‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 37 sur 78 · LE RETOUR DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE L'ÉGLISE

Sar les flèches de marbre et les dômes pieux , Les palais crénelés de la cité ducale.

Jamais ciel embaumé dès parfums qu'elle exhale N'a yersé les splendeurs d'un jour plus radieux. Jamais zéphyr plus doux n'a rafraîchi pour elle Des jardins Eoboli la verdure éternelle.

L'abondance et la vie assiègent ses abords;

Son peuple en souriant s'éveille ; Tont est bruit, mouvement, lumière sur ses bords,

Tout est bonheur comme la veille.

Ainsi le deuil sur nous jette son crêpe affreux, Et Faabe, qui revêt le même habit de fête.

Les roses dans les mains, les roses sur la têle, Se lèvexomme aux jours où nous étions heureux. Le soleil suit encor sa route accoutumée ; La brise qui soufflait passe encor parfumée-, Il rend , ce même fleuve , un murmure aussi doux :

Des mêmes feux son cours s'enflamme :

Ainsi le même espoir vit sur le front de tous ,

Quand l'espoir est mort dans noire àme.

Un être a A\^m^ , lou^ manque k Vapipa ^ Et, cet être ddorabls, il ne nianque k person^fi. On le nomme pourtant^ on le plaint; on frissoni^e En demandant quel mal sitôt le moissonna.

Mais de qui sera-t-îl le cher et Irisle rêve? Que le tour da soleil ou commence on s*acbève, Qui rêvera toujours son sourire ingénu ,

Hors l'inconsolable viaimc?

Il laisse à peine iin yide aux cœurs qui Yon\ connu ;

Dans le sien il laisse un abime.

Seule, elle vint remplir un douloureux devoir, El, seule, elle revient pour être seule encore. Elle reverra seule un nouveau jour éclore 5 Seule, elle reverra tomber Tombre du soir.

Que lui font et les fleurs et leur fraiche peinture, Et les flots, et la brise, et toute la nature ? L'azur du ciel que seul on regarde toujours

Pour nos tristes yeux perd ses charfpes :

Sombre comme la nuit est le plus beau des jqu^s

Qu'on ne voit qu'à travers ses larmes.

Hélas! c'était hier, et qu'il est loin , ce temps, Où, d'un pied matinal, elle allait en cachette

Chercher dans ces joyaux qu*à prix d*or on achète, Poar contenter Léa, quelques riens éclatants. Rayie, elle rentrait d'ivresse palpitante; Mais de qui désonnais combler la douce attente? Reverra-t-elle encor Tobjet d'un fol amour

Venir d'une course légère, En regardant ses mains, lui dire ^ son retour :

Que me rapportez-vous, ma mère?

Qu'il est grand , ce salon que Léa remplissait! Qu'il est morne et désert! sur cette mosaïque, Où vient mourir du jour l'éclat mélancolique. Sont épars les débris d'un jeu qui commençait : Le ch&teau dont son souffle a causé la ruine, Près du frêle appareil de sa table enfantine. Triste et comme orphelin , son jouet préféré.

Plus loin, penche un front morne où brille Le nœud dont pour un bal ses mains l'avaient paré ,

Car, elle aussi , parait sa fille.

Ces témoins d'un bonheur envolé sans espoir, Ton siège vide, enfant, la soie encor froissée

CHANT IV. j»7

Par rempreinte qa^hi^ ton aorninefl i laissée, Yaaina les regarde et les foit pour le foir.

La voilk dans la diambre où de la toîx si dière Le premier cri si doox loi dit qa^dle étail mère . Et la chambre voisine est celle... Qodques pas

Lui rendront les Irails qo*dle adore; Elle approche, s'arrête, et ne respire pas :

Insensée, elle écoule encore.

Son front découragé s'abaisse tristement.

Vers la porte trois fois sa main s'est avancée;

Mais en vain, et trois fois sa main sans mouvement

Retombe de terreur impuissante et glacée.

Ce plaisir déchirant, elle veut le goûter.

En navrer ses regards, et ne Tose affronter.

Le cœur lui manque enfin; ses pensers se confondent,

EUe succombe à ses combats.

Se couche sur le seuil que ses larmes inondent,

Et le baise en disant tout bas :

« Hier Tespoir me rendait forte; Mais mon cœur s'est brisé depuis.

Te voilr pâle, immobile et morte, Je ne puis, Léa, je ne puis!

» Des morts je sentirais la pierre Oppresser ta blanche paupière ; Car il est passé, cher amour.

Le temps où mon regard avide Se noyait dans Tazur humide De tes yeux qui s'ouvraient au jour.

» Je dirais, regardant ta tête :

A la couvrir la nuit s'apprête.

Hélas! et ses cheveux bouclés Seront 1^ sur sa froide couche, Sans que jamais Tivoire y touche Quand leurs anneaux seront mêlés.

» Jamais plus je ne dois TenCe^ndre, Au jour, de son Iterceau descendre ;

Sur mon oreiller jttnNiis plus Je ne te doîs^ ma bieii'iiiiiH5e, Faire ta place accooiumée, Au bruit de tM petite pieds nm.

» Je ne puis! hier j'étais forte, Mais mou eœir s'est brisé depuis Te voir p&le, înmobile et nmte, Je ne puis, Lés, je ne puis.

» Pardon, ma fille, si ta more Dans son amour te fut sévère !

Hélas! aurais-je p« prévoir Qu'un jour, à ta porte ëtendiie, Je dirais satts être «nleodiie :

Es-tu morte sMSfn'en vouloir?

» Quand on le perd, rêlrC'iiu'on »m>e, Le cœur relombe sur loi-ménfie

Pour se reprocher tous ses loris-, Et rheore où rien n^esl réparable Est pour iioos rheore inexorable De la mémoire et des remords.

» Ah! je veui que lu me pardonnes, Que de tes bras tu m'environnes; Je le veux, ma fille, et je cours...

Mais si, pour que leur nœud m'enlace.

Autour de mon cou je les passe, Tes bras retomberont toujours.

» Je ne puis ! hier j'élais forte; Mais mon cœur s'est brisé depuis ; Te voir pâle, immobile el morte, Je ne puis, Léa, je ne puisi... »

Elle dit, et, l'œil sec, tout à coup se redresse ;

Elle ouvre, die entre; ô ciel!... mères, qui les senlcz,

Ne me demandez pas de peindre son ivresse , L^'excès presque divin de ses félicités. Léa , qu'eUe pleurait, Léa, morte la veille, Jouait dans son linceul souriante et vermeille ; Léa j plus belle encor de ses fraîches couleurs

Sous les plis de ce blanc suaire, Ouvrit ses petits bras et lui tendit les fleurs

De sa couronne mortuaire.

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