pour mourir ainsi ,

Servez l'Église! »

Memmo s'agite ; il vous parle : écoutez ! . . . Sa voix s'éteint; ses bras ensanglantés, Ses larges mains cherchent sous la bruyère Un vieux mousquet couché dans la poussière A ses côtés.

Ces! son ami, son défenseur fidèle; n ]e regarde, et, prêt k défaillir, Sur la détente k ses efforts rebelle.

Son doigt glacé se courbe, et fait jaillir Une étincelle.

u Bien! bien! dit-il, tu reconnais celui Qui fut ton maître!... adieu, c'est fait de lui! Humide encor du sang de ma blessure, Pour me venger, dans une main plus sûre

Passe aujourd'hui.

Ce Gaétan qui m'est venu surprendre ^ Tu me le dois : feu sur mon meurtrier !

Dans cette fosse, où mon corps va descendre, Avant trois jours il faut me renvoyer.

Je vais l'attendre. »

Un moine alors, l'air doux et l'œil fervent, Suivait sa route et marchait en rêvant Au saint emploi des dons que les fidèles

Avaient remis daus ses mains paterneUî-s

Pour son coavent. Avec res|)ect oo s^indine; on rairéte.

D s'approcha, gmdé par on bandii.

Sans résister, sans relever la tête.

Et pas h pas, de peur <|u on n'entendit

Sonner sa quête.

Il fit tont bas plos d'nn acte de Toi :

On pense k Dieu quand on tremble pour soi.

Alemmo lui dit : « Votre heure est arrivée.

Si par vos soins mon âme n'est sauvée :

Gonressez-moi.

Là-haut, mon père, il faut que je réponde De bien du sang répandu sans remords. »

Humble et saisi d'une terreur profonde.

Le prêtre dit : « Mon fils, qui n'a ses torts

Dans ce bas monde? »

A cliaque meurtre, avec recueillement, Tous les bandits se signaient tristement.

M emmo reprit : « Au nom de la Madone Et du Sauveur, voici ce que je donne

Par testament :

A mon Adda , qui pour moi fut si tendre, Tous mes joyaux ^ ma croix d'or au saint lieu : Cette arme k toi pour réjouir ma cendre; Ma bourse au prêtre; enfin mon àme a Dieu,

S'il veut la prendre. »

Force fut bien au prêtre épouvanté De le bénir quand il eut accepté.

Adda survient , et son fils avec elle.

Dans ses yeux noirs , où Téclair étincelle ,

Que de fierté!

a Mort! mort! dit-elle : amis, du moins j'espère Que Tennemi ne Ta pas vu fuyant? »

a Non ! » cria-t-il , se dressant de colère. . . Et, pour Tenfant, il pleurait en voyant

Pleurer sa mère.

Memmo louchait h son dernier momont , Et son Adda lui parlait doucement,

CHAiNT IV. 53

Puis l'embrassait « pais de ses Iresses blonde:» Ellle essuyait les blessures profondes

De son amant.

Lui , sur un bras se relève et soupire.

Ses dents déjà, malgré lui se beurtant, Par un bruit sourd trahissaient son martyre.

Penché sur elle, il lui sourit pourtant :

^lais quel sourire!...

« Adieu, dit-il, adieu! Séparons-nous Conmie le soir d'un jour de rendez-vous.

Te souvient-il, ô ma belle compagne.

De ce baiser donné sur la montagne

Par ton époux?

Baiser d'amour, baiser de fiançailles!

11 Tut plus doux, plus ardent qu'aujourd'hui, Quand j'étouffai tes cris dans les broussailles. Un seul encor!... mais glacé... c'est celui

Des funérailles.

» Adda, ma veuve, il te faut un soutien :

Choisis un brave ^ et, tous deux, aimez bien

Ce pauvre enfant qui me regarde et pleure.

Ainsi que moi , prends soin qu'il vive et meure

En bon chrétien.

Treize ans venus, qu'au maitre-autel du temple Il communie; et, dès le lendemain, Tu lui diras : « Ton père te contemple ; Ici sa tombe, et Ik le grand chemin :

Suis son exemple!... »

Lors commença le bandit p&Iissant A se rouler dans les flots de son sang.

C'était pitié que de voir sa souffrance!

(( Ave! » dit-il. <( Amen! » dit l'assistance

En gémissant.

Sa tête enfin retombe appesantie.

Salves d'adieu, retentissez dans l'air, Couvrez la voix de son enfant qui crie ; Tonnez, mousquets!... pour le ciel ou l'enfer

L'&me est partie.

Page 1